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Marek Turkiewicz
  • Aventure
  • Vélo

Marek Turkiewicz, radiologue et rider, réinvente le VTT avec une jambe et un bras en moins

  • 6 novembre 2025
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

En 2013, un accident de moto interrompt brutalement la trajectoire du Polonais Marek Turkiewicz. Il a 24 ans et le bilan est grave : amputation d’une jambe, bras paralysé, colonne fracturée. Il va connaître de longs séjours en soins intensifs. Mais cinq ans, sept mois et vingt-trois jours plus tard, il remonte sur un VTT. Ce retour n’a rien d’un exploit dit-il : c’est une succession de micro-étapes, d’essais, d’adaptations et de réglages techniques jusqu’à retrouver la sensation simple de choisir sa ligne. Portrait d’un rider qui a su réinventer sa pratique sans surjouer l’exploit.

Sur Instagram, le profil de Marek Turkiewicz, 36 ans, se résume à sept mots : « Amputee with Brachial Plexus Injury. Adaptive Mountain Biker. Radiologist. » Pas d’emphase. Les faits. Derrière, une chronologie précise, qu’il a longtemps comptée jour par jour : cinq ans, sept mois et vingt-trois jours entre l’accident qui lui a coûté deux membres et la première sortie dehors. Et, très vite, une ligne directrice : revenir au vélo en s’appuyant sur des solutions concrètes, testées, modifiées, re-testées.

Avant 2013, Marek est un étudiant en médecine passionné de VTT. Il découvre le vélo ado, vers 13–14 ans, et reste fidèle aux pratiques engagées : descente, trail, enduro. Rouler est un rituel social autant qu’un sport. C’est l’époque des réparations dans une cave, des visionnages compulsifs de New World Disorder ou Kranked, des premières grosses frayeurs, des premières vraies lignes, raconte-t-il.

En 2013, c'est l'accident

Puis vient la moto. Enduro, comme le vélo : vitesse, lecture du terrain et engagement sont ses maîtres mots. Lors d’une sortie en septembre 2013, quelque chose se passe mal. Il percute un arbre, à plusieurs dizaines de km/h. Il se réveillera deux semaines plus tard en soins intensifs. Les médecins ont fait « un travail titanesque », dit-il. Le bilan est dramatique : amputation totale de la jambe droite (désarticulation de la hanche), colonne brisée, paralysie complète du bras gauche (lésion du plexus brachial), fractures multiples, complications respiratoires et rénales aiguës. Il reçoit 50 litres de sang et de plasma.

Son premier réflexe, lorsqu’il peut tenir un téléphone? Chercher sur Google : « cycling prosthetic leg ». Il ne peut pas encore parler — une lésion du nerf laryngé l’empêche d’émettre autre chose qu’un murmure. Il appelle un ami : est-ce qu’il pourra un jour remonter sur un vélo ? Réponse, c'est oui. Mais aucun des deux ne mesure alors la longueur du chemin.

https://youtu.be/XzsINNO-4Yk?si=aaTwzvpltxNgxG_k

D’abord marcher, puis comprendre qu’il faudra rouler autrement

La première année n’a rien d’héroïque. La convalescence est longue. Marek va procéder par paliers, soutenu par sa famille et la communauté de riders. Il termine ses études de médecine, entame l’internat, multiplie les séances de rééducation. Il se repasse en boucle le clip Waiting All Night de Rudimental — le parcours du rider amputé Kurt Yaeger. Un repère pour lui. La première prothèse reçue en Allemagne est « extrêmement inconfortable et douloureuse ». Il l’utilise malgré tout, par volonté d’indépendance. Plus tard, aux États-Unis, un prothésiste lui en fabrique une sur mesure, enfin utilisable.
Mais pour le vélo, rien ne va.

