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Clarisse Crémere sur Banque Populaire
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Affaire Clarisse Crémer : La voile, toujours un milieu de machos ?

  • 6 février 2023
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Révélation du dernier Vendée Globe, Clarisse Crémer qui en 2021 a établi le nouveau record féminin de la course, se voit privée de course par son sponsor, la Banque Populaire, après sa maternité. Une éviction qui a fait beaucoup réagir, notamment dans le monde du sport depuis son annonce jeudi 2 février. Dans la foulée des témoignages de soutien de skippers de la classe Imoca, Marie Tabarly, vient de publier un texte qui fera date et qui illustre combien le « Clarisse gate » n’est pas un cas isolé dans un univers où les femmes ont encore du mal à faire leur place et à se faire respecter.

Douzième lors du dernier Vendée Globe, en 2021, la skippeuse, qui avait alors établi le nouveau record féminin de la course en 87 sept jours, deux heures, 24 minutes et 25 secondes, devait participer à nouveau au tour du monde en solitaire dans la catégorie Imoca en 2024. « Finisheuse », le règlement de la précédente édition de la course l’y aurait qualifié automatiquement. Or le nouveau règlement stipule que les skippers doivent désormais obtenir des points en participant à des courses du circuit Imoca entre l'hiver 2021 et l'été 2024 afin de faire partie des 40 qualifiés. Pas de chance, Clarisse a eu la mauvaise idée de faire une pause bébé et de donner naissance à une petite fille en novembre 2022. De fait écartée d’un certain nombre d’épreuves qualificatives, la navigatrice - qui pouvait pourtant encore compter sur deux saisons complètes et quatre transatlantiques pour revenir au niveau et gagner ses « milles » - s’est vue lâchée par son sponsor, la Banque populaire, qui a décidé de ne pas prendre le risque de non-qualification et de changer de skipper… lui préférant sans doute un homme cette fois, si les rumeurs de l’arrivée de Nicolas Lunven ( remplaçant de Clarisse Cremer pendant sa maternité ) sont confirmées.

Pas question non plus pour l'organisation de la course de changer les règles et de prendre en compte la situation des femmes et la question de la maternité dans le Vendée Globe « alors que le processus de sélection est déjà engagé », a-t-elle réagi dans un communiqué. Seule l’option de la wild-card pourrait retourner la situation, mais sans aucune certitude pour Clarisse avant la fin du parcours de sélection. 

Le règlement de la course « devra impérativement évoluer pour permettre aux navigatrices de vivre sereinement leur maternité », s’est émue la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra dans un tweet. Mais la situation reste bloquée, faisant dire à la navigatrice, encore sous le choc : « A qui veut-on faire croire que de telles règles seraient équitables ? On a beau jeu de déplorer, ensuite, le faible nombre de femmes sur les lignes de départ ( elles n’étaient six femmes parmi les 33 skippers engagés, ndlr). (...) "Force est de constater que les règles choisies par le Vendée Globe interdisent à une femme d'avoir un enfant », s’insurge-t-elle sur son compte Instagram.

Une éviction qui a fait vivement réagir des skippeuses telles que la Britnnique Pip Hart (19e au Vendée Globe 2020-21): « Je pensais que nous avions fait assez de progrès en tant que navigatrices – et en tant qu’athlètes féminines en général – pour être acceptées et prendre notre place au sommet des conseils d’administration. J’avais tort. Il nous reste beaucoup à faire et le cas de Clarisse ne fera que nous stimuler ». Sam Davis (plus de 25 transatlantiques, 3 tours du monde complet) : « Je suis femme, maman et skipper. Les sponsors qui soutiennent les mamans/skippers existent. Je ferai le maximum au sein de la classe Imoca pour que les femmes puissent poursuivre leurs objectifs et que les sponsors n’hésitent plus à les soutenir. ». Mais aussi des skippers tels que le navigateur américano-néo-zélandais Conrad Colman (vainqueur de la Global Ocean Race en 2012) qui se dit « déçu que Banque Populaire n’ait pas eu le courage de soutenir une navigatrice extrêmement talentueuse (…). C’est une honte qu’un sponsor, et encore plus un sponsor aussi expérimenté, supprime la possibilité de se qualifier parce qu’elle voulait une famille en plus d’une profession » ; ou encore Eric Bellion skipper habitué à ne pas mâcher ses mots : « Mais comment en 2023 peut-on se séparer de son navigateur sous prétexte de sa maternité ? C’est révoltant. ». Un soutien auquel vient de se joindre aujourd’hui Marie Tabarly via un texte que nous reproduisons in extenso ci-dessous.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Marie Tabarly (@marie_tabarly_off)

