S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
routage à voile
  • Aventure
  • Water Sports

Dans les coulisses du routage à la voile avec Christian Dumard, l’homme derrière les skippers

  • 29 décembre 2022
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Clémence Pivain

Lors du Vendée Globe, de la Mini-Transat ou de la Volvo Ocean Race, Christian Dumard, c’est l’homme de l’ombre, le spécialiste d’une discipline de niche, le routage océanique. Autrement dit, optimiser les trajectoires au large. Un art que l’ancien skipper connait sur le bout des doigts. En 2018, il était derrière Francis Joyon et sa victoire sur la Route du Rhum. En 2020, il aidait Ian Lipinski à boucler son record du tour des îles britanniques. Mais celui qui reste un marin ne sait pas résister à l’appel du large. Par deux fois, en 2018 et 2019, il a embarqué avec sa fille dans le grand nord pour tenter de rejoindre l’Alaska depuis le Groenland en voilier. Des expéditions qu’ils ne pourront pas mener à leur terme mais dont ils ont tiré un film, « Passagers des glace », sorti le 14 décembre, aujourd'hui disponible en ligne. L’occasion de revenir sur un métier peu commun - ils sont cinq ou six seulement en France - mais pourtant décisif dans une course au large.

Alors qu’ils tentaient de rejoindre le Pacifique à la voile par le nord du continent américain, Christian Dumard et sa fille Clara se sont retrouvés bloqués par les glaces et forcés de faire marche arrière en 2018 et en 2019. Leur défi était ambitieux, car à ce jour aucun bateau à voile n’a encore réussi le passage à la voile, sans escale ni assistance. De ces aventures, ils ont tiré un film de 52 minutes, disponible en ligne, à découvrir ci-dessous. L'expérience de routeur et de météorologue du marin et ex-compétiteur qu'est Christian Dumard était un atout de taille, mais l'expert admet s’être fait surprendre et ne pas avoir anticipé que le passage resterait fermé à cause des glaces. Un phénomène qu’il explique par la dérive d’icebergs issus de la calotte glacière qui se fragmente de plus en plus en raison du réchauffement climatique, très visible en Arctique. La fonte de la banquise impacte directement les systèmes météo explique-t-il. Hormis ces zones, les conditions de navigation ne sont pas réellement affectées. « La météo, ce sont des cycles longs, donc on n’a pas encore beaucoup de recul sur les effets du réchauffement climatique, qui lui, va très vite » détaille-t-il. Or, la météo, il la suit tous les jours, pour guider les bateaux de plaisance et les paquebots, mais également pour aiguiller les skippers lors de courses mythiques ou de tentatives de record.

Christian Dumard
(Christian Dumard)

Un ex-skipper reconverti

Plongé dès l'enfance dans l’univers de la voile depuis un tour du monde en famille, Christian Dumard démarre d'abord en tant que navigateur sur des courses mythiques comme l’Admiral’s Cup (Corum), la Coupe de l’America (France 3) ou encore le Tour de France à la Voile. Il fait un petit passage en préparation olympique, mais sans réussir à s’imposer. En parallèle de son activité de navigateur, il lance plusieurs affaires et surfe sur les débuts d’internet. Il créé notamment le site d’information Sail Online ou un logiciel d’assistance à la navigation, Computer Marine.

Fort de son expertise en matière de nautisme et d'un solide réseau, il est vite démarché pour commencer le routage. Dès 2001, on le voit aux côtés de Marc Guillemot et Bernard Stamm lors de la Transat Jacques Vabre. Il poursuit comme manager de la team Sodébo pour Thomas Coville et l’assiste dans ses tentatives de record du monde. A compter de 2016, il devient routeur à temps plein, travaillant à la fois avec des paquebots et des plaisanciers, comme sur l’assistance de courses, activité qui occupe désormais un tiers de son temps.

Départ route du Rhum
(Alexis Coucroux)

En mer, un suivi 24h/24h

« Pour faire du routage, c’est bien d’avoir une solide expérience de la mer. C’est un peu une activité de retraité de la course au large » plaisante-t-il. Mais plus qu'un passe-temps, c'est un métier qui demande beaucoup de disponibilités, poursuit-il. Lors d'une course, il faut pouvoir assurer un suivi 24h/24h, les routeurs tournent alors à deux ou trois. Le routage n’est autorisé que pour les multicoques, pour lesquels les risques de naufrages sont beaucoup plus élevés que pour les monocoques. C’est alors un travail permanent sur l’optimisation de la route, « une relation très étroite avec le bateau », précise Christian Dumard.