Sans cuisse côté droit, une selle classique devient impossible : impossible de serrer, impossible de se stabiliser. Et avec un bras gauche totalement paralysé, impossible de tenir le guidon autrement que d’une seule main. Démarrer est une épreuve en soi. Clipser une pédale, rester droit, lancer le vélo… « pratiquement tout était difficile », dit-il. Il continue pourtant à s’entraîner : rameur, piscine, home-trainer. L’objectif n’est pas la performance, mais de rester un corps capable.

Un VAE comme déclencheur

La bascule survient quand un ami l’appelle. Il vient d’acheter un VAE et affirme qu’avec « quelques modifications », c’est possible. Le lendemain ou presque, Marek achète un VAE. Commence alors une séquence que Marek décrit comme « essais / corrections / nouveaux essais ». Des dizaines d’ajustements rendus possibles notamment par sa collaboration avec Giant. Au fil de ses recherches, le rider contacte en effet la marque. À force de publier des photos et des vidéos sur son compte Instagram, il se rend compte de l’écho auprès de personnes en situation de handicap. Mais il veut aller plus loin. Toucher une audience plus large encore et développer des solutions concrètes. Il contacte Giant Polska. La réponse est positive. Ce partenariat va lui offrir une plateforme pour partager des retours d’expérience utiles.

Première sortie : 50 minutes. Il rentre épuisé et s’endort quatre heures. Rien de spectaculaire : juste de la fatigue physique et l’impression d’avoir recommencé quelque chose.

Le point de rupture technique : la selle qui tient

Il finit par comprendre que sans une assise adaptée, rien n’est viable. C’est Doug Henry — triple champion AMA de motocross — qui va lui apporter la piste décisive. Lui aussi roule malgré une lésion de la moelle épinière, grâce à un siège enveloppant, façon « bucket seat ».
Marek commande alors plusieurs sièges de karting. Il faudra de multiples ajustements avant d’aboutir à une assise l’enveloppant latéralement mais aussi à l’arrière, qui bloque les glissements et sécurise le pédalage assis. Plus tard, l’ensemble évoluera vers une selle plus « classique » d’aspect, large, évasée sur les côtés pour garder du soutien et permettre d’enchaîner de vraies journées dehors.

Tenir le guidon, tenir la ligne

Autre paramètre à gérer : rouler avec un seul bras. Impossible sans calmer la direction. Le rider installe d’abord un amortisseur de direction Hopey, utile pour filtrer les à-coups ; plus récemment, il utilise aussi un Pademelon, très apprécié des pilotes en terrain cassant. Même logique pour le poste de pilotage : un cintre relevé (Deity Highside, +80 mm) pour se tenir plus droit et garder du poids sur l’arrière sans basculer sur l’avant ; largeur contenue (720 mm) pour réduire le bras de levier dans les virages serrés. À l’usage, la géométrie ainsi posée limite la fatigue et rend la tenue de cap plus sereine sur les sections rapides. Magazyn Bike

Freiner, descendre, relancer

En toute logique, toutes les commandes sont à droite. Pendant des années, Marek roule avec les leviers Hope Tech 3 Duo : deux maîtres-cylindres indépendants, réglages de garde et de point de contact sans outil, pour doser finement avant et arrière d’une seule main. Sur son montage actuel, il bascule sur des freins Magura, les deux leviers rapprochés via un support maison. En descente, il préfère rouler debout ; la manivelle du côté d’appui reste logiquement en position « 6 heures ». Enfin, pour limiter les contacts avec les pierres et les racines, il adopte une manivelle ultra-courte : 130 mm. Une solution simple qui réduit le risque de « pédale qui racle » et sécurise le pilotage, expliquait-il en 2023 au Magazyn Bike.

