De la vallée de Chamonix aux Écrins, en passant par la Vanoise et la Haute Maurienne, 26 bassins versants alpins présentent une sensibilité moyenne ou forte aux risques d’origine glaciaire et périglaciaire, selon les derniers chiffres transmis à Outside par le ministère de la Transition écologique. Vidanges brutales de lacs glaciaires, chutes de séracs, éboulements liés au dégel du permafrost… Où se situent ces bassins et que signifie ce classement ?
La catastrophe qui a ravagé La Bérarde, en juin 2024, a rappelé combien les transformations de la haute montagne pouvaient avoir des conséquences dans les vallées. Avec le recul des glaciers et le dégel du pergélisol, des lacs apparaissent, des parois se déstabilisent et des terrains jusqu’alors retenus par la glace évoluent. Mais tous ces phénomènes ne menacent pas nécessairement des habitations ou des infrastructures. Encore faut-il déterminer ce qu’ils pourraient atteindre en aval. C’est l’objectif du travail de « levée de doute » mené par les services de restauration des terrains en montagne (RTM) de l’Office national des forêts. Selon les dernières informations transmises à Outside par le ministère de la Transition écologique, 612 bassins versants comprenant au moins une forme glaciaire ou périglaciaire ont été identifiés dans les Alpes françaises. Parmi eux, 519 présentent une sensibilité très faible, 67 une sensibilité faible, 23 une sensibilité moyenne et trois une sensibilité forte.
Les zones orange et rouges de la carte se concentrent dans les trois grands massifs glaciaires des Alpes françaises, le Mont-Blanc, la Vanoise et les Écrins.

Trois bassins classés en sensibilité forte
La superposition de la carte de mars 2026 à un fond topographique IGN permet de situer les trois zones rouges dans les secteurs suivants :
- À Tignes, en Savoie, au sud de Tignes-le-Lac, vers Val Claret et le versant nord de la Grande Motte, dans le secteur du Rosolin.
- À Pralognan-la-Vanoise, en Savoie, dans le vallon du Grand Marchet, au sud-est du village.
- À La Bérarde, en Isère, dans le vallon de Bonne Pierre, à l’est du hameau, dans le haut bassin du Vénéon.
Selon le ministère, les trois bassins de sensibilité forte font l’objet de mesures de gestion. Celles-ci peuvent consister à réduire l’aléa par des travaux ou à limiter l’occupation des secteurs exposés par des mesures réglementaires. Leur classement ne permet toutefois pas, à lui seul, de connaître la nature exacte du phénomène en cause ni les modalités de gestion propres à chaque site.
Les secteurs classés en sensibilité moyenne
Les 23 bassins de sensibilité moyenne apparaissent en orange. Plusieurs étant voisins, ils peuvent être regroupés par vallées et grands secteurs pour faciliter leur localisation.

Les bassins de sensibilité moyenne apparaissent en orange dans les secteurs de la Mer de Glace, des aiguilles de Chamonix, des Bossons, de Taconnaz et de Bionnassay. (Cartographie des bassins de mars 2026, superposée au fond IGN par Outside. Fond Plan IGN, Licence Ouverte 2.0.)
Dans le massif du Mont-Blanc, les zones orange se situent principalement sur les versants dominant la vallée de Chamonix. Elles comprennent le bassin de la Mer de Glace et plusieurs bassins voisins dans les secteurs des aiguilles de Chamonix, des Bossons et de Taconnaz. Une autre zone se trouve sur le versant occidental du massif, dans le secteur de Bionnassay, à Saint-Gervais-les-Bains.

En rouge, les bassins de sensibilité forte dans les secteurs de Tignes et du Grand Marchet, à Pralognan-la-Vanoise. En orange, les bassins de sensibilité moyenne répartis en Vanoise et en Haute Maurienne. (Cartographie des bassins de mars 2026, superposée au fond IGN par Outside. Fond Plan IGN, Licence Ouverte 2.0.)
En Vanoise et en Haute Maurienne, les zones orange sont plus dispersées :
- Au-dessus de Pralognan-la-Vanoise, dans le secteur du col de la Vanoise et de la Grande Casse.
- Dans les hauts vallons dominant Termignon, vers la Dent Parrachée, ainsi que dans le secteur du Fond d’Aussois.
- Au-dessus de Val Thorens, dans le secteur de Péclet.
- À Bonneval-sur-Arc, dans le vallon de la Lenta, entre le village et le col de l’Iseran.
- À Bessans, dans les secteurs des vallons d’Avérole et du Ribon.
- À Val-Cenis, sur les versants dominant Lanslebourg et Lanslevillard, vers le col du Mont-Cenis.
- Au-dessus de Bramans, dans le haut bassin d’Ambin, vers les dents d’Ambin et la pointe de Ferrand.

En rouge, le bassin de Bonne Pierre, au-dessus de La Bérarde, classé en sensibilité forte. En orange, les bassins de sensibilité moyenne répartis en haute Romanche, dans les vallons des Étançons et d’Arsine, en Vallouise, dans le haut Vénéon et le haut Valgaudemar. (Cartographie des bassins de mars 2026, superposée au fond IGN par Outside. Fond Plan IGN, Licence Ouverte 2.0.)
Dans le massif des Écrins, plusieurs zones orange se répartissent de part et d’autre des grandes crêtes :
- En haute Romanche, sur les versants de La Grave et de Villar-d’Arêne, autour de la Meije, du Râteau et de la Girose.
- Dans le vallon des Étançons, qui remonte de La Bérarde vers la face sud de la Meije.
- Dans le secteur d’Arsine, en amont du Casset, au Monêtier-les-Bains.
- Dans les hauts bassins de Vallouise, autour des glaciers Blanc et Noir, au-dessus d’Ailefroide.
- Dans le haut Vénéon, en amont de La Bérarde, vers les vallons de la Pilatte et du Chardon.
- Dans le haut Valgaudemar, dans le secteur du Gioberney.
Ces localisations résultent d’une lecture de la carte officielle de mars 2026, superposée à un fond topographique IGN. Elles donnent des repères géographiques, sans constituer la liste nominative officielle des 26 bassins. Un même secteur peut comprendre plusieurs bassins ; la présence d’une zone orange ou rouge ne signifie pas que toute la commune ou toute la vallée relève de ce classement.
Une sensibilité moyenne ne signifie pas un danger confirmé
Pour les 23 bassins classés en sensibilité moyenne, les connaissances disponibles ne permettent généralement pas encore de lever complètement le doute sur l’existence d’un risque, explique le ministère. Des investigations complémentaires sont donc menées pour mieux comprendre les phénomènes et leur impact potentiel. La distinction est essentielle. Une paroi instable, un lac glaciaire ou une poche d’eau à l’intérieur d’un glacier constituent des sources possibles de phénomènes naturels. Pour parler de risque, il faut aussi que ceux-ci puissent atteindre des personnes, des habitations, une route, des équipements touristiques ou d’autres activités humaines.
« Nous avons défini des zones sources potentielles de phénomènes d’origine (péri)glaciaire grâce aux différents inventaires, puis estimé l’emprise potentielle de ces phénomènes. En croisant ces emprises potentielles avec les enjeux présents en vallée, nous avons ainsi pu hiérarchiser les bassins versants alpins », détaille Antoine Blanc, de l’ONF-RTM.
L’analyse couvre ainsi des phénomènes très différents : avalanches de glace, vidanges de lacs glaciaires, ruptures de poches d’eau, écroulements de parois à pergélisol ou déstabilisations de glaciers rocheux. Le classement d’un bassin ne signifie donc pas nécessairement qu’un lac y menace de se vider.
Un classement appelé à évoluer
Les événements d’origine glaciaire ou périglaciaire ne sont pas nouveaux. Le ministère de la Transition écologique en recense 219 dans les Alpes depuis 1640, principalement liés à des vidanges de lacs ou de poches d’eau. Ils auraient provoqué environ 225 décès. En France, la catastrophe de Tête Rousse reste l’un des exemples les plus connus. En 1892, la vidange brutale d’une poche d’eau dans ce glacier du massif du Mont-Blanc avait provoqué une lave torrentielle faisant plus de 175 morts. Le glacier fait aujourd’hui encore l’objet d’un suivi, et plusieurs opérations de pompage ont été réalisées depuis 2010.
Le travail de levée de doute doit permettre de concentrer les investigations et les mesures de prévention sur les secteurs qui le nécessitent. Son classement n’est pas figé : il pourra être réévalué à mesure que les glaciers, les lacs et les parois évoluent, que les connaissances progressent et que les activités présentes dans les vallées se transforment. Après une première phase finalisée dans les Alpes en 2025, la démarche a été engagée dans les Pyrénées en 2026.
Photo d'en-tête : ONF-RTM- Thèmes :
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