La Diagonale des Fous 2023 ne sera que le troisième 100 miles (160 kilomètres) de sa carrière. Mais après sa victoire sur la Hardrock en juillet, et sa 2e place sur l’UTMB 2021, Aurélien Dunand-Pallaz fait clairement figure de favori à La Réunion ce jeudi. À quelques jours du départ, il s'est confié sur sa préparation, sa stratégie de course mais aussi sur ses futurs objectifs.
28 août 2021. Le grand public découvre Aurélien Dunand-Pallaz, un kiné savoyard qui vient de s’emparer de la 2e place à l’UTMB, à seulement douze minutes du recordman de l’épreuve, François D’Haene. Une performance bluffante puisque le traileur ne boucle alors au passage que son premier 100 miles !
« Je me suis mis à courir en montagne en 2011 » raconte-t-il. « J’étais alors étudiant en école de kiné, et comme ça m’a vite plu, je me suis inscrit à mes premiers trails en 2012 ». Très vite, le jeune Aurélien est attiré par les longues distances. Ce qui lui plaît le plus : passer des heures en montagne, à pied, à vélo ou encore à ski. Rien d’étonnant alors de le voir participer aux 103 kilomètres (et 6300 D+) de l’Ultra-Trail du Beaufortain dès sa première année de compétition. Le traileur de 19 ans signe une superbe 3e place.
Aurélien délaisse alors le foot et le ski alpin, deux sports qui lui ont donné goût à l’effort. L’année d’après, en 2013, il devient champion de France espoir. Mais il faudra attendre 2017 pour qu'il se révèle véritablement. Prenant part à la Skyrunner World Series, il enchaîne les podiums sur les épreuves Ultra. On se souvient notamment de l'Ultra SkyMarathon Madeira, survolé par le Britannique Jonathan Albon qui bat le record du parcours. Aurélien qui avait pris un départ rapide, était parvenu à se maintenir en deuxième position et avait terminé dix minutes derrière le Britannique. Autre performance marquante : sa victoire sur les championnats de France de trail long à Montgenèvre en 2018.
Dès lors, il va opérer une véritable montée en puissance. « J’ai profité du timing Covid pour enchaîner 14 sommets du massif des Bauges en juin 2020, ce qui représentait 84 km et 8 800 m de D + » détaille-t-il. « Et puis trois mois plus tard, dans mon village de Marthod [Savoie, ndlr], j’ai organisé un autre défi pour battre le record du monde de dénivelé positif parcouru en 24 heures. J’ai effectué 81 boucles identiques et grimpé 17 218 m de D + au total [en 139 kilomètres, ndlr]. C’est sûr que je n’y allais pas pour la qualité de la vue car je connaissais cette montée par cœur. Sur la fin, c’était horrible, je pouvais à peine marcher en descente. D’ailleurs, durant les trois jours qui ont suivi, je ne faisais qu’un trajet canapé-lit chez moi. Mais je savais que ces aventures, différentes de ma gestion de course classique, valaient la peine d’être vécues. Tous les regards étaient tournés vers moi, j’étais accompagné d’amis, et ça m’a apporté beaucoup de choses ».




« La Transgrancanaria reste mon succès international majeur »
Un an plus tard, en février 2021, le traileur prend le départ de la Transgrancanaria (129 km et 6 300 m de D +). Alors que tous les regards sont braqués sur le favori, l’Espagnol Pablo Villa González (qui finira par abandonner), Aurélien reste aux avant-postes… avant de creuser l'écart et de s’imposer avec vingt minutes d'avance. De quoi accumuler suffisamment de confiance pour s’élancer sur l’un de ses plus gros défis : l’UTMB. Novice sur cette distance, il est annoncé comme un outsider. Mais, on connait l'histoire : à Chamonix, il éblouira le monde du trail avec une inattendue 2e place, à seulement douze minutes du vainqueur François D'Haene.
