C’est la course de ski-alpinisme de référence, passage obligé pour l’élite de la discipline. Pas seulement pour son exigence, mais pour les valeurs qu’elle porte, nous explique Mathéo Jacquemoud, double vainqueur de cette épreuve mythique qui sera au départ de la Pierra Menta ce mercredi 8 mars à Arêches-Beaufort.
Organisée sur la terre des plus grands champions de la discipline, le Beaufortain, la Pierra Menta, course légendaire de ski alpinisme, revient cette année du 8 au 11 mars pour une 37e édition. Quatre jours d’hors-pistes entre pentes vierges, étendues sauvages et sommets mythiques - le Mirantin (2460 m), la Combe du Grand Mont (2400 m) ou encore le Miraillet (2150 m), pour un total de 10000 mètres de dénivelé - attendent les 210 duos déjà conquis par la notoriété, la difficulté des étapes et la beauté des paysages autour d’Arêches-Beaufort. Une épreuve d’endurance et de technique où la condition physique de l’équipe doit être optimale.
Parmi les athlètes, les meilleurs tricolores ont répondu présent. Chez les femmes, où 22 duos sont engagés, les deux meilleures skieuses françaises feront équipe, puisque l’on retrouvera Axelle Gachet-Mollaret, qui règne en maître sur le circuit et compte trois victoires sur la Pierra Menta, associée à Emily Harrop. Cette dernière ayant débuté le ski-alpinisme après avoir assisté à une édition de la Pierra Menta. Difficile de savoir qui pourrait venir chercher cette équipe de choc. L’absence de la Suédoise Tove Alexandersson ou encore des Italiennes Alba De Silvestro et Giulia Murada pourrait par contre ouvrir le podium aux sœurs Bonnel, Léna et Candice. Autres athlètes attendues aux avant-postes : la Tchèque Marcela Vasinova, Jessica Pardin ou encore Élise Poncet.
Côté hommes, les favoris seront italiens et français. On pense notamment aux vainqueurs transalpins 2022, Michele Boscacci et Matteo Eydallin, respectivement associés à Davide Magnini et Nadir Maguet. Une recomposition qui pourrait sourire aux tricolores, notamment au duo arêchois Xavier Gachet et William Bon Mardion, en quête d’une victoire à domicile. Ou encore à la paire Samuel Equy - Mathéo Jacquemoud, champions du monde longue distance par équipe et 4e sur la Pierra Menta en 2022. Ce dernier, quadruple champion du monde de ski alpinisme et double vainqueur de la Pierra Menta, revient sur cette course de référence, qu'il ne cesse de courir année après année, comme il nous l'a expliqué à quelques jours du départ.
Quand as-tu fait la Pierra Menta pour la première fois ?
Je l’ai d’abord faite en jeune, en 2006 il me semble. Mais à vrai dire, je me souviens plus trop de cette édition. Et en 2012 sur le format adulte. C’était une superbe expérience - j’étais avec Xavier Gachet, on avait fini 5e.
Quel est ton meilleur souvenir sur cette course ?
Impossible de faire un choix ! Toutes les éditions que j’ai pu faire ont été marquées par différentes expériences. À chaque fois, il y a eu des bons souvenirs. Par exemple sur la course de ma première victoire, en 2013, avec William [Bon Mardion, ndlr], on avait vraiment profité de la dernière journée. À un moment, nous sommes passés devant la maison de son grand-père. Vu qu'on avait pas mal d’avance, il a pris le temps de me la montrer. Ou encore en 2018, avec mon père.
Pourquoi continues-tu d’y retourner, année après année ?
Cette course me parle dans toutes ces valeurs. Le sens de l’équipe, le partage sur la durée, vu que ça dure quatre jours. En fait, tu as l’impression de partir en voyage. Pendant la Pierra Menta, tu es dans un microcosme à Arêches. Et tu te sens simplement bien.
Sur cette Pierra Menta, tu vas être en équipe avec Samuel Equy avec qui tu as gagné les championnats du monde longue distance par équipe l’année dernière. Comment est né votre duo ?
Avec Sam, on se ressemble assez. Tant sur les types de courses que l’on aime faire dans ce sport que dans notre approche de la discipline. Il est guide, comme moi, donc on partage une vision assez similaire du ski-alpinisme. L’année dernière, je revenais à la compétition, j’étais donc un peu le 4e de l’équipe de France. Alors naturellement, on s’est mis à faire équipe ensemble. Ca a bien marché, donc on continue.
La course en équipe, c’est facile pour toi ?