Pour des courses en monocoques comme le Vent des Globes, où le routage n’est donc pas autorisé. Le travail s’effectue en amont, à terre. « On fait des exercices, on confronte le skipper à des situations type».  Ensuite, une fois parti, il devient tout à fait autonome. L’organisation peut tout de même émettre des alertes et prévenir les coureurs en lice de conditions de navigation très musclées à venir. Pour éviter toutes distorsions de concurrence, les critères d’intervention auprès des coureurs sont décidés à l'avance. Il s’agit toujours d'informations météo, le coureur en tire ensuite les conclusions sur sa trajectoire en fonction des risques qu'il est prêt à prendre.

voilier Crosscall Sailing Team
(CharlyProd / Crosscall Sailing Team)

Au fil des jours, une véritable relation de confiance

Lors de l’accompagnement sur la course, le skipper est responsable de ses choix de navigation, « mais dans la réalité, c’est une décision qui se prend à deux. A terre, on a tellement plus d’éléments que lui qui est seul et qui doit dormir, manœuvrer, manger… Je ne vais pas dire que l’on décide pour lui, parce qu'il a le dernier mot, mais on recommande et on suggère. », explique Christian Dumard. La qualité du binôme a donc une réelle influence sur le travail du routeur. « Il faut une bonne entente, une bonne confiance », insiste-t-il. Les deux parties communiquent par Whatsapp et Telegram en essayant d’établir un scénario le plus en amont possible, qu’il faut ensuite adapter en fonction des éléments imprévisibles pour lesquels il faut réagir vite, grains, accidents etc. La qualité de la communication entre les deux partenaires est donc essentielle pour ne pas être confronté brutalement à des situations complexes.

Au routeur donc d'évaluer le moment le plus propice pour communiquer avec son binôme. « Si on s’aperçoit qu’il est trop fatigué, alors qu’une décision très importante doit être prise, on attend qu’il se soit reposé un petit peu. Ce sont des supers moments avec le skipper. Ils sont seuls, et nous aussi. Même si on tourne à deux ou trois, un fil de conversation s’établit. Au fil des heures et des jours, on est au courant de leur quotidien, de leurs petits problèmes ». Une relation intime que le routeur n'entretien pendant la course qu'avec un seul skipper. Car si, en amont, il peut assister sur plusieurs équipes en même temps. Une fois le départ lancé, il ne peut plus suivre qu’un seul bateau, pour des raisons évidentes de concurrence.

voilier Crosscall Sailing Team
(CharlyProd / Crosscall Sailing Team)

Des moments intenses avec Francis Joyon ou Ian Lipinski

Avec une belle carrière derrière lui, Christain Dumard confie qu’il n’a plus besoin de démarcher pour trouver du travail, et peut même se permettre de refuser des collaborations. Une fois qu’une relation est bien établie, elle tend à perdurer, « c’est un travail dans le temps », dit-il. C'est le cas par exemple avec Francis Joyon, qu’il accompagne depuis 5 ans déjà, « C’est quelqu’un d’extrêmement bon, qui navigue super bien. Il a une capacité d’analyse incroyable. A terre, on travaille pour lui, mais lui regarde aussi en mer ce qu’il se passe car il vient d’une génération où il n’y avait pas beaucoup d’aide extérieure. Il a appris à faire son analyse lui-même, très rapidement. C’est très enrichissant. En deux, trois lignes on se comprend bien. C’est un grand bonheur de travailler avec Francis. On développe plus de complicité avec certains coureurs. Avec d’autres, la communication peut être plus difficile. C’est quelque chose qui se travaille. C’est comme un entrainement. Si on commence à travailler ensemble le jour du départ, ça ne va pas très bien se passer en général. […] C’est comme un coach avec ses sportifs ». Et quand il y a une victoire à la clé ou un record, ce sont des moments un peu plus forts, ça créé dans liens » […]

« Sur le record entre Lorient et l’Ile Maurice de Francis Joyon, on savait qu’il y avait une situation compliquée, ça se jouait sur plus ou moins 3-4 jours à l’arrivée, il fallait attraper un système météo. Ce n’était vraiment pas gagné. Le matin à 6h15, la nouvelle météo sort. Francis la charge de son côté, il fait son analyse pendant que je fais la mienne. Cinq minutes après, on arrive à la même conclusion. On se dit alors qu’il y a une chance qu'il réussisse. Ce sont des moments … En foot, c’est comme celui qui fait une super passe pour le joueur qui va marquer le but ».

