Bien sûr vous pourriez rester au chaud et profiter de l’hiver pour vous ressourcer. Sauf que sortir une fois par jour, pour courir, par n'importe quel temps et quel que soit l’état du terrain, c’est ce qu'on appelle vivre. C'est également bon pour votre entraînement. Vous sortirez de l’hiver plus fort, plus résistant, en meilleure santé et mieux préparé quand les beaux jours reviendront.
Au cours de l'hiver 1939, lorsque l'armée suédoise a envoyé le coureur Gunder Hagg dans l'extrême nord du pays, il a mis au point un programme d'entraînement consistant à courir dans la neige jusqu'aux genoux, voire jusqu'aux hanches. La plupart du temps, il parcourait 2 500 mètres dans la neige pour travailler la force musculaire, puis 2 500 mètres sur une route déneigée pour travailler la vitesse. Mais lorsque les routes n’étaient pas déneigées - parfois pendant des semaines - il courait jusqu'à 5 kilomètres dans la neige. L'été suivant, il battait ses propres records de vitesse, s'approchant, à une seconde près du record, du monde du 1 500 mètres.
Gunder Hagg conserva cette méthode d’entraînement au cours des hivers suivants, dans une autre localité, avec une boucle vallonnée de 5 km traversant une forêt enneigée sur 3 000 mètres et se terminant par un tronçon de route de 2 000 mètres où il pouvait courir à pleine vitesse. Il continua de s'améliorer et, au cours de l'été 1942, il établit 10 records du monde entre le 1 500 et le 5 000 mètres.
Bien que la routine d’entraînement du Suédois ait été créée par adaptation, il appréciait manifestement les bénéfices de courir en hiver. Lorsqu'il déménagea dans une ville au climat plus clément, il avoua avoir eu peur de ne pas y trouver assez de neige. Il retourna alors dans le Nord chaque hiver.
Et Gunder Hagg n'était pas le seul à progresser grâce aux entraînements hivernaux. Roger Robinson, qui a participé à des courses internationales pour l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande dans les années 1960 avant d'établir des records sur route dans les années 1980, se souvient de son entraînement pour les championnats anglais de cross-country des années 1950 et 1960, qui se déroulaient en plein hiver. « Nous courions, souvent à un rythme élevé, dans la neige, la boue, les flaques d'eau, les tapis de feuilles, les champs labourés, les herbes hautes, les bouses… En montée et en descente », raconte-t-il. « C'est ainsi que nous avons développé la puissance, le dynamisme, la souplesse et la polyvalence de notre foulée, ce qui s'est avéré payant plus tard ; je n’ai jamais autant progressé qu’après cet hiver ». Roger Robinson, qui a aujourd'hui 85 ans et deux genoux artificiels, court toujours dans le froid et la boue.
Certes, Hagg et Robinson sont d'une ancienne génération. Aujourd’hui, la plupart des coureurs disposent d’une tapis roulant connecté à Internet leur permettant de s’entraîner efficacement dans le confort, mais ils ont mis le doigt sur quelque chose dont nous pourrions encore tirer parti : l'hiver peut-être un outil d'entraînement efficace. Voici cinq bonnes raisons de vous entraîner dehors quelles que soient les conditions, même les plus mauvaises.
1) L’entraînement en hiver vous rendra plus fort
Comme l'ont démontré Hagg et Robinson, les conditions hivernales font travailler les muscles et les tendons que vous n’utiliseriez jamais en été. Courir en hiver offre une grande diversité d’exercices : genoux hauts, sauts, recherche d’équilibre… Les conditions hivernales difficiles sont idéales pour un entraînement hors saison dont l'objectif est de développer la force aérobie et musculaire. De quoi faire travailler tout votre corps.
2) L’entraînement en hiver vous rendra plus résistant
Vous avez beau savoir que c'est bénéfique et que vous vous sentirez bien une fois l’entraînement fini, il faut un certain courage pour lasser ses chaussures et sortir affronter le froid et les mauvaises conditions tous les jours. En plus de vous renforcer physiquement, vous vous forgerez un mental d'acier. Si vous avez lutté contre la neige, la boue, l'obscurité et les vents glaçants tout au long de l'hiver, les distances et les obstacles des courses printanières vous paraîtront plus faciles. Rien ne vous fera plus peur.