Quand tu as le bon coéquipier avec qui tu t’entends bien, avec qui tu es sur la même longueur d’onde, la course par équipe, c’est super. Après, c’est sûr que ça peut être vite compliqué si tu es avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes objectifs que toi. Mais je dirais que pour moi, c’est actuellement assez facile - même si des fois on n’a pas le même niveau, on sait se comprendre et faire exactement ce qu’il faut pour être une équipe homogène. Au final, je pense que la course par équipe, c’est ça : prendre deux personnes qui ne sont pas forcément les plus fortes et en faire une équipe harmonieuse. C’est ce qui s’est passé l’année dernière : sur le papier, avec Sam, on n’était pas les plus forts [pourtant ils ont été champions du monde de la discipline, ndlr]. Cette année non plus, on ne sera pas les plus forts. Mais on est une équipe forte.
Quel conseil donnerais-tu à ceux qui seraient tentés de faire cette course ?
C’est quand-même une course technique. Par conséquent, il faut bien être à l’aise sur les conversions, les transitions, les descentes. Parce que tu peux vite perdre de l’énergie là-dedans. Après, c’est sûr qu’il faut quand-même arriver en étant préparé physiquement… et garder à l’esprit que la Pierra Menta dure quatre jours. Ce qui implique une gestion différente - la bonne récupération étant l’un des principaux facteurs pour performer. Il faut vivre à fond dans chaque journée mais aussi penser à celles d’après.
D’ailleurs, comment optimises-tu la récupération entre chacune des étapes ?
C’est tout un protocole, des habitudes que j’ai depuis longtemps. En gros, c’est l’optimisation de plein de paramètres dès l’arrivée de la course - la nutrition, l’hydratation, la récup’ active, le repos, le sommeil, les massages. Une fois la ligne d’arrivée franchie, chaque minute est bien remplie.
Le ski-alpinisme rentre aux Jeux Olympiques d’hiver à Milan en 2026. Comment est-ce que cela va impacter l’évolution de ce sport d’après toi ?
Ca l’impacte déjà. Rien qu’à voir le format de compétition que l’on peut désormais retrouver sur le circuit de Coupe du Monde [qui se rapproche des exigences olympiques, ndlr]. Comme dans tous changements, il y a des points négatifs et des points positifs. L’important, à mon avis, c’est de garder des courses avec des valeurs que l’on avait avant, c’est-à-dire un peu technique, complètement en hors-piste, loin d’une station. Et ne pas oublier l’essence même du sport, la montée et la descente en hors-pistes. Je pense qu’il va être intéressant de voir le bilan que l’on va tirer de ces Jeux Olympiques. Qu’est-ce que ça va donner ? Qu’est-ce que ça va apporter ? On voit aussi que ça professionnalise un peu plus la discipline [sept athlètes sont désormais sous contrat avec l’armée - Axelle Gachet-Mollaret, Xavier Gachet, Lena Bonnel, Célia Perillat-Pessey, Samuel Equy, Thibault Anselmet et Emily Harrop, ndlr].
Aux JO, il n’y aura pas d’épreuve individuelle. C’est un frein pour ton éventuelle participation ?
C’est sûr que je ne participerai pas. J’ai eu un petit rêve à un moment donné, et quand il y a eu l’annonce autour de l’absence de l’individuelle, j’ai arrêté d’y croire. Et puis, même s’il y avait l’individuelle, par rapport aux formats de course maintenant, ce n’est pas quelque chose qui me motive vraiment. Parce que c’est vraiment très court, avec des enchaînements de montées et descentes très courtes. Ca s’éloigne plus du ski de randonnée. Donc c’est clair que les JO, ce n’est plus du tout un objectif pour moi.
Une fois la Pierra Menta terminée, comment s’annonce la suite pour toi ?
Avec Sam, on va partir sur les championnats du monde longue distance fin mars. Et après, fin avril, ce sera la Mezzalama [course de ski-alpinisme la plus haute d'Europe, à plus de 4 200 mètres d'altitude, puisqu'elle se déroule sur les glaciers du mont Rose, ndlr]. Ensuite, d’un point de vue compétition, j’en ai aucune idée. Vu que j’avais déjà arrêté [Mathéo avait annoncé mettre fin à sa carrière en 2017, avant de la reprendre en 2022, ndlr], maintenant, je vois les choses différemment. Déjà, je ne fais pas du ski-alpinisme à l’année, j’ai un autre métier. Donc là, on va dire que je me fais plaisir. J’ai aussi une famille donc c’est beaucoup de choses à gérer - les compétitions ne sont pas ma priorité.
Tu avais fait une édition de la Pierra Menta avec ton père, sans pression, en 2018. Tu serais prêt, à l’avenir, à retourner sur des courses comme ça sans objectif de podium ou de performances ?
Non. Même si c’était une bonne expérience de partager ça avec mon père. Mais ça s’arrête-là. Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de faire. Si je vais sur des compètes, c’est que je suis préparé et compétitif. J’ai aussi fait une ou deux fois la course avec des clients, ce n’est pas quelque chose qui m’attire. J’ai vécu trop de choses auparavant.
Retrouvez le programme complet et tous les détails des étapes de la Pierra Menta ici
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