Femme marin = femme et marin...

Par Marie Tabarly

« Donner son avis.. ou pas… je ne suis pas inscrite au Vendée Globe 2024, ni mère… Mais le problème est tellement plus vaste que la maternité dans la voile.
38 ans. Il m’aura fallu 38 ans pour comprendre, et commencer à mesurer l’ampleur du problème.
Tellement obsédée par le problème d’être la « fille de » que je ne voyais même pas le problème d’être une femme dans la voile. 

Je pensais que si une femme voulait naviguer, elle navigue. Nous avons tellement de caractère, tellement de volonté, que si nous voulons quelque chose, nous l’avons. Au pire nous déplacerons 2, 3 montagnes, mais nous l’aurons. 
Aveugle. J’étais sourde, et aveugle. Et depuis quelques années, j’ai commencé à ouvrir les écoutilles, les autres femmes sont venues me raconter leur parcours, et j’ai aussi ouvert les yeux sur ma propre expérience. 

A 38 ans, je suis capitaine d’un maxi de 22m, et d’un équipage de 25 personnes. Actuellement dans l’arc antillais pour aller courir la Caribbean 600, au moment du contrôle de la douane, 2 fois sur 3 je dois convaincre l’agent des douanes que je suis bien la capitaine, et la propriétaire. Idem en métropole, que ce soit dans les salons parisiens ou ailleurs. « Vous êtes capitaine mais qui est vraiment en charge ?» En général, un lance flamme sort de mes yeux. 
J’ai arrêté de compter les blagues de certains fournisseurs, qui clairement n’auraient jamais eu ce type d’attitude avec un homme de 50 ans. Mais ça je suis habituée, le monde du cheval n’est pas plus tendre avec nous. 

Et tellement d’anecdotes : 
Je tairais le nom du partenaire de l’IMOCA actuellement en course sur l’Ocean Race (course autour du monde en équipage) qui a fait embarquer une « good looking girl » avec une grosse communauté Instagram plutôt que d’embarquer une autre navigatrice plus compétente. Oui. En 2023, on en est là. En 2023, on en est à devoir mettre des quotas de femmes dans les courses. (obligation d’embarquer une femme dans l’équipe) Résultats : la transat en double Paprec ( ex Transat AG2R ) peine à avoir plus de 4 bateaux et beaucoup d’équipières de l’Ocean Race furent recrutées au dernier moment.

Pour les médias nous devons sourire, être belles, lumineuses, ouvertes, rayonnantes, de vraies bulles de champagne. Pourtant on ne demande jamais ce genre d’attitude à Francis Joyon, ou Yves le Blevec, qui eux, ont le droit d’avoir de « vraie gueule de marin burinée par le vent ». Pourtant nous sommes tous marins, avec donc un ADN commun et souvent un foutu caractère. Mais c’est aussi ce qui fait que nous allons courir sur l’eau, que nous avons la force de revenir à terre monter des projets, pourquoi pas même de créer une famille, et repartir.

Alors les femmes sont utilisées, pour des coup marketing, pour leur « fraicheur » ( Devinez qui est consacré Grand Prix Stratégies du Sport en 2021 ?! après que leur athlète ait accroché une 12ème place au Vendée Globe ? ) je ne parle même pas des milieux où le corps des athlètes est exposé, comme le surf et où les sponsors préfèrent la « beauté » aux performances. 