« La Transgrancanaria reste mon succès international majeur » précise-t-il, pourtant « Mais on sait que tous les regards des médias et des sponsors se portent sur l’UTMB. Depuis (2021, ndlr), il y a plus d’attente autour de mes résultats, et un peu partout sur les évènements de trail, on me présente systématiquement comme le deuxième de l’UTMB 2021. Je ne pensais en aucun cas gagner, cette deuxième place était le meilleur résultat possible pour moi, c’était quasiment inespéré. Et depuis, je sais que je rêverai toujours d’une victoire à Chamonix. Peut-être que ça n’arrivera jamais et ce n’est pas grave, mais ce serait un chouette moment à vivre ».
Mais c’est vers un tout autre objectif que s’est tourné Aurélien cette année : l’enchaînement de la Hardrock (161 km ; 10 000 D+) en juillet et de la Diagonale des Fous (165 km ; 10 000 D+) en octobre. Et cet été, outre-Atlantique, il a d'emblée pris les commandes de la course californienne, véritable monument du circuit international d’ultra-trail, en imposant son rythme. De quoi creuser peu à peu l'écart sur ses rivaux et s'assurer d'une confortable avance (il s’est imposé en 23 heures et 7 secondes, devançant de 50 minutes son plus proche poursuivant, Beñat Marmissolle). « Sur ces formats de course-là, c'est très, très long, il peut arriver tant soucis, de problèmes » confiait-il à son arrivée. « Il faut déjà se battre contre soi avant de se battre contre les adversaires. La victoire, c'était le meilleur des scénarios ». Au regard de ces performances, on comprend que le Français soit attendu à La Réunion. Depuis l'île, où il est arrivé pour repérer le parcours, il a pris le temps de répondre à nos questions entre deux sorties sur les sentiers.
Aurélien Dunand-Pallaz : La Réunion en ligne de mire cette année et ... l'UTMB en 2024
À quelques jours du départ de la Diag’, tu te sens en forme ?
Ça va bien, ça fait deux semaines que je me sens bien. J’ai fait tout ce que je voulais depuis la Hardrock. Tout s’est bien goupillé, les phases de récupération, les blocs d’entraînement… Je suis en confiance. Mais on verra le jour J comment ce sera. En tout cas, je me sens prêt. J’ai fait deux gros repérages hier et avant-hier, entre le premier ravitaillement et le quatrième. J’ai également reconnu la sortie du cirque de Mafate. Je ferai également une dernière reconnaissance dimanche ( le 15 octobre, ndlr), dans la partie de Cilaos que je ne connais pas encore.
Pourquoi as-tu décidé de t’engager sur cette course cette année ?
La Diagonale des Fous, c’est la course qui me fait le plus envie. Au-delà de l’UTMB, qui est ultra connu, le parcours est mieux adapté pour moi, ici, à La Réunion. C’est technique, c’est très cassant. Tout ce que j’adore. Cette année, j’ai eu la chance d’être pris au tirage au sort à la Hardrock. Et comme il me semblait très ambitieux d’enchaîner Hardrock et UTMB, faire la Diagonale m’est venu naturellement. […] Ce n’est pas une course de rattrapage ou de fin de saison, je me suis vraiment concentré dessus. Pour moi, c’est vraiment un second objectif. […] Ce sera la première année où je vais courir deux 100 miles. J’ai déjà voulu le faire plusieurs fois, mais j’ai eu des blessures. L’année passée, j’aurais dû faire l’UTMB et la Diagonale. J’ai été blessé juste avant l’UTMB, donc je n'en ai fait aucune. La Diagonale, ce sera mon troisième 100 miles – je n’ai fait que l’UTMB en 2021 et la Hardrock cette année.
Comment se sont passés les mois ayant suivis la Hardrock ?
Comme il y a trois mois entre les deux courses, ça laisse pas mal de temps. Ce qui m’a permis de vraiment couper pendant deux semaines après la course. Je n’ai rien fait. On était de mariage en Bretagne, j’ai profité avec ma copine et notre bébé. Je n’ai pas fait de sport, j’ai repris tranquillement dans le mois d’août, en m’entraînant progressivement. Et c’est plutôt à partir de fin août/début septembre que j’ai repris le long. J’ai fait un bon bloc d’entraînement en Corse, à la suite duquel j’ai fait une course en Suisse, la Wildstrubel by UTMB. L’idée, c’était de me qualifier pour l’UTMB l’année prochaine et de faire une course de préparation. Ça s’est bien passé, j’ai gagné. Ensuite, je me suis reposé, avant d’enchaîner par un stage avec l’équipe de France dans le Cantal. Ce qui m’a permis de bien m’entraîner aussi. Là, j’arrive à La Réunion, c’est un peu les derniers préparatifs.
