Un premier ultra, c’est forcément intimidant. Courir plus qu’un marathon — parfois bien au-delà — sur des terrains exigeants, avec du dénivelé, une gestion de l’effort et de l’alimentation sur plusieurs heures : l’aventure ne ressemble à rien de ce que l’on a connu jusque-là. Pourtant, pour un coureur déjà régulier, qu’il vienne de la route ou du trail, franchir le cap de l’ultra n’est pas forcément aussi compliqué qu’on l’imagine. À condition d’adopter les bons repères.
L’ultra-trail ne se résume pas à « courir plus longtemps ». Les formats, les terrains et les profils sont extrêmement variés : 50 km roulants, parcours vallonnés, courses alpines très techniques, ultras sans balisage strict ou événements très encadrés. D’un ultra à l’autre, tout change : l’allure, la stratégie, l’équipement, l’alimentation, parfois même la façon de se déplacer. C’est précisément ce qui fait la richesse — et la difficulté — de la discipline.
Faut-il pour autant tout réapprendre ? Pas nécessairement. Les bases de l’endurance restent les mêmes. Mais réussir son premier ultra suppose d’adopter certains principes spécifiques, et surtout d’éviter quelques erreurs classiques. Voici cinq règles essentielles pour aborder sereinement cette première longue distance.
Comment préparer son premier ultra
Si vous courez régulièrement, que vous êtes à l’aise sur des sorties longues et que vous avez déjà une certaine expérience sur route ou en trail, vous avez sans doute les fondations nécessaires. Pour une première approche, un format compris entre 50 et 70 kilomètres constitue souvent une entrée en matière cohérente.
Le choix de la course est déterminant. Mieux vaut privilégier un terrain que l’on peut reproduire à l’entraînement — profil, technicité, dénivelé, conditions climatiques — plutôt que de se laisser attirer par le prestige d’une épreuve très engagée. La confiance acquise sur une première expérience bien préparée servira de base pour des objectifs plus ambitieux par la suite.
La structure générale d’un entraînement d’endurance reste valable : régularité, sorties longues, récupération, adaptation progressive. En revanche, certains réflexes doivent évoluer. Voici cinq principes clés pour construire une préparation adaptée à l’ultra.
1. Penser en temps d’effort plutôt qu’en kilomètres
En ultra, la préparation gagne à privilégier le temps d’effort plutôt que le kilométrage. Sur terrain vallonné ou technique, une sortie de trois heures peut représenter une distance très variable. Ce qui compte avant tout, c’est le temps passé en mouvement, et la capacité à maintenir un effort durable.
Le kilométrage conserve son utilité pour structurer l’entraînement, mais il devient secondaire face au temps d’effort et au dénivelé. Se préparer à rester dehors plusieurs heures, à enchaîner montées et descentes, et à encaisser la fatigue musculaire est bien plus déterminant que viser un volume hebdomadaire élevé.
La progression doit rester graduelle. Augmenter trop vite la durée des sorties longues est l’une des erreurs les plus fréquentes. Mieux vaut miser sur la régularité que sur des semaines surchargées.
2. Apprendre à s’alimenter en courant
L’alimentation est l’un des piliers de l’ultra. Sur plusieurs heures d’effort, il devient indispensable de s’alimenter régulièrement, sans attendre les premiers signes de défaillance. Chaque coureur doit trouver ce qui lui convient : nutrition sportive classique, aliments salés, textures variées, calories liquides. L’essentiel est d’entraîner le système digestif à absorber de l’énergie sous effort, parfois dans des conditions inconfortables.
Oublier de s’alimenter, ou manger trop tard, peut rapidement conduire à une baisse brutale de régime, tant physique que mentale. Tester différentes options à l’entraînement permet de limiter les mauvaises surprises le jour J. L’hydratation est tout aussi cruciale, à adapter selon la météo, l’intensité et la transpiration.
3. Oublier l’allure
En ultra, surtout en terrain naturel, l’allure perd de sa pertinence. Le relief, la technicité et la fatigue rendent toute référence chronométrique secondaire. Apprendre à courir à l’effort, en écoutant ses sensations, permet de mieux gérer la durée et d’éviter les départs trop rapides. Varier les terrains à l’entraînement sollicite davantage de groupes musculaires et prépare mieux aux exigences de la course.
4. Intégrer la marche
Marcher fait partie intégrante de l’ultra. Pentes raides, fatigue, alimentation, récupération : savoir alterner course et marche est une compétence à part entière. La marche active permet de continuer à progresser tout en faisant redescendre le cardio, en économisant de l’énergie et en facilitant l’alimentation. Elle sollicite différemment les muscles et participe à la prévention des blessures. L’objectif n’est pas de remplacer la course par la marche, mais d’apprendre à les combiner intelligemment.
5. Ne pas négliger le travail de vitesse
Même en ultra, le travail de vitesse a toute sa place. Non pas pour courir vite le jour de la course, mais pour élever le niveau d’aisance à des allures modérées et améliorer l’économie de course sur la durée.
Ce travail passe notamment par le fractionné, sous différentes formes. Des efforts courts ou plus longs, entrecoupés de phases de récupération, permettent de solliciter le cardio, la foulée et la coordination, tout en rompant avec la monotonie des sorties longues. En trail, ces séances se pratiquent le plus souvent à l’effort, sur terrain naturel, sans chercher une allure précise. Le fractionné en côte est particulièrement intéressant : il renforce la chaîne musculaire, améliore la puissance et prépare efficacement aux profils vallonnés. Des formats simples — quelques répétitions d’une à cinq minutes, par exemple — suffisent largement dans une préparation ultra.
Inutile toutefois d’en faire trop. Une à deux séances de fractionné par semaine, intégrées intelligemment dans un ensemble équilibré, sont largement suffisantes. L’objectif n’est pas la performance brute, mais de rendre les allures d’ultra plus confortables et plus durables.
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