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Benjamin Védrines bat le record de l’ascension du mont Blanc de Kilian Jornet
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Record de l’AR sur le mont Blanc : peut-on comparer la performance de Benjamin Védrines avec celle de Kilian Jornet ?

  • 26 mai 2025
  • 4 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

En réalisant, à ski, l’aller-retour Église de Chamonix - sommet du mont Blanc en 4 heures, 54 minutes et 41 secondes, Benjamin Védrines signait samedi un nouveau record de vitesse sur le toit de l’Europe. Au compteur, il affichait en effet trois minutes de moins que Kilian Jornet, qui en 2013 l’avait bouclé en trail. Des conditions différentes qui présentent des avantages, mais aussi des inconvénients, explique l’alpiniste, parti bien conscient qu’il s’attaquait au temps de légende du GOAT, lequel, beau joueur, l’a salué hier d'un « Bravo !!! Enorme perf l’artiste ».

Pour cette tentative, quel était le temps de référence pour toi ? Celui de Kilian ou celui de Jack [Kuenzle] ?

Pour moi, le but, c'était quand même de faire mieux que Jack [4h59, en 2024], parce que c'est un record à ski. Je me positionne plus dans cette catégorie. Après, évidemment que je pensais aussi au record de Kilian [4h57’40’', en 2013], parce que, bien que ce soit avec des moyens différents, je pense que c'est l’un des rares records auquel on puisse quand même se comparer un petit peu. Et le seul qui puisse vraiment en parler - au-delà de Kilian qui sait ce que c'est que de faire ça à ski – c’est Mathéo [Jacquemoud, 5h06, en 2013 ], c'est un record assez haut, je pense. Parce que lui, il l'a fait à ski et à pied. Il est tombé dans une crevasse à la fin, mais voilà, il a un peu connu l'effort.

Ce qui est sûr, c'est que tu as des avantages et des inconvénients dans les deux domaines. Tu es plus lourd à ski, beaucoup plus lourd, donc tu es forcément plus lent à la montée, énormément plus lent. Par contre, à pied, à la descente, évidemment, tu perds vachement, mais tu gagnes après sur le sentier. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ça reste des records avec les jambes, donc sans parapente à la descente, avec une éthique particulière qui s'applique dans chacun des domaines respectifs. Et puis, c'est le même parcours. Un parcours de légende sur un beau sommet. Donc, forcément, je pensais au record de Kilian.

Un parcours qui n’a pas été de tout repos : tu as chuté deux fois dans la descente, tu t’es blessé à la cheville et tu as cassé l’un de tes bâtons…

Tous les records qui ont eu lieu avant ont eu la même chose. Ils ont eu des merdes aussi, tu vois. Jack a pété sa chaussure. Kilian, évidemment, il a eu cette chute en crevasse avec Mathéo. Stéphane Brosse  (j'ai appelé Pierre Ginoux), pareil : Stéphane est tombé dans une crevasse. Il n'y a jamais eu un record qui se soit bien passé. C'est pour ça que ça laisse entendre qu'il est largement possible de l'améliorer si tout se passe bien et que le gars est ultra acclimaté. Et là, tu gagnes 20 minutes !

Ce qui est fou, c'est que quand je suis parti de l'église, je ne m'attendais à ce que ça se passe beaucoup mieux, sincèrement, en termes de conditions ou de ressenti. Au final, tu ne sais jamais ce qui va t'arriver. Les prochains, j'espère qu'il ne leur arrivera rien, mais il y a de grandes chances qu'il leur arrive quelque chose. Mais si tu parviens à aligner toutes les planètes, tu peux quand même tomber quelques minutes.

Tu dis avoir décidé un peu au dernier moment de te lancer dans cette tentative, parce que tu avais un petit trou dans ton agenda, c'est ça ?

Oui, le Dénali s'est annulé pour X raisons, mais principalement parce que je n’ai pas eu le permis d'ascension. Du coup, je suis resté sur Chamonix (…). C'était l'occasion, ça faisait partie des choses difficiles à faire quand tu es loin. Il faut être dans le coin pour repérer le sentier, repérer les conditions, il faut être un peu habité par la cause. Et être proche, c'est plus simple. Après, il n'y avait rien de parfait parce que mon entraînement n'était pas pile aligné en termes de temporalité ni de contenu d'entraînement. Je m’étais préparé pour l’Alaska et une ascension de l'éperon Cassin. Donc, pas du tout un truc aussi rapide. Mais j'avais besoin de me confronter à un truc comme ça. Pour voir ce que je valais. Je me sentais quand même relativement en forme, assez acclimaté. Et puis, dans tous les cas, l’idée était plus de se tester dans un contexte qui, effectivement, n'était pas forcément très favorable. Finalement, je trouve que, parfois, en étant juste un petit peu habité par la passion, la volonté d'explorer ses propres limites, comme là c'était le cas, et bien, finalement, ça peut marcher.

Ce qui est sûr, c'est que se préparer énormément, c'est bien, mais tu laisses aussi moins de place à un esprit un peu audacieux et un petit peu opportuniste. Tu peux aussi avoir beaucoup de pression. Cela dit, même si je sentais que je n'avais pas grand-chose à perdre, je dois avouer que j'étais méga stressé. Plus que sur d'autres projets, comme le K2 où je ne me confrontais qu’à moi-même. Là, je me confrontais aussi à des temps de légende.

Je n'ai jamais fait de compétition, donc ce n'était pas évident pour moi de savoir vraiment ce que je valais. C'est pour ça que c'est une étape importante. Parce que même si on peut tout dire sur les conditions ; à ski, à pied… enfin, il y a tout plein de paramètres qui entrent en jeu, on est d'accord, mais ça reste quand même un temps de référence. En plus, ce n’est pas comme si moi j'avais tout aligné non plus en termes de conditions, loin de là. Donc, ça me permet de me rendre compte que j'ai quand même un bon moteur. Et franchement, jusqu’à présent, je n'avais pas de vraie référence ultime.

Qu’est-ce que ça t'ouvre comme perspectives en termes de projet ?

Plus de maturité pour aborder des records dans les Alpes, sur des voies peut-être plus techniques. Et ça m'encourage sur le même degré de timing, et de préparation. Sur le fait que je peux faire encore des choses assez exceptionnelles pour moi. Donc, ça, c'est chouette. Ca fait une bonne pierre de plus sur le cairn. Ça me rassure. Ça me rassure beaucoup.  

2013 – 2025 : la bataille des records sur le mont Blanc
2003. Stéphane Brosse – Pierre Gignoux, 5h15 (ski)
2013. Mathéo Jacquemoud, 5h06 (ski)
2013 Kilian Jornet, 4h57’40’’ (trail)
2024 Jack Kuenzle, 4h59 (ski)
2025 Benjamin Védrines, 4h54’41’’ (ski, nouveau record absolu)
2025 Élise Poncet record féminin de l’aller-retour à ski en 6h54’47’’. Elle améliore ainsi de 34 minutes la marque d’Anna DeMonte (7h29, juin 2024).

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