Tu as prévu une stratégie de course particulière ?
En général, je m’écoute vraiment. Si je me sens très bien, je vais prendre mon rythme, c’est ce que j’ai fait à la Hardrock par exemple. Et naturellement, je suis parti devant. Mais la Diagonale, c’est particulier. Tout le monde dit qu’il faut partir doucement parce que le début de course est rapide, par rapport à la suite qui très technique, très cassante. Donc je pense qu’il faut être encore plus prudent à La Réunion. Mais je vais toujours faire au fil de mes sensations.
En ce qui concerne la stratégie nutritionnelle, là aussi tu fais aux sensations ?
J’ai toujours un plan. Mais ça reste de la théorie. Le jour J, on peut avoir des problèmes. Par exemple, on peut avoir moins envie de manger du solide. Donc il faut s’adapter avec des choses un peu plus liquides, ou des gels. J’ai quand-même mes habitudes, avec mes produits énergétiques et ma boisson énergétique. Sur les longues distances, je tourne entre 50 et 70 grammes de glucides par heure en moyenne. Après, ça reste une moyenne. Parfois, je peux avoir beaucoup envie de sucre, et vais boire beaucoup de Coca d’un coup. Sinon, j’utilise aussi de l’alimentation semi-liquide, des compotes, ça passe mieux au niveau gastrique. Et de temps en temps, je fais des apports de sources salées, ça peut être du riz, un peu de jambon ou du bouillon salé. Là, [sur la Diagonale, ndlr], je vais essayer de bien combler les pertes de minéraux parce que s’il fait très chaud, on va perdre beaucoup de sel. Comme je transpire beaucoup, j’essaie d’apporter des eaux riches en minéraux. Je le travaille de plus en plus à l’entraînement. J’ai l’impression de gérer ça de mieux en mieux.
Sur la Hardrock cette année, Ludovic Pommeret était ton pacer. Quelle est ta relation avec lui ?
Avec Ludo, on se connaît très bien. Surtout l’hiver en ski de rando. On se croise beaucoup sur les courses, sur la Pierra Menta notamment. Il était donc naturel de lui demander de faire mon pacer – et puis il était déjà aux États-Unis pour la Western States. C’était super sympa de partager ça avec lui. Et le jour J, c’est tout bête, mais il m’a rappelé de manger, m’a conseillé de prendre les bâtons en descente, ce que je n’avais jamais fait… Des petits trucs comme ça que j’ai appliqué et qui ont payé.
Quel va être le programme après la Diag’ ?
Ce sera la fin de saison, donc je fais faire au moins deux semaines sans sport. Et après, je vais attendre l’hiver pour faire du ski de randonnée, la saison sera vraiment finie au niveau de la course à pied, j’en aurais assez fait. Ensuite, je vais enchaîner par une saison de ski, avec en point d’orgue, comme chaque année, la Pierra Menta. […] L’hiver, je cours une fois ou deux dans la semaine, sans entraînement spécifique, juste pour entretenir la course à pied. Je fais la majorité de mon entraînement sur les skis parce que ça apporte énormément d’endurance de force, une qualité indispensable en montée, pour les longues distances. Et puis, ça permet au corps de se régénérer plusieurs mois, pendant l’hiver. C’est un sport de glisse, il y a moins d’impact, on se fait moins mal aux articulations.
Et ta saison 2024, elle va ressembler à quoi ?
L’UTMB, ce sera l’un des deux objectifs de l’année prochaine. Le rêve, c’est de le gagner. Mais j’aimerais surtout faire mieux en termes de chrono – j’avais mis un peu moins de 21 heures en 2021, je pense que je peux faire mieux. Et comme cette année, je pense que je partirais sur deux ultras dans l’année. Je ne sais pas encore quelle autre course faire. Parce qu’en gagnant la Hardrock, j’ai le droit d’y retourner, mais j’hésite.
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