Un brin provocatrice, la toute première chaussure Hoka sortie en 2009 n’a pas uniquement entrouvert une brèche, mais toute une voie, à contre-courant de la tendance minimaliste. Son look massif, son amorti XXL, son drop élevé et sa semelle oversize lui ont valu d'être moquée par certains ("une chaussure de clown !"), mais aussi immédiatement adoptée par d’autres. La marque anticonformiste qui n’en finit pas de bousculer les codes vient de redesigner totalement son modèle historique. Au point que la nouvelle Mafate X, ultime version, pourrait bien définir elle aussi les nouveaux standards des chaussures trail/gravel à plaque carbone. Notre journaliste, fin spécialiste des chaussures Hoka, a eu la chance de la tester en avant-première.
Il y a 15 ans, Hoka One One, lançait son premier modèle. Une grosse paire de trail au look hors norme défiant frontalement la tendance minimalisme. Avec près de 2,5 cm de mousse de plus que la plupart de ses concurrentes, la Mafate a révolutionné le monde du trail. Au point que toutes les grandes marques proposent désormais une offre dite « maximaliste ».
La version originelle a connu depuis de nombreuses évolutions : de la Mafate Three2, plus massive et taillée pour la ville, à la Mafate Speed 4, un peu plus dynamique. Entre les deux : les EVO Mafate, Mafate Speed 2, et d’autres déclinaisons plus confidentielles.
Coureur de longue date, j’ai pu tester la majorité des différentes versions (en-dehors de la toute première). Les définir était assez simple : vous les enfilez, vous écrasez tout sur votre passage et vous accumulez les bornes sans rien sentir. L’idée en a séduit plus d’un. Mais la Mafate X est différente. Hoka y a intégré pour la première fois une plaque carbone. Et le résultat ne laisse pas indifférent.
La Mafate X, en bref
Poids : 343 g (en 42, homme)
Stack : 49 mm à l’arrière / 41 mm à l’avant
Drop : 8 mm
Prix : 225 €
Les +
Amorti ultra moelleux
Stabilité correcte malgré le gabarit et la plaque
Semelle agressive avec crampons costauds
Bonne tenue sur route
Beaucoup plus vive que les anciennes Mafate
Les -
Le combo plaque/rocker nécessite un temps d’adaptation
Manque d’aisance sur tous les terrains
Poids et encombrement élevés
Durabilité à surveiller
Système de laçage déroutant
Son prix

Premières impressions
Ces dernières années, j’ai porté les différentes Mafate, la Speedgoat, plus agile, et la Tecton X, plus rapide, j’étais donc curieux de découvrir la Mafate X. Avec cette plaque en carbone en forme de H et un drop augmenté à 8 mm, le résultat reste plutôt moelleux, mais cache bien son jeu.
Dès le chaussage, bonne surprise : la mousse reste concentrée dans la semelle intermédiaire, sans excès autour du talon ou du col. Le mesh est léger et respirant, la languette minimaliste – contrairement à certaines chaussures qui confondent confort et rembourrage à outrance.
Le laçage ? Plus long que celui de la Mafate Speed 4, moins que celui de la Three2. Un système proche de l’ancienne Tecton X : il peut offrir un fit précis et stable, ou au contraire gêner à l’avant-pied ou provoquer du flottement au talon. Et toujours pas de poche pour ranger les lacets. Un détail devenu pourtant quasi standard.
Sous la semelle, des crampons Vibram Megagrip de 3,5 mm assurent une accroche efficace, y compris sur route, probablement grâce à la semelle intermédiaire.

Et cette semelle, alors ?
Dès les premiers pas, impossible d’ignorer la plaque carbone à double fourche (avant/arrière) et le profil rocker : on sent le pied basculer vers l’avant, un peu comme sur la Tecton X. Lors des premières sorties, ce basculement était même un peu trop prononcé, surtout à allure rapide. À rythme lent, en revanche, l’effet était curieusement freinant – logique avec un drop deux fois plus élevé que celui de la Speed 4 et une plaque qui influence fortement la transition talon/avant-pied.
Mais après quelques sorties, le combo drop/rocker/plaque m’a semblé bien équilibré. En côte, au-delà de 15 %, l’effet de levier permet des relances très efficaces.
La mousse ? Il y en a 16 mm de plus que sur la Speed 4. Elle est composée de deux couches :
- Une EVA supercritique en dessous,
- La plaque carbone au milieu,
- Et une PEVA supercritique sur le dessus, au contact du pied (en orange visible à l’avant-pied).

Et sur le terrain, ça donne quoi ?
C’est là que tout se joue pour une chaussure à plaque carbone. Et là encore, la Mafate X m’a agréablement surpris. Malgré les 49 mm de stack, la mousse tendre et la plaque rigide, l’appui reste globalement stable. Ce n’est pas une fusée en terrain technique, mais elle n’est pas non plus catastrophique.
Même dans les descentes raides, meubles ou caillouteuses, je n’ai jamais eu à freiner exagérément. Parfois quelques accrocs à cause de la plateforme assez large, mais rien d’inattendu. En revanche, dans l’herbe haute, le sable ou les sentiers creusés, j’ai ressenti un vrai manque de stabilité. Le risque de torsion de cheville m’a semblé bien réel – une sensation que je ressens généralement peu souvent.

La Mafate X, pour qui et pour quoi faire ?
La Mafate X est une chaussure joueuse, qui combine dynamisme en montée et confort sécurisant en descente. Je l’ai donc souvent choisie pour mes sorties, alors que franchement, j'avais le choix.
Mais attention : la plaque carbone m’a semblé un peu trop agressive pour une chaussure annoncée comme adaptée à des ultras de 100 miles. À moins d’avoir une foulée très dynamique, le drop élevé et la bascule constante peuvent fatiguer les mollets à la longue.
Et pour ceux qui s’aventurent seuls sur des sentiers engagés et isolés, cette Mafate X n’est pas la plus rassurante. Le déroulé reste parfois difficile à anticiper.
Bonne surprise en revanche : sur route, la chaussure est très agréable. Une première pour une Mafate. Hoka la classe d’ailleurs dans la catégorie gravel, et c’est probablement là qu’elle s’exprime le mieux.

Pour conclure
La Mafate X est une chaussure qui apporte beaucoup de « fun ». Son évolution est vraiment marquée par rapport à une gamme jusqu’ici plutôt lourde et pataude. Vous conviendront-elles ? Tout dépendra du terrain, de votre foulée et de vos objectifs. Mais une chose est sûre : elle comble un vide parmi toutes les chaussures à plaque carbone avec gros amorti, pensées pour le gravel et les sentiers roulants.
Chaussures similaires : Nike Trail Ultrafly, Adidas Agravic Speed Ultra.
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