De même, lors de sa tentative de record autour des îles britanniques il y a deux ans, Ian Lipinski était confrontée à une situation météo très compliquée qu’il avait bien compris et analysée, «. "Pendant quelques heures, il m’expliquait bien ce qu’il voyait et moi j’avais les images satellites, je lui donnais un retour. On s’en est bien sorti ! Il a battu le record. Un moment de complicité que j’ai trouvé assez fort. C’est difficile à décrire. On sent que c’est un instant clé.»

routage à voile
(CharlyProd / Crosscall Sailing Team)

La révolution de l'Intelligence Artificielle

De tels échanges sont rendu possibles par les nouvelles technologies. Auparavant, la communication se limitait à un appel le matin, un le soir, et un autre éventuellement entre les deux en cas d’urgence, mais le critère de réceptivité du skipper n’était pas pris en compte. Ces innovations représentent un gros progrès au niveau de la fluidité de la communication. Elles permettent aussi de recevoir des informations directement issues du bateau, notamment sa vitesse de navigation.

Christian Dumard utilise actuellement l'application Windy. Elle permet de conjuguer routage et visualisation et de choisir les paramètres à prendre en compte. Il existe des modèles météo (c’est-à-dire un modèle physique de l’état de l’atmosphère) sur lesquels sont greffés des probabilités. « Toutes les mesures sont par définition un peu erronées. C’est l’effet papillon : Un battement d’aile quelque part peut modifier le temps ailleurs. Ce n’est pas tout à fait exact, et des petites erreurs de mesures peuvent changer l’évolution de la météo à long terme. », précise le routeur.

Les premiers logiciels sont apparus dans les années 80, avec MaxSea en France, mais n’ont pas tellement évolué depuis. « Les machines sont plus puissantes et plus rapides, mais ce sont les mêmes algorithmes. », explique Christian Dumard. En revanche, l’intelligence artificielle est en train de changer les choses, selon lui. Elle aide en effet à classifier les modèles qui sont plus précis à court ou moyen terme, mais surtout elle permet de prendre en compte toutes les données et configurations en même temps. Les principaux critères sont le vent en force et en direction et l’état de la mer, notamment la taille des vagues. Mais il arrive que les modèles n’indiquent pas la même chose, routeurs et skippers doivent alors faire un choix.

Fatigue du skipper, ton de sa voix, tout compte

« On essaye d’intégrer beaucoup plus de paramètres aujourd’hui, comme les rafales, ou les houles résiduelles » explique Christian Dumard. L’IA permet aussi de mettre en lumière des éléments qui n’étaient pas considérés comme importants pour la performance du bateau, comme la température ou la pluie, qui a un impact sur la stabilité du vent par exemple. "Je suis convaincu que l’intelligence artificielle finira par nous remplacer", confie-t-il. " Mais pas sur tous les points, car le contact humain est très important. Elle n’intègrera pas la fatigue du skipper, le ton de sa voix ou le nombre de fautes d’orthographes qu’il fait ».

C'est donc un accompagnement sur mesure, très intime parfois, que fournit le routeur. Une prestation qui a un coût dépendant du nombre de personnes mobilisées. Cela se chiffre en dizaine de milliers d’euros, explique que le routeur. Des sommes non négligeables mais qui, sur une course au large, ne représentent que 0,5% à 1% d’un budget annuel selon l’expert. Pour les plaisanciers en revanche, la facture oscille entre 500€ et 1000€ pour une traversée. Plus le budget est conséquent, plus le nombre critères pris en considération est important et de fait, plus fine est l’analyse. C’est là qu’entre en jeu l’expérience du routeur qui saura quels sont les paramètres à ne pas négliger.

Aujourd’hui, hormis quelques projets personnels, Christian Dumard ne cherche pas à naviguer, mais affirme avoir trouvé sa place en tant que routeur. « Après la route du Rhum (en novembre, ndlr ), les choses se calment jusqu’en février ». L'occasion pour lui de développer son entreprise « Weather Intelligence »... qui mise sur l’intelligence artificielle dans le routage.


Voir "Passagers des glaces"

En 2018 et 2019, Christian Dumard et sa fille Clara ont tenté de rejoindre l’Alaska depuis le Groenland en voilier, sans escale ni assistance, ils en ont tiré un film de 52 minutes, réalisé par Clara Dumard et Thibaut Aroun.

https://youtu.be/PTqvaLboPxo

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

La rédaction

Film « Sea Gypsies : de l’autre côté du monde » : larguez les amarres avec les bohèmes des mers

Journal de bord du Grand-Dauphin
Marina Abello Buyle

Un journal oublié révèle le premier tour du monde français… 50 ans avant Bougainville

Guirec Soudée Tour du Monde à l'envers
La rédaction

À deux jours du record, Guirec Soudée serre les dents avant Ouessant

Vendée Globe départ 2024
Marina Abello Buyle

La course au large en pleine crise existentielle ?

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications