Ancien adepte de course à pied, de musculation et de street workout, Martin Petit voit son quotidien complètement bouleversé en août 2017. Un accident dans 50 cm d’eau, les cervicales touchées, Martin ne pourra plus marcher. Mais le Bordelais de 29 ans ne s’est pas résigné à arrêter le sport. Entraîné dans le projet de l’aventurier Loury Lag, Martin Petit arpentera des déserts de sable ou de neige, sur le cercle arctique polaire, ou encore un sommet de plus de 2000 m. Au programme, quatre expéditions qui feront l’objet d’une production documentaire. Après avoir écouté la genèse du projet racontée par Loury en août dernier, voici le récit de Martin et son histoire.
Toi qui es maintenant créateur de contenu - voire influenceur - quel est ton rapport au sport et aux réseaux sociaux ?
J'ai toujours aimé partager ma vie et ma pratique du sport sur les réseaux sociaux, depuis le début d'Instragram d'ailleurs. Je faisais beaucoup de sport à l'époque, et le sport m'a beaucoup aidé dans ma façon de penser, dans ma façon d'être organisé. La rigueur qu'il m'a apporté m'a permis de me développer non seulement physiquement, mais aussi dans le monde du travail ensuite. Surtout quand j'étais en BTS en alternance, alors que j'avais plutôt galéré à l'école, avec des notes catastrophiques. Je faisais beaucoup de course à pied, de musculation. Il y avait un petit lac (avec un terrain, ndlr) à côté de chez moi où je faisais aussi du street workout. J'aimais bouger, je touchais à tout. Et puis ce sont des sports qui ne coûtent pas grand chose, alors comme je n'avais pas beaucoup d'argent, ça restait accessible pour moi. Sur les réseaux, je partageais mon évolution physique, j'avais déjà un peu de monde. Le jour de mon accident, j'avais 15 000 abonnés. Ils m'ont ensuite apporté beaucoup de soutien, j'ai rencontré des gens dans la même situation que moi. Les réseaux ont été une thérapie pour moi, ils m'ont permis de sortir de mes quatre murs. Aujourd'hui, ils sont 88 000 à me suivre sur Instagram.
Les réseaux sont assez paradoxaux : à la fois j’étais content de ce soutien, mais c'était aussi difficile de voir les gens continuer à vivre, à voyager. Maintenant, les réseaux sont devenus mon métier, j'ai la chance d'avoir une visibilité et de pouvoir en faire quelque chose vis à vis des marques. Je considère mon histoire comme une arme, dans le sens où je représente les minorités. Attention, je veux pas être un exemple ou un porte drapeau, mais j'incarne une cause dans ma singularité, avec des problématiques qui sont partagés par d'autres. Ce que je veux mettre en avant, ce sont des problématiques liées à la cause, l'accessibilité, la charge mentale par exemple. Depuis que j'ai un certain nombre d'abonnés, j'estime avoir une forme de responsabilité vis à vis de ça. J'essaye de trouver le bon équilibre entre trouver des intérêts personnels, financiers, ou encore ma place sur les réseaux. Et ça soulève une problématique importante : quand tu as un accident, tu dois trouver comment donner un sens à ta vie quand ta vie n'en a plus à ce moment là, parce que tu perds tous tes repères. Moi, j'ai retrouvé du sens à travers le sentiment d'être utile aux autres, à la société. Quand tu reçois des messages de personnes qui osent sortir de chez eux grâce à toi, c'est la plus belle des victoires.
Comment continues-tu à faire du sport ?
J'ai eu mon accident il y a 4 ans, le 21 août 2017. Je suis resté un an dans un centre, donc c'était un peu compliqué de faire du sport à ce moment-là. Autre problème, les centres manquent de moyens de financiers, donc ils ne peuvent pas allouer assez de temps et de réflexion, en fonction des envies de chacun. Concrètement, c'est difficile de mettre en place une pratique sportive - en plus de ça, c'est une période où tu dois accepter et t'adapter à cette nouvelle épreuve.
Puis je suis sorti du centre pour entrer en master en marketing. J'avais de bonnes notes, mais le moment de trouver un stage et de retourner en entreprise a été assez difficile à intégrer au niveau émotionnel. Ça a été violent pour plein de choses : reprendre le tram le matin, retrouver une rigueur dans le rythme là ou pendant une année tu as été enfermé, sans avoir de rythme. Sans oublier la fatigue, car ton corps n'est plus habitué à être aussi productif. Je me suis beaucoup enfermé et j'ai perdu confiance à ce moment-là. Il a aussi fallu affronter le regard des gens en entreprise - une épreuve rude, parce que tu as le sentiment de déranger.
Quand j'ai fini mon stage, je suis parti dans les Landes chez mon père pendant un mois, pour m'enfermer dans la forêt comme un ermite. Je ne voulais plus être en ville. J'avais besoin de reprendre du temps pour moi. Au même moment est arrivé le Covid-19, ce qui n'a pas aidé pour reprendre le sport. En plus à ce moment-là, je cherchais un appartement, ce qui a été d'une complexité sans nom, étant en fauteuil et non étudiant. Finalement cette année, j'a repris la natation, un peu de musculation avant la fermeture des salles. J'ai commencé à partager ça à nouveau sur les réseaux, certains disaient me voir aux Jeux Paralympiques... un peu trop ambitieux à mon goût. En tout cas, la reprise du sport - d'abord pour le plaisir - m'a donné des idées pour réaliser d'autres défis, c'était un vrai regain d'énergie.

Qu'est ce qui fait qu'on dit oui à un projet aussi fou que celui que t'a proposé Loury ? D'autant plus lorsqu’il s’agit d’une personne que tu ne connaissais pas forcément bien.
En général, le point de départ d'un projet, c'est une rencontre entre des gens qui n'ont pas forcément les mêmes dynamiques de vie. J'ai rencontré Loury vraiment par hasard (comme raconté dans cette interview, ndlr). C'est quelqu'un de très vif d'esprit, de très intelligent - des fois, je lui dit qu'il est même un peu cramé des neurones, mais qui lui en reste suffisamment pour en faire quelque chose. C'est un bosseur qui a la tchatche. Lui est plus extraverti, moi plus discret, et c'est pour cela que ça marche bien : il y a l'exubérance de Loury et la force tranquille de mon côté. Je suis quelqu'un qui va beaucoup analyser les choses, je ne vais pas forcément trop parler. Par exemple, pendant notre expédition "test" à la montagne, en réalité j'ai très peu parlé. J'étais beaucoup dans l'observation, dans la compréhension de ce qui était en train de m'arriver, dans quel lieu j'étais, avec qui j'étais... Il y avait des milliers de choses qui se passaient dans ma tête à ce moment-là. C'est aussi pour ça que je pleure dans la vidéo. Ce n'était pas de tristesse, mais parce qu'il y a des choses que je n'arrivais pas à comprendre.
Depuis cet expérience, je suis par exemple parti en Italie 3 semaines seulement avec mon meilleur pote, et je me géré tout seul de A à Z pour tout : habillement, toilettes, etc. C'est aussi important de montrer cette partie, notamment pour les valides, qui ne la voient pas forcément. Ce sont des moments qui me prennent énormément de temps, c'est très chronophage de s'habiller et de se préparer en fauteuil. D'ailleurs, je vais me mettre sur youtube et je vais essayer de montrer un peu plus ce que les gens ne voient pas.
Avec cette expédition, je me suis rendu compte que j'avais moins de limites maintenant en étant en fauteuil que je pouvais en avoir avant. Je sais que tout ça peut avoir des retombées énormes pour moi et pour Loury. Déjà pour nous, ça va être une expérience incroyable - et puis derrière, il y aura un message très fort, qu'on a vu à travers les vidéos, le teaser, les commentaires aussi puis les partages, notamment de gens qui sont connus : Bruno Maltor, Tibo Inshape, Steven Le Hyaric, Mathieu Blanchard (Koh-Lanta), Alix Noblat (Koh-Lanta), Claude Dartois (Koh-Lanta), Julie Bourges (@Douzefévrier), Benjamin Mace…
Ce genre de projet va parler de lui-même parce qu'il va être tellement ambitieux et beau que derrière, il y aura des retombées super intéressantes. Oui mon histoire est une arme, mais il faut aussi que je l'utilise aussi très intelligemment pour en faire quelque chose d'honorable. Ça rejoint la notion de sens et le sentiment d'utilité dont je te parlais tout à l'heure. Je me fiche du fait d'avoir beaucoup d'abonnés, mais par contre demain si j'ai 1 million d'abonnés, je pourrais véhiculer des messages incroyables.
Pour revenir au taser qu'on a sorti avec Loury, l'idée c'était de faire une vidéo pilote pour montrer les chiffres aux boîtes de production, et maintenant ce sont les plus grands qui viennent à nous. A la base, on était partis sur quatre épisodes, un pour le cercle polaire, un pour le désert, un pour une montagne et un autre pour la navigation. Finalement en fonction des boites de production, du cahier des charges de chacun, ce sera peut être sous une autre forme, un documentaire, un film, on ne sait pas encore.


Tu dis qu'en réalisant cette expérience tu as vécu des choses que tu ne pensais plus vivre, est-ce que cette expérience t'a permis justement de t'enlever certaines barrières ? Notamment pour la suite de l’aventure…
Bien-sûr, cette expérience a été incroyable dans le sens où je me suis découvert moi-même, j'a repris confiance, et ça se ressent au quotidien. Un quotidien que je trouvais hostile en ville, finalement, ce n'est rien par rapport à la montagne où là j'ai une dépendance totale. Ça m'a permis de me rendre compte que pour les prochaines expéditions avec Loury, j'aurai besoin de quelqu'un pour m'assister. Dans le désert ou dans le neige, je n'ai pas le même degré d'autonomie que dans ma chambre ou dans ma salle de bain où je peux tout faire seul.
Dans le film, il y a des moments où on a senti que tu avais peur, Loury dit d'ailleurs que vous vous êtes tous fait peur dans des passages escarpés, comment as-tu géré cela ?
À ces moments-là, je ne le leur ai pas dit, mais dans ma tête je me suis dit : "si on avance à 2km/h comme ça, on n'arrivera jamais au lac. Puis je me disais "ça me fait trop peur, j'ai déjà eu un accident, je veux pas en avoir un deuxième". Après, je savais que Loury était là et qu'il ne me mettrait pas en danger. Quand il a glissé, il s'est mis à flanc de montagne, allongé, et il a poussé le chariot, j'avais le nez dans le vide, mais les deux roues étaient toujours au sol - donc c'était surtout impressionnant pour moi.


Qu’est ce qui a bien fonctionné sur ce projet ? Qu’est ce qui demande à être revu ?
Clairement, le fauteuil n’était pas adapté, donc il va falloir trouver un autre système - et Loury a plus d'expériences que moi là-dessus. Avec la charge mentale que j'ai au quotidien, je me suis beaucoup reposé sur lui au niveau du matériel. Sur de plus grosses expéditions il faudra être plus aguerri, plus réfléchi. Ce qui a marché, c'est le fait qu'on ne se connaissait pas et finalement dans l'imprévu, il y a de belles choses qui se sont passées. Au début on n'osait pas trop se parler, et là on sent que cette aventure nous unit de plus en plus. L'idée, c'est de repartir avec la même équipe - car grâce à cette première sortie on a pu apprendre à se connaître - voir la faisabilité, la compatibilité, etc.


Quels ont été les moments les plus marquants pour toi sur cette première aventure ?
Pour le plus marquant, je dirais que c'est la première fois que je me réveille dans les montagnes. À la base je n'avais pas trop l'occasion de partir quand j'étais valide pour bivouaquer, j'avais dû le faire une ou deux fois dans ma vie. Et là tu te réveilles au beau milieu de la nature, sans aucun un bruit à part celui du ruisseau à côté, des animaux, du vent. Je vivais cette expérience pour la première fois, et la vivre en fauteuil c'est une belle revanche !
Un détail dont ne nous a pas parlé Martin
Durant notre entretien, Martin Petit a eu la discrétion de ne pas aborder lui-même un autre business qui rythme sa vie, à côté des réseaux sociaux et des aventures : le lancement de sa marque de vêtements Hoyat. Après enquête, nous avons découvert une autre de ses facettes, celle d'un entrepreneur qui donne du sens à ce qu’il entreprend : des vêtements confectionnées en textile à base de coton biologique, pensé pour avoir une meilleure durabilité, et avec des fibres traitées sans OGM. Intéressant aussi, le nom de sa marque: "Hoyat"-Esprit libre, inspiré par le nom d'une plante que l’on trouve près des littoraux. "Résistante à toutes les conditions météorologiques", lit-on sur son site, "elle est la colonne vertébrale des dunes, son rôle permet d’éviter au sable de s’envoler grâce à un réseau de racines qui s’enfoncent profondément dans le sol. ». Une véritable symbolique par rapport à l’histoire de Martin.
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