Ils étaient 20 en 2020, 25 en 2022, et ne sont plus que neuf cette année à prendre la route du cercle polaire arctique. Alors que la Vendée Arctique, course en solitaire, sans escale et sans assistance, constitue une étape importante du parcours vers le Vendée Globe 2028, comment expliquer une telle baisse de participation ? Contexte économique tendu, difficultés de financement et nature particulièrement exigeante de l'épreuve figurent parmi les éléments de réponse. « Rien de très grave », explique Antoine Mermod, président de la classe IMOCA, qui assure que la course reste pertinente sportivement.
Dimanche 7 juin, à 13h02, neuf skippers s’élançaient des Sables-d'Olonne pour la troisième édition de la Vendée Arctique. Créée en 2020 afin d'offrir aux marins une course en solitaire préparatoire après une saison bouleversée par la pandémie du Covid-19, l'épreuve s'est rapidement imposée dans le calendrier de la classe IMOCA. Elle est classée en grade 2, niveau intermédiaire dans la hiérarchie des courses du circuit, qui désigne des épreuves en solitaire, sans assistance ni escale, mais d’une durée plus courte et moins extrême qu’un tour du monde. Elle ouvre aujourd'hui le cycle de qualification 2025-2028 pour la Vendée Globe 2028, et permettra au vainqueur de marquer 200 points dans le championnat IMOCA Globe Series. Une première occasion, donc, de valider sa candidature au prochain tour du monde. Malgré cet enjeu sportif majeur, la flotte n'a jamais été aussi réduite. Une situation qui interroge sur l'état actuel de la course au large et sur les contraintes auxquelles sont confrontés les projets IMOCA.
Des sponsors plus frileux
Première explication avancée : un contexte économique difficile, particulièrement sensible dans la période post-Vendée Globe 2024-2025. « En 2021, on a eu une période assez exceptionnelle après le Covid, une sorte de grand bol d’oxygène avec beaucoup de sponsors qui souhaitaient s’engager et des banques disposant de liquidités importantes », rappelle Antoine Mermod, président de la classe IMOCA. « Résultat, la flotte du Vendée Globe 2024 s’est constituée très tôt dans le cycle. Aujourd’hui, la situation est différente. Il est beaucoup plus difficile de trouver des partenaires financiers, et les projets mettent davantage de temps à se mettre en place. »
Une réalité qui est encore exacerbée par les tensions économiques et géopolitiques mondiales et qui intervient dans un environnement où les coûts, eux, continuent de progresser. La construction d’un IMOCA neuf représente désormais entre 6 et 8 millions d’euros, auxquels s’ajoutent environ 18 mois de chantier, les coûts d'exploitation, de maintenance, de logistique et de personnel. Sur les neuf bateaux engagés cette année, un seul est mis à l’eau en 2025, celui de Sam Goodchild.
À cela s’ajoute un décalage dans le calendrier des constructions. Plusieurs équipes sont actuellement engagées dans des programmes de construction ou de refonte de leurs bateaux. « Contrairement au cycle précédent, où les bateaux avaient été mis en fabrication plus tôt et donc livrés plus tôt, une partie importante des nouveaux IMOCA est encore en chantier et ne sera mise à l’eau que dans les mois à venir, explique Mermod. Certains n'étaient tout simplement pas disponibles pour prendre le départ de la Vendée Arctique.» Beaucoup sont notamment attendus pour la Route du Rhum ou en préparation du prochain Vendée Globe.
Enfin, certains projets participent à un autre circuit parallèle, notamment celui de la course au large en équipage, The Ocean Race, dont le prologue, prévu début septembre entre New-York et l’Orient, mobilise déjà plusieurs bateaux en parallèle du calendrier en solitaire. Un choix qui a réduit de 6 à 7 skippers le nombre de participants disponibles pour la Vendée Arctique.
En gros, je perds quelques joueurs par des bateaux qui ne sont pas encore prêts ou en construction, quelques joueurs du fait qu'il y en a qui choisissent plutôt le programme équipage, un certain nombre de joueurs parce que c'est plus difficile de lancer des projets en ce moment et encore quelques uns par la difficulté de l'épreuve.
Une course parmi les plus exigeantes du calendrier
Au-delà des contraintes économiques, c'est surtout la nature même de l’épreuve qui joue un rôle dans la composition de la flotte. « La course Vendée Arctique est très dangereuse, c’est la plus difficile du cycle de quatre ans vers le Vendée Globe, reconnaît Antoine Mermod. Elle est essentielle parce qu’elle permet de se confronter au froid, aux systèmes météo du Nord, aux problèmes technologiques et sportifs qui se posent, maritimement parlant, mais elle est aussi très engageante. On a un certain nombre de skippers plutôt débutants qui se ne sentaient pas de se lancer sur ce parcours. »
En effet, pendant huit à dix jours de navigation et près de 3 500 milles parcourus, les concurrents devront composer avec les dépressions de l'Atlantique Nord, les contraintes liées aux zones de glace dérivant depuis le Groenland ainsi qu'aux espaces protégés pour les mammifères marins. L'édition 2022 avait déjà rappelé la rudesse de ces régions. Le parcours, qui devait initialement contourner l'Islande, avait finalement été raccourci en raison des conditions météorologiques et des impératifs de sécurité. Cette année, les organisateurs ont opté pour un format inédit, les skippers devront désormais franchir le cercle polaire arctique (66°33' Nord) à la longitude de leur choix avant de revenir aux Sables-d'Olonne, sans route imposée. Une liberté stratégique qui ouvre de nombreuses possibilités, mais qui ajoute également une part importante d'incertitude et qui met sur la table la question du risque matériel. Une casse importante sur une course de début de cycle pourrait en effet avoir des conséquences sportives et financières lourdes sur le reste de la saison. Certains skippers, notamment les plus récents dans la classe, ont ainsi préféré ne pas s’engager sur une épreuve jugée particulièrement exigeante, voire risquée à ce stade de leur préparation.
Les 9 skippers au départ du Vendée Arctique
Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance), Corentin Horeau (MACSF), Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), Arnaud Boissières (April Marine), Élodie Bonafous (Association Petits Princes - Queguiner), Francesca Clapcich (11th Hour Racing), Manu Cousin (Coup de Pouce), Violette Dorange (Initiatives-Coeur), Nicolas d'Estais (Café Joyeux).
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