3) Vous améliorerez votre foulée
Courir sur des terrains peu variés est contre productif. Certes, ça rend vos entraînements plus faciles, mais vous sollicitez moins de muscles et vous augmentez le risque de blessures dues à la répétition des mouvements. Ça vous empêche également d'améliorer votre foulée au fur et à mesure que votre forme physique augmente. Varier les surfaces et les appuis bouscule ces schémas répétitifs, fait travailler d’autres muscles et rend la foulée plus efficace et plus résistante.
En plus de créer de la variété, les conditions hivernales glissantes vous feront travailler l’amplitude de rotation de vos chevilles et amélioreront votre concentration, car vous devrez vérifier où vous placez vos appuis. Des habitudes que vous garderez après l’hiver. Vous aurez donc gagné en souplesse et en équilibre.
4) Vous renforcerez votre système immunitaire
L'exercice physique en général, en particulier pendant les périodes où la saison des rhumes et des grippes est plus intense, a un effet protecteur sur le système immunitaire. Plus vous bougez, plus votre rythme cardiaque augmente, plus vous améliorez votre résistance aux virus. Sortir au grand air a des effets bénéfiques sur la santé. Par temps froid, la chaleur des espaces intérieurs assèche la gorge et épaissit le mucus dans les sinus. L'air froid permet d'évacuer ces mucosités et de s’aérer.
Attention toutefois si vous souffrez d'asthme. Par grand froid, portez un buff ou une écharpe sur votre bouche pour retenir la chaleur et garder vos poumons au chaud. En dessous de zéro, assurez-vous d'être bien couvert et ne vous exposez pas trop longtemps au froid.
5) Vous prendrez soin de votre santé mentale
En plus des bénéfices sur vos performances et votre santé physique, courir en hiver jouera positivement sur votre morale à une période ou le manque de lumière peut se faire sentir. Un grand nombre de coureurs, ou non-coureurs d’ailleurs, se sentent plus faibles et plus déprimés en hiver. La course à pied est un excellent moyen de lutter contre cela. Il y a quelque chose de vraiment libérateur dans le fait de sortir, de sentir l'air frais et d'évacuer le stress en plein air.
Les études scientifiques ont démontré que sortir est bien meilleur pour le moral que de faire du sport à l'intérieur. En 2011, une étude a ainsi conclu que « comparativement à l'exercice en intérieur, l'exercice en milieu naturel était associé à un plus grand sentiment de revitalisation et d'engagement positif, à une diminution de la tension, de la confusion, de la colère et de la dépression, ainsi qu'à une augmentation de l'énergie ». Elle constate également que « les participants ont trouvé plus de plaisir en pleine nature qu'à l'intérieur et que c'est plus volontiers au grand air qu'il avait l'intention de pratiquer à nouveau ". Cette « intention de recommencer » est importante. La course à pied devient plus facile et plus agréable au fur et à mesure que l'on s'y adonne. Il faut quatre semaines de régularité pour se sentir vraiment bien. Votre corps va donc s'habituer à cet exercice, c'est un fait prouvé.
La plupart des gens associent la régularité à la discipline, le fait de se fixer des objectifs et de "rendre des comptes" est un moyen efficace de créer une habitude régulière. Les données de Strava mettent en évidence que les personnes qui se fixent des objectifs sportifs sont beaucoup plus régulières et persévérantes dans leurs autres activités tout au long de l'année. L’envie d'atteindre un objectif peut en effet aider à surmonter ce moment d'inertie où l'on met en balance le confort actuel... et le plaisir potentiel. Mais le meilleur moyen d'être constant à long terme est tout simplement à venir à aimer la course à pied. Les coureurs qui en font une partie intégrante de leur vie parlent peu de discipline, mais plutôt de leur plaisir de s'évader et de découvrir le monde. Par tous les temps. Même dans le froid et la boue !
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