Clipless, par nécessité

Avant l’accident, le rider roulait en pédales plates ; aujourd’hui, l’automatique est incontournable, notamment pour « tirer » à la remontée du pédalage à une jambe. Après des essais (aimants en néodyme, vite abandonnés), il opte pour les Crankbrothers Mallet E LS et des chaussures assorties au système BOA, pratiques à manipuler d’une seule main. L’histoire de sa relation avec la marque commence d’ailleurs par un e-mail singulier : Marek demande à acheter… une seule chaussure et une seule pédale. La marque s’intéresse à ce rider pas comme les autres. Non seulement elle va l’équiper, mais aussi l’accompagner. De leur collaboration va naître le mini-film Doing Things I Never Dreamed About [Faire des choses dont je n'avais même pas rêvées]

L’objectif n’est pas d’aller plus vite, mais propre et régulier

Côté assistance, Marek a tout essayé ou presque : plusieurs générations Bosch, Shimano EP8, SyncDrive de Giant (moteur Yamaha), chacun avec son caractère. Sur son montage du moment — Amflow avec groupe Avinox — il retient surtout la finesse de la délivrance de puissance, aussi importante que le couple maximum, notamment dans les épingles à basse vitesse où une réponse trop « vive » déstabilise. L’objectif n’est pas d’aller plus vite : c’est d’aller propre, régulier, avec une traction lisible et un vélo qui ne vous « embarque » pas.

Enfin, le geste qui semblait anodin avant 2013 — clipser, lancer — a longtemps été le plus délicat. Il l’a ritualisé : pression d’appui, regard loin, micro-impulsions sur l’assistance, équilibre ajusté au millimètre. Une fois « dans le tempo », le pédalage se déroule avec une économie de mouvements remarquable. Sur les sections raides, la forme de l’assise limite encore le transfert très arrière.

En projet, des camps VTT pour riders amputés

À ce stade, Marek réfléchit à de nouvelles géométries de selle pour gagner un cran en pente forte, et poursuivre sur les sentiers. Pas pour la compétition, ça ne l'intéresse pas. Mais pour le plaisir. S’il lui arrive de se tester sur des bike-parks, son terrain de jeu reste d’abord celui du quotidien : des boucles régulières, des sorties courtes et pour « caler » les sensations. Aussi fréquentes que possible.

Car Marek a un emploi du temps chargé. Radiologue, il travaille dans le service d’oncologie d’un hôpital, et s’investit beaucoup actuellement dans l’IRM de l’endométriose. Mais il trouve aussi le temps de monter un projet de start-up autour d’une application de réalité virtuelle destinée aux patients post-AVC. Et réfléchit à organiser des camps VTT pour personnes amputées. Son idée ? Montrer des solutions concrètes.

https://youtu.be/x-ixCCCvzuI?si=kOFDDkgewd7e4-JX

Siège-baquet, manivelle 130 mm, damper : l’ingénierie discrète de Marek à VTT

  • Assise : origine siège de kart modifié type « baquet », désormais selle très large, cuvettes latérales pour le maintien. Objectif : verrouiller l’assise en pédalage et limiter les déports.
  • Direction : amortisseur (Hopey puis Pademelon selon périodes) pour stabiliser le guidon à une main et filtrer les chocs en terrain cassant. 
  • Commandes : tout à droite — freins avant/arrière, tige de selle télescopique, dérailleur électronique. Freinage : Hope Tech 3 Duo durant des années, puis Magura avec support custom rapprochant les deux leviers. 
  • Poste de pilotage : Deity Highside +80 mm, largeur 720 mm pour réduire les contraintes en virage serré et rester plus droit. 
  • Transmission / pédalier : manivelle 130 mm côté appui pour limiter les touches sol/obstacles en position « 6 heures ». 
  • Pédales / chaussures : Crankbrothers Mallet E LS + chaussures Mallet E (BOA), obligation de rouler « clipless » pour pouvoir tirer à la remontée. 
  • Assistance : a roulé Bosch, EP8, SyncDrive/Yamaha ; apprécie aujourd’hui l’Avinox (Amflow) pour sa gestion fine de la puissance autant que sa force brute. Sources Pinkbike,Vital MTB et MagazynBike.

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