« Réserver, c'est préserver. » Le slogan adopté dans les Calanques de Marseille pourrait bientôt trouver un écho au pied du Mont-Blanc. Confrontée à une fréquentation croissante de certains de ses sites naturels les plus emblématiques, la municipalité de Chamonix envisage de recourir à de nouveaux outils de régulation pour protéger les espaces les plus fragiles. Première cible de cette expérimentation, le très fréquenté Lac Blanc, dont l'accès pourrait être soumis, dès l'été prochain, à un système de réservation inspiré de celui mis en place à Marseille. Échange avec François-Xavier Laffin, maire de Chamonix.
« On est dans une situation où certains lieux méritent absolument, selon notre analyse, une régulation et un pilotage des flux touristiques. » Élu maire de Chamonix en mars dernier, François-Xavier Laffin a fait de la gestion de la fréquentation touristique l'une des priorités de son mandat. La vallée figure en effet parmi les destinations de montagne les plus prisées d’Europe ; entre 2,5 et 4,5 millions de visiteurs et des pics estivaux saturent certains de ses sites emblématiques.
Dans ce cadre, la commune travaille avec Asters-CEN Haute-Savoie, le Conservatoire d’espaces naturels en charge de la gestion des réserves naturelles du département, avec l'ambition de faire de Chamonix un territoire pionnier dans la mise en œuvre de nouveaux outils de régulation en montagne. La municipalité a ainsi étudié plusieurs dispositifs existants ailleurs en France, notamment à Marseille. « J'ai eu des réunions assez importantes et constructives avec les responsables sur ce qui se fait dans la calanque de Sugiton », indique François-Xavier Laffin.
Depuis 2022, l'accès à ce site l'un des plus fréquentés du Parc national des Calanques (avec des pics pouvant atteindre jusqu'à 2 500 visiteurs par jour) est soumis à un système de réservation durant la saison estivale afin de réduire les risques de dégradation dues aux phénomènes d’érosion. Un dispositif qui a tout de suite intéressé la vallée de Chamonix, qui a déjà identifié un site particulièrement adapté pour faire office de test.
La fréquentation du Lac Blanc, situé au sein de la réserve naturelle du massif des Aiguilles Rouges, connaît une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. « Entre le 1er juin et le 30 septembre, on peut avoir jusqu’à 2 500, 3 000, voire 4 000 personnes selon la météo et la période de l’année », affirme le maire. Un succès qui s'apparente à ce qu'a pu constater la ville de Marseille dans les Calanques. « On est bien au-delà de ce que peuvent supporter non seulement les accès, mais également l’environnement. L’idée, c’est de réguler, bien évidemment pour préserver un patrimoine naturel et culturel, mais également pour faire en sorte que l’expérience de nos visiteurs soit de qualité », poursuit Laffin.
D’où l’objectif affiché. Le dispositif envisagé reposerait sur un système de réservation préalable, associé à une jauge quotidienne et à des contrôles sur le terrain. « A Sugiton, ils avaient utilisé un slogan assez pertinent : "Réserver, c'est préserver". On est dans cette dynamique-là », résume le maire. La période concernée pourrait s'étendre, dès l’année prochaine, du 1er juin au 30 septembre, pendant la période de plus forte fréquentation. Ce cadre s’inscrirait dans un ensemble de règles déjà existantes sur le secteur, notamment un arrêté préfectoral qui interdit, depuis 2023, la baignade dans le lac.
À ce stade, aucun quota spécifique ni accès prioritaire pour les habitants de la vallée n’est prévu. « C’est assez compliqué à organiser », reconnaît François-Xavier Laffin. Il précise toutefois que la mesure ne concernerait que la période estivale. En dehors de ces quelques mois, l’accès au site resterait libre. « Si les habitants souhaitent venir pendant cette période, ils passeront par le site de réservation de la même façon que les visiteurs », indique-t-il.
Avant toute mise en œuvre, la municipalité souhaite engager un travail de concertation avec les acteurs concernés, notamment Asters, la Compagnie du Mont-Blanc, les communes de la vallée, les consorts et les professionnels du tourisme. « On va mettre autour de la table tous les acteurs nécessaires à la mise en place la plus agréable possible pour tout le monde. » a indiqué l'élu.
L'une des principales interrogations concerne le risque de voir les visiteurs se reporter vers d'autres secteurs de la vallée. Un scénario que la municipalité a déjà étudié avec les gestionnaires des Calanques. « C'est un effet qu'on peut craindre. On en a parlé longuement avec Marseille. Eux ne l'ont pas remarqué, souligne François-Xavier Laffin. Peut-être que nous, on le constatera, mais ça nous permettra, si ça fonctionne, de mettre une régulation également sur d'autres sites. Mais chaque chose en son temps, temporise-t-il. Faisons déjà du Lac Blanc un laboratoire. Ensuite, reproduisons, améliorons et perfectionnons le système avant de le reproduire ailleurs. » La municipalité évaluera ainsi les effets de cette première régulation avant d’envisager une éventuelle extension du dispositif à d’autres sites de la vallée.
Côté habitant, le maire s'attend à des réactions contrastées. « Certaines personnes ne vont pas s’exprimer, d’autres apprécieront parce que la surfréquentation apporte des nuisances. Et puis certains lèveront les bras au ciel en disant : "La montagne, on ne peut pas la réguler". »
« Si on continue dans la voie qui est observée aujourd'hui, on aura sans doute certaines libertés qui seront préservées, mais on aura détérioré notre patrimoine. En qualité de maire et président de la communauté de communes, je pense qu'il faut faire ce choix. On va réguler parce que ce n'est plus possible autrement, surtout si on veut pérenniser le lieu et si on veut que dans plusieurs générations, des gens puissent encore venir et y trouver quelque chose d'intéressant. Il faut trouver le bon équilibre. Aujourd'hui, on est plutôt dans un déséquilibre croissant. Il faut revenir à un équilibre qui permette d'envisager l'avenir avec une certaine sérénité. »
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