Après 93 jours en mer, Guirec Soudée est en passe de boucler son tour du monde à l’envers en moins de 100 jours — et de pulvériser le record de Jean-Luc Van Den Heede. Mais à l’approche d’Ouessant, entre fatigue extrême, avarie et météo capricieuse, les dernières heures s’annoncent tendues. Parti le 23 décembre, contre les vents et les courants dominants, le navigateur breton est attendu à Ouessant ce samedi 28 mars, entre 12 h et 15 h.
À quelques heures de l’arrivée, tout laisse penser que le jeune navigateur breton s’apprête à battre le record détenu depuis 2004 par Jean-Luc Van Den Heede (122 jours et 14 heures) et à boucler son tour du monde en moins de 100 jours, l’objectif qu’il s’était fixé. « La Bretagne n’a jamais été aussi proche depuis le départ, mais le bateau commence à fatiguer… et moi aussi un petit peu, je ne vais pas vous mentir », confiait-il il y a un peu moins d'une semaine, au 86e jour de son périple. Les cernes visibles en étaient aussi témoin.
Son trimaran Ultim MACSF, conçu pour la performance, et non pas pour encaisser aussi longtemps des conditions aussi rudes « commence à s’user dans tous les sens », reconnaît-il. De plus qu'il navigue depuis 25 jours avec une avarie sur son safran tribord, endommagé après une collision avec un engin de pêche au large du cap de Bonne-Espérance, qui l'a contraint à « aménager son bateau et être super prudent » nous confie son routeur météo, Christian Dumard.
La lucidité elle-même est également mise à l’épreuve. Il y a quelques jours, le marin a frôlé l’accident en tentant d’arrêter son éolienne à la main. « Heureusement que je me suis réveillé au dernier moment. Si tu veux garder tes doigts, surtout ne fais pas ça ! » Un épisode qui en dit long sur l’état de fatigue accumulée après plus de 90 jours à surveiller en permanence ce géant des mers. Pourtant, Dumard, qui échange plusieurs fois par jour avec le marin, évoque un Guirec « qui ne se plaint jamais, content, toujours heureux », à l'image de l'optimisme que nous avions pu constaté chez le navigateur lors de notre appel avec lui. « Il reste en forme pour 90 jours de navigation, il y a une fatigue de fond, certes mais il reste lucide et vigilant. »
Côté météo, Guirec s'en sort relativement bien. Si, après avoir franchi le troisième et dernier cap — moment où nous avions pu échanger avec lui — Guirec Soudée a pu profiter d’une dizaine de jours relativement cléments jusqu’à l’équateur, cette parenthèse n’a pas duré. En remontant vers le nord, il est passé au large de l’île de Sainte-Hélène, connue pour avoir été le lieu d’exil de Napoléon Bonaparte, mais aussi chargée de souvenirs personnels pour le marin, qui y avait fait escale avec sa poule Monique lors de son premier tour du monde en 2018. Une fois de retour dans l’hémisphère nord, les conditions se sont certes durcies, mais restent, selon son routeur météo Christian Dumard, « correctes et globalement clémentes pour l’Atlantique nord au printemps ». Guirec a toutefois dû contourner un anticyclone des Açores particulièrement décalé vers l’ouest, ce qui l’a contraint à allonger sa trajectoire afin de rester le plus longtemps possible sur son « bon » bord et préserver son safran tribord endommagé. Résultat : il est resté quatre à cinq jours dans un couloir de vent arrière pas très fort, sans dépasser les 23-30 noeuds. Des conditions plus confortables… mais moins rapides. Son arrivée initialement envisagée lundi a donc été légèrement repoussée.
Je suis sous pression en permanence. J’ai l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête : à n’importe quel moment, tout peut s’arrêter. Si proche du but, ce serait dommage… Mais ça ne va pas se finir comme ça, je suis un éternel optimiste, je sais que ça va bien se passer… mais je reste très prudent.
Désormais au niveau des Açores, il lui reste à franchir le golfe de Gascogne, souvent redouté comme l’un des passages les plus piégeux du parcours. En effet, les conditions annoncées pour l’arrivée s'annoncent un peu plus musclées : une dernière dépression l’y attend demain, avec du vent du nord assez fort, de la pluie et du grain, et un état de la mer qui se dégrade assez vite mais rien d'in extremis, nous rassure Dumard.
Si tout se passe comme prévu, Guirec Soudée devrait arriver à Ouessant ce samedi 28 mars entre 12h et 15h, et arrivera ensuite à Brest. Il signerait le premier tour du monde à l'envers en multicoque en solitaire, et le plus rapide jamais réalisé, en 95 jours. Mais à une centaine de milles de l'arrivée, son routeur ne signe pas victoire : « tant qu'il n'a pas franchi la ligne, il peut toujours se passer des choses. » Une chose est sûre, rien n’est jamais acquis avant d’avoir posé pied à terre.
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