C’est une question qui bouscule le monde de la voile depuis le début de la semaine. Un (ou une) skipper aurait reçu une assistance météo (ou routage) de la part d’un autre marin à terre. Ce qui est strictement interdit. Une situation qui vient bafouer les règles de cette course en solitaire où le navigateur est face à lui-même et aux éléments.
Coup de tonnerre pour l’organisation du Vendée Globe. Trois ans après la dernière édition (2020-2021), un mail anonyme sème le doute sur la conduite de deux skippers pendant le tour du monde en solitaire sans escale. Dimanche 11 février, « des captures d’écran sont tombées anonymement dans les boîtes mails de plusieurs skippers », rapportent nos confrères du Télégramme.
L'auteur du mail y dénonce des échanges, effectués via WhatsApp, entre un (ou une) skippeur en mer et une personne à terre qui lui donnait conseils et informations sur les conditions météo de la course. Le président de la Fédération Française de Voile (FFVoile), Jean-Luc Denechau, a immédiatement demandé l’ouverture d’une instruction pour suspicion de routage interdit.
Une course sans assistance météo
Contrairement à des courses en maxi-trimarans comme l’Arkéa Ultim Challenge, sur le Vendée Globe, le routage et l’assistance météo sont ici strictement prohibés. Ce que stipule clairement l’avis de course : « Sont interdits une assistance météorologique personnalisée et le routage, défini comme une analyse, une interprétation ou un traitement d’informations ou de données personnalisées, spécialement préparées pour un skipper ou un groupe de skippers, venant de l’extérieur du bateau et permettant la compréhension des différentes situations météorologiques et le choix de la ou des routes à suivre ou à ne pas suivre ».
« Avant le départ du Vendée Globe, les marins signent d’ailleurs une déclaration sur l’honneur qui les engage à respecter cette règle de non-routage, de non-assistance » précise le média spécialisé Voiles et Voiliers. « En course, les navigateurs utilisent évidemment des logiciels de routage comme Adrena à bord et téléchargent des fichiers météo. Mais ils doivent les analyser seuls, strictement seuls, pour définir leur trajectoire ».
« La houle viendra bien de l’Ouest »
Une règle vraisemblablement pas respectée par le participant en question. « De ce que je comprends, le gros de la houle (les 8 mètres) vient toujours de l'Ouest », peut-on lire sur l'un des messages reçus par la personne en mer. Avant de poursuivre : « Mais demain midi, tu as résidu de NNW, 2 mètres max. Donc mer en arrière de la dép' [dépression, ndlr] qui passe à ton nord. Mais tu n’auras pas la mer de face. La houle viendra bien de l'Ouest. Cependant ça, c'est à toi de décider. Moi ça ne me pose aucun souci que tu ralentisses cette nuit ».
Ce à quoi à le skippeur a répondu : « Yes mais si j'attends il faut que j'attende vraiment longtemps », répond le navigateur (ou la navigatrice) en mer. « C'est ça qui est dur. Bon, je vais voir. Je verrai demain quand la mer commence à se lever ».
Pour Michel Desjoyaux, double vainqueur du Vendée Globe, il n’y a aucun intérêt à se faire aider sur cette course, car personne n’est plus apte que le skipper à analyser la météo en mer. « À partir du moment où vous êtes formés à vous débrouiller tout seuls, […] l’équipe technique n’a pas à intervenir sur ces choses-là », souligne le marin. « Déjà parce que si elle était suffisamment compétente, elle serait à votre place sur le bateau. Et elle ne doit pas perturber le chemin stratégique qu’élabore le skipper ».
Une triche pas forcément efficace donc, et qui peut coûter cher. Car si les faits sont avérés, les skippers risqueraient d’être suspendus de toute compétition. C'est ce que devra décider le jury de course, désigné par l'autorité organisatrice.
Les skippers concernés candidats au Vendée Globe 2024
« Selon l’application de la règle 69 [qui oblige tous les concurrents à ne pas commettre d’actes de mauvaise conduite, ndlr], j’ai demandé au président du comité de course et à l’autorité organisatrice du dernier Vendée Globe de désigner un nouveau jury de course, ce qui sera fait prochainement » a précisé Jean-Luc Denechau. « Ce jury pourra entendre les différentes parties prenantes et éventuellement en faire un rapport. Nous serons alors en mesure de décider si nous entamons des procédures disciplinaires ». À ce jour, les navigateurs, dont les noms n’ont pas été dévoilés, sont présumés innocents. On sait toutefois que les deux skippers concernés sont aussi candidats au Vendée Globe 2024 (qui prendra le départ le 10 novembre). Ce qui pourrait peut-être expliquer que l'affaire soit dévoilée aujourd'hui, trois ans après la course.
Cette potentielle affaire fait suite à celle de la Solitaire du Figaro 2023. Deux skippers, Benoît Tuduri et Pierre Daniellot, avaient eux aussi téléchargé des fichiers donnant des indications sur les conditions météo pendant la course. Ce qui est strictement interdit par le règlement de la classe Figaro. En octobre dernier, ils ont été suspendus provisoirement de toute compétition par la FFVoile.
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