Deuxième l’an dernier après deux abandons successifs sur l’UTMB, l’Américain installé dans les Pyrénées vient enfin de décrocher la victoire qui lui échappait. Et de la plus belle des manières ! Ben Dhiman boucle les quelque 174 kilomètres et 9 700 m de D+ de autour du Mont-Blanc en 18:16:29, et améliore de plus d’une heure le temps de Tom Evans sur ce même tracé en 2025. Une victoire construite au terme d’une course qu’il aura largement dominée, malgré une chute dans les derniers kilomètres. Le Français Baptiste Chassagne (18:47:38) et l’Américain Caleb Olson (18:48:24), complètent le podium.
Il lui aura fallu quatre tentatives. Deux abandons, une deuxième place et, enfin, la victoire. Ben Dhimann a remporté ce samedi 29 août l’UTMB 2026 en 18:16:29. Mieux encore, l’Américain efface la précédente référence chronométrique de l’épreuve et inscrit son nom dans une histoire où les comparaisons de temps doivent toujours être maniées avec prudence, le tracé de l’UTMB ayant régulièrement évolué au fil des éditions. Mais au-delà du chrono, c’est la manière dont Dhiman a construit sa victoire qui impressionne.
Une nuit aux avant-postes avant de prendre le large
Parti vendredi soir de Chamonix à 19:45 avec deux heures de retard en raison d’une alerte aux orages, Ben Dhiman s’est rapidement installé aux avant-postes. La course masculine a d’abord été relativement groupée, avant que l’Américain ne prenne progressivement les commandes. Au lever du jour, après le Grand Col Ferret, l’écart était déjà significatif. À La Fouly, Dhiman possédait environ 30 minutes d’avance sur Baptiste Chassagne et l’Équatorien Joaquin Lopez. Une avance qu’il allait continuer à gérer sur la seconde moitié du parcours.
Tout n’a pourtant pas été parfaitement linéaire. Dans les derniers kilomètres, alors que l’histoire semblait écrite et la victoire dans la poche, Dhiman a chuté, mais il s’est rapidement relevé, un genou en sang, et a repris sa progression, sans que cet incident ne remette en cause son avance. À Chamonix, il coupera finalement la ligne à 14h04. Quelques minutes plus tard, c’est Baptiste Chassagne (18:47:38) qui enflammera la foule à son arrivée sur la place du Triangle de l’amitié, cependant que l’Américain Caleb Olson (18:48:24) décrochera une 3e place à l’issue du belle remontée.

Une victoire après deux abandons et une deuxième place
Cette victoire, Ben va pouvoir la savourer. Car il aura dû s’y prendre par quatre fois pour la décrocher. En 2023, pour sa première participation, il abandonne. Même scénario en 2024. Deux tentatives et deux échecs. En 2025, enfin, il trouve la clé et termine deuxième en 19 h 51 min 37 s, à 33 minutes du Britannique Tom Evans. Une performance qui change son rapport à la course. Avant cette édition 2026, il expliquait désormais savoir qu’il était capable de réussir sur l’UTMB. Mais il avait surtout identifié ce qui lui avait manqué en 2025 : de la résistance dans le dernier tiers. Il a donc profondément renforcé sa préparation. Pendant six semaines cet été, Dhiman a couru environ 25 heures et 200 kilomètres par semaine, avec plus de 10 000 mètres de dénivelé positif hebdomadaire. En juillet, son volume d’entraînement a dépassé 100 heures, contre moins de 60 heures l’année précédente. Son objectif était très précis : travailler ce qu’il appelle sa « durabilité », autrement dit sa capacité à continuer à courir efficacement lorsque la fatigue devient extrême. Une stratégie qui s’est avérée payante, Mais d’autant plus surprenante, pour ceux qui l’ont connu plus jeune, qu’il ne vient pas au départ de l’athlétisme.
Du football américain aux sentiers des Pyrénées
Le nouveau vainqueur de l’UTMB est venu à la course à pied après avoir pratiqué le football américain. Installé en France depuis 2021, il vit aujourd’hui à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées, avec son épouse française et leurs trois enfants. Loin de l’agitation de Chamonix, il prépare largement ses courses seul, sans entraîneur, en privilégiant les très gros volumes, la variété des terrains et une approche qu’il ajuste beaucoup aux sensations. À quelques jours de l’UTMB, il expliquait d’ailleurs avoir volontairement passé l’essentiel de sa préparation dans les Pyrénées. Pour rester auprès de sa famille, mais aussi parce qu’il y trouve un terrain raide, technique et chaud parfaitement adapté à son entraînement, avec beaucoup moins de pression qu’à Chamonix.
