Le jury international réuni pour statuer sur le sort de la navigatrice a rendu son verdict ce lundi. Clarisse Cremer, qui avait terminé 12e sur le Vendée Globe 2020-2021, n’est pas reconnue coupable de triche. Pas plus que son conjoint, également skipper, soupçonné de l’avoir aidée dans sa trajectoire depuis la terre. Décryptage en 7 points d’une affaire qui devrait laisser des traces au sein de la communauté de la voile.
1. Que reprochait-on à Clarisse Cremer ?
La navigatrice s’est fait connaître du grand public à l’issue du « Clarisse Gate ». On se souvient qu’en 2023, elle avait été évincée du Vendée Globe par son sponsor, la Banque Populaire, en raison de sa maternité. L’affaire avec fait grand bruit dans les média et ne lui avait pas valu que des amis dans le monde de la voile. Mais Clarisse avait pu finalement trouver un nouveau partenaire financier afin de participer à la course sous d’autres couleurs. Or, on l’a accusée en janvier d’avoir eu recours à une assistance météo lors du Vendée Globe 2020-2021, via son compagnon (skipper lui aussi) Tanguy Leturquais depuis la terre. Ce qui est formellement interdit par le règlement de cette course autour du monde à la voile en monocoque en solitaire.
En février, la Fédération française de voile a donc ouvert une enquête. Cette infraction présumée au règlement concernait au moins quatre phases de course. Lors de la première dépression tropicale, de l'approche du cap Horn, lors de la remontée de l'Atlantique, et enfin lors de la traversée terminale du golfe de Gascogne.
2. Que dit le règlement du Vendée Globe ?
L’article 4.1 précise que « le skippeur s'engage à naviguer en solitaire, à faire face seul à tous les événements ». L’article 4.3.1 sur l'aide extérieure stipule clairement que « le skippeur ne peut recevoir d'aide extérieure » y compris« l'assistance d'une tierce personne ».
3. Sur quoi s’appuyait l’accusation ?
Sur 14 captures d’écran de conversations WhatsApp entre la navigatrice Crémer et son mari pendant la course. Toute envoyées anonymement à plusieurs médias et à la Fédération française de voile, elles contenaient des cartes météo. Dès lors, il s’agissait pour le jury international de savoir si ces informations avaient pu aider la skipper de l’Imoca Banque Populaire dans ses choix, constituant ainsi un soutien de routage.
4. Que répondait à cela Clarisse ?
« Je n'ai jamais triché », avait-elle écrit sur les réseaux pour sa défense, « je n'ai jamais eu une quelconque volonté d'enfreindre une règle au fil de ce tour du monde de 87 jours. Durant ces échanges, qui relèvent essentiellement de l'intimité d'un couple, Tanguy ne me donne jamais la moindre information que je n'ai déjà. Aucune conversation avec lui n'a contribué à ce que je change de trajectoire ou que je fasse un choix stratégique qui aurait eu un impact sur ma course. J'ai toujours fait tous mes choix de performance seule et sans assistance conformément aux règles. (...) Je suis scandalisée par la façon dont ces captures d'écran sont montées en épingle pour élaborer des conclusions hâtives et fausses qui outrepassent totalement les enquêtes officielles. »
5. Que risquait-elle ?
La palette de sanctions était large et pouvait aller jusqu'à la disqualification de sa course. Clarisse aurait donc pu perdre sa 12 e place au Vendée Globe 2021. Et se voir de surcroit privée un certain temps de licence, avec sursis ou non. Ce qui aurait compromis sa participation à la prochaine édition cette année. De même que celle de son compagnon.
6. Quel est le rendu du jury ?
Constitué à la demande de Jean-Luc Denéchau, président de la Fédération française de voile, le jury international s’est réuni samedi 4 mars. Il était présidé par Georges Priol, un Breton réputé pour sa droiture et son intransigeance. Ses conclusions, révélées par notre confrère Le Télégramme, ont été confirmées par l’AFP.
« Il a été décidé à l’unanimité totale et immédiate de rejeter l’allégation de mauvaise conduite. » Un jugement sans appel. Sont donc innocentés Clarisse Crémer et son compagnon Tanguy Le Turquais.
"Clarisse n'a pas demandé de conseils d'itinéraire à Tanguy". Elle "n'a jamais suivi aucune des captures d'écran de Tanguy. Ce n'étaient pas des informations utiles pour elle. Elle était toujours en possession de meilleures informations et avait le temps de travailler sur ses plans". Certes, note le jury, Clarisse Crémer "a bien demandé l'avis" de son mari "sur ses intentions d'arrivée, mais c'était par sécurité et incluait la possibilité de ralentir volontairement, pour éviter les marées basses ou une arrivée de nuit compte tenu du mauvais temps". « Tanguy cherchait à comprendre les intentions de Clarisse, pour se rassurer sur sa sécurité (…). Par ailleurs, "il s'agissait de problèmes sur lesquels la direction de course avait alerté tous les concurrents et équipes à terre des bateaux susceptibles d'être concernés. Elle n’a donc pas reçu d’aide extérieure".
Le jury a donc estimé que ces captures d’écran « ne démontrent pas qu’il y a eu “routage” » de la part de Tanguy Le Turquais et « ne démontrent pas que Clarisse a reçu une aide à la performance » de la part de son conjoint.
Reste, apprend-t-on dans la décision, que "Tanguy avait envoyé plusieurs options de routes à Clarisse, de sa propre initiative. Le jury international estime que ce n’était pas une chose sage ou nécessaire, mais admet que son intention était d’obtenir des éclaircissements sur les projets de Clarisse plutôt que de lui conseiller quoi faire". Une interprétation qui suscitera sans doute pas mal de commentaires chez les détrateurs de la navigatrice. Mais qui met également en évidence que la Fédération de la voile serait peut-être bien inspirée de clarifier les règles en matière de soutien au routage afin d’éviter d’autres affaires retentissantes.
7. Comment a réagi Clarisse Cremer à cette décision ?
« C’est un grand soulagement. Avec Tanguy, on n’a pas vraiment douté de nous, mais c’était vraiment un cauchemar ces dernières semaines », apprend-on de l’AFP. « On a la sensation que la page va enfin pouvoir se tourner et recommencer à se consacrer à 100 % à la préparation de nos deux projets », a-t-elle ajouté. A moins qu’entre-temps, les deux navigateurs décident de porter plainte contre l’auteur de ces divulgations, comme ils l’avaient laissé entendre sur leurs réseaux sociaux le 15 février dernier.
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