Pourtant que c’est beau la voile... Car c’est un art, en plus d’être un sport, et qu’il y a différentes façons de vivre et de le raconter. C’est une communauté forte, soudée, que ce soit chez les coureurs, les professionnels de la mer, ou chez les personnes qui voyagent autour du monde. Le métier de coureur au large est un métier magnifique, d’une rare complexité, d’une richesse absolue, pétrie de valeur humaine, d’élégance, de solidarité, de culture et d’histoire, de code, et surtout de transmission . Il y a autant de façon de naviguer que de marins, et tellement d’océans à parcourir.

Mais voilà le cœur du problème : pour naviguer, et encore plus pour performer, il nous faut bénéficier de financement des partenaires. Et là…Nous aurons quelques différences dirons-nous. Prenons l’exemple d’une annonce de recrutement : si il y a un critère demandé que la femme postulante ne sait pas faire, elle ne présentera pas son CV. Un homme lui, postulera sans hésiter. Pour vendre nos projets c’est la même situation. Je parlais en début de notre ténacité. Mais heureusement que nous sommes tenaces ! Car pourquoi est-ce que la recherche de partenaire doit être plus dure pour nous ?? Pourquoi ne pouvons-nous pas être prise au sérieux comme les hommes, avec nos différences ? Pourquoi tout doit être toujours plus compliqué ?

Curieusement, les 3 partenaires majeurs de Pen-Duick VI sont des entreprises gérées par des femmes…. L’époque évolue, le public est en soif de récit, d’authenticité, de valeurs fortes, de contenu sur lequel ils peuvent s’identifier, sur lequel ils peuvent en tirer un apprentissage, pas d’histoire fabriquée. Pas de performance à tout prix, mais de l’humanité. 

Nous sommes en 2023, et il y a encore des partenaires qui ose dire : « Engagée dans ce sport depuis 34 ans, notre entreprise est attachée aux valeurs de mixité et d’égalité des chances et est déterminée à participer aux travaux nécessaires avec les différents acteurs pour le faire progresser. » 
Mouai...« Faites ce que je dis, pas ce que je fais. » 

Sponsors, entreprises, si vous êtes vraiment sur ce combat, alors vous ne faites qu’un avec votre athlète. Vous êtes solidaire, vous le comprenez, vous le soutenez, vous soutenez sa cause. Quitte à prendre un risque et rater une édition de Vendée Globe ( il y a tellement d’autres courses sur le globe, est-ce si grave ? ) c'est une histoire que vous vivez ensemble. Prenez un peu de recul, le monde de la voile ne tourne pas qu’autour du Vendée Globe... Et puis en général le vainqueur du Vendée Globe est rarement le seul vainqueur du Vendée Globe, tous les participants sont des héros. 

Parce qu'avant toute chose, la voile est une histoire d'Homme et de bateaux. Et par Hommes, j'entends tous les êtres humains qui composent l'équipe: partenaires, équipe technique, amis, famille, supporter anonyme... C'est un sport d'équipe, solidaire. 

Bref, Le "Clarisse Gate" n’est que la partie émergée de l’iceberg, il est évident que les femmes ne sont clairement pas au même niveau que les hommes dans ce milieu. Je pensais que ce combat avait avancé, mais le signal envoyé par cet événement est dramatique. 

La claque est violente, même si à priori nécessaire pour continuer de faire bouger les lignes, et nul doute que Clarisse rebondira. Je suis même heureuse qu’elle puisse être libre d’aller travailler avec des personnes qui la méritent. Clarisse sur l'Atlantique, c'est le moment d'ouvrir tes ailes, rayonne, sois fière et retourne te faire plaisir sur l'eau ! Je suis impatiente de voir ce que tu vas nous pondre, et très confiante en ton avenir ! »


Article mis à jour mardi 7 janvier 2023

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