Une édition décapitée de plusieurs favoris, mais une victoire sans discussion
Outre le record de l’épreuve sur ce parcours, cette édition 2026 restera également marquée par une liste impressionnante d’absents. Avant même le départ, le tenant du titre Tom Evans, Kilian Jornet, Jim Walmsley et Mathieu Blanchard avaient déclaré forfait. Puis la course a elle-même procédé à une nouvelle sélection. Vincent Bouillard, vainqueur de l’UTMB 2024 et de la Western States quelques semaines plus tôt, a progressivement perdu pied après La Balme avant d’abandonner au lac Combal, après 68 kilomètres de course. Ces absences et abandons auront nécessairement pesé sur le scénario de la course, mais ils n’enlèvent rien à la performance de Dhiman. Car l’Américain n’a pas simplement profité d’un plateau ouvert, il a pris la tête, creusé des écarts considérables et, surtout, bouclé l’UTMB en 18:16:29. Un chrono qui lui permet aujourd’hui d’ajouter à sa première victoire à Chamonix le meilleur chrono sur ce parcours.
Chez les femmes, Blandine L’Hirondel en route vers la victoire
À l’heure où nous publions ces lignes, la course féminine n’est pas encore terminée. Blandine L’Hirondel occupe la tête devant les Américaines Rachel Entrekin et Emily Schmitz. Là aussi, la course a perdu l’une de ses immenses favorites. Courtney Dauwalter a abandonné après environ 70 kilomètres, entre le lac Combal et l’arête du Mont-Favre. La tenante du titre Ruth Croft avait quant à elle déclaré forfait avant le départ pour raisons familiales.
Les chronos de référence masculins sur l’UTMB
Comparer les chronos de l’UTMB exige quelques précautions, le parcours ayant changé à plusieurs reprises.
2023 – Jim Walmsley : 19 h 37 min 43 s. L’Américain avait amélioré le chrono de Kilian Jornet, mais sur un parcours modifié après Vallorcine, sans la traditionnelle montée par la Tête aux Vents. Pour Ben Dhiman, c’était le record à battre.
2022 – Kilian Jornet : 19 h 49 min 30 s. L’Espagnol avait été le premier vainqueur de l’UTMB à passer sous les 20 heures sur ce tracé, Mathieu Blanchard terminant lui aussi sous cette barre en 19 h 54 min 50 s.
2017 – François D’Haene : 19 h 01 min 54 s. Le chrono brut est encore inférieur, mais avait été réalisé sur un parcours modifié et raccourci, ce qui interdit une comparaison directe.
2025 – Tom Evans : 19 h 18 min 58 s. Là encore, le tracé avait été raccourci d’environ deux kilomètres et cette performance n’est pas considérée comme le record du parcours de référence.
2026 – Ben Dhiman : 18:16:29. Sous réserve de validation du tracé et de l’organisation, l’Américain signe donc la nouvelle référence sur l’UTMB sur ce parcours
Ben Dhiman, les performances qui l’ont conduit jusqu’à l’UTMB
2026 : 2e du 90 km du Mont-Blanc en 9 h 38 min 02 s ; 5e de la Transvulcania.
2025 : 2e de l’UTMB en 19 h 51 min 37 s ; vainqueur de la Lavaredo Ultra Trail 120K en 11 h 49 min 16 s ; vainqueur du Grand Raid Ventoux 100K en 7 h 35 min 47 s.
2024 : 3e de la Diagonale des Fous en 24 h 42 min 53 s ; 2e du Trail 100 Andorra ; vainqueur du Madeira Island Ultra-Trail ; abandon sur l’UTMB.
2023 : 3e du Grand Trail des Templiers ; vainqueur du Trail 100 Andorra ; abandon sur l’UTMB.
2022 : 3e de la Diagonale des Fous.
Un parcours qui montre surtout une progression continue sur les ultras de montagne avant de trouver, en 2025, la clé de l’UTMB.
Article publié initialement le 29 août 2026 à 14h26, mis à jour à 15h55.
Photo d'en-tête : Marina Abello Buyle- Thèmes :
- Trail Running
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