Que vous suiviez assidument la voile ou non, son nom ne vous est pas inconnu. Un an après le « Clarisse Gate », la navigatrice française, évincée par son sponsor, la Banque Populaire, en raison de sa maternité, fait à nouveau parler d’elle. Pour une toute autre affaire... mais qui n'est peut-être pas sans lien avec la précédente. En 2021, celle qui a établi le nouveau record féminin du Vendée Globe, aurait eu recours à une assistance météo, l'accuse-t-on aujourd'hui. Ce qui est formellement interdit par le règlement de l’épreuve. Clarisse Crémer vient de répondre à ces accusations, via un long post diffusé ce jeudi 15 février sur les réseaux sociaux.
On l’apprenait en début de semaine : un (ou une) athlète ayant participé au Vendée Globe sur la dernière édition (2020-2021) aurait triché. « Des captures d’écran sont tombées anonymement dans les boîtes mails de plusieurs skippers », rapportaient mardi 13 février nos confrères du Télégramme.
L’auteur du mail y dénonçait des échanges, effectués via WhatsApp, entre un (ou une) skippeur en mer et une personne à terre qui lui donnait conseils et informations sur les conditions météo de la course. Le président de la Fédération Française de Voile, Jean-Luc Denechau, avait immédiatement demandé l’ouverture d’une instruction pour suspicion de routage interdit.
Les noms des navigateurs concernés n’avaient pas été dévoilés. On savait seulement qu’ils étaient candidats au Vendée Globe 2024 (qui prendra le départ le 10 novembre).
La révélation du dernier Vendée Globe dans la tourmente
Après avoir pris connaissance du mail anonyme envoyé à la Fédération Française de Voile, la direction du service des sports de Radio France a dévoilé le nom des skippers concernés ce jeudi. Il s’agit donc de la navigatrice Clarisse Crémer et de son compagnon Tanguy le Turquais, navigateur professionnel lui aussi.
À terre, le skipper aurait notamment fourni une assistance météo et des conseils de routage à sa compagne. Ce qui est formellement interdit par le règlement du Vendée Globe (article 4.3.2). Le couple aurait également partagé des cartes météo, des diagrammes et des avis sur la stratégie à adopter via WhatsApp. Des échanges qui auraient notamment eu lieu à l’approche du Cap Finisterre et du Cap Horn.
La navigatrice, qui avait finalement terminé à la 12e place du dernier Vendée Globe (établissant au passage le record féminin de l’épreuve), et son compagnon, Tanguy Le Turquais, sont engagés sur la prochaine édition, qui doit s’élancer le 10 novembre prochain aux Sables-d’Olonne.
« Je n’ai jamais triché »
Car même si elle avait été lâchée par Banque Populaire début février 2023, Clarisse Crémer avait réussi à retrouver un bateau, une équipe et un sponsor pour se relancer, malgré sa maternité, en vue du Vendée Globe 2024. « Grâce à la main tendue d’Alex Thomson [récent acquéreur de l'ex-Apivia que Banque Populaire lui destinait, ndlr], nous avons construit une équipe » détaillait la navigatrice sur Instagram. « Nous avons accueilli de nouveaux partenaires et ainsi fait naitre un tout nouveau Team L’Occitane en Provence ».
Après quelques heures de silence à la suite des révélations de triche par Radio France, la navigatrice s’est exprimée aujourd'hui sur l’accusation la concernant. Dans un long post, publié sur les réseaux sociaux, elle nie la totalité des faits.
« Je n’ai jamais triché, je n’ai jamais eu une quelconque volonté d’enfreindre une règle au fil de ce tour du monde de 87 jours » explique-t-elle. « Durant nos échanges qui relèvent essentiellement de l’intimité d’un couple, Tanguy ne me donne jamais la moindre information que je n’ai déjà. Aucune conversation avec lui n’a contribué à ce que je change de trajectoire ou que je fasse un choix stratégique qui aurait eu un impact sur ma course. J’ai toujours fait tous mes choix de performance seule et sans assistance, conformément aux règles ».
Difficile toutefois de ne pas s'interroger sur la nature de leurs échanges, que Clarisse Crémer ne dément pas. « De ce que je comprends, le gros de la houle (les 8 mètres) vient toujours de l’Ouest », pouvait-on lire sur l’un des messages reçus. Avant de poursuivre : « Mais demain midi, tu as résidu de NNW, 2 mètres max. Donc mer en arrière de la dép’ [dépression, ndlr] qui passe à ton nord. Mais tu n’auras pas la mer de face. La houle viendra bien de l’Ouest. Cependant ça, c’est à toi de décider. Moi ça ne me pose aucun souci que tu ralentisses cette nuit ». Ces échanges relèvent-ils réellement de l'intimité d'un couple ? Ou contiennent-ils des informations que pourrait donner un routeur ?
Le couple Crémer-Le Turquais au départ du Vendée Globe 2024 ?
« Je suis outrée de l’écho que peuvent avoir des dénonciations anonymes sans même s’interroger sur les fondements réglementaires, ni sur le contexte de ces messages » poursuit la navigatrice. « Je suis scandalisée par la façon dont ces captures d’écrans sont montées en épingle. Pour élaborer des conclusions hâtives et fausses, qui outrepassent totalement les enquêtes officielles. Et qui nous portent déjà préjudices ».
La skipper fait également appel à un argument que l’on retrouve ces derniers jours dans la presse spécialisée. « Trois ans après la fin du Vendée Globe, on ne peut que s’interroger sur les motivations et le timing de cette divulgation anonyme. Nous nous réservons le droit de porter plainte le cas échéant » souligne Clarisse Crémer. On se souvient qu'en février 2023, la perte de son sponsor, la Banque Populaire, avait énormément fait parler. Un certain nombre de personnes auraient-t-elles eu intérêt à laisser fuiter ces échanges WhatsApp ? C'est ce que la navigatrice laisse entendre.
Reste à savoir quelle sera la décision de la Fédération Française de Voile. « Selon l’application de la règle 69 [qui oblige tous les concurrents à ne pas commettre d’actes de mauvaise conduite, ndlr], j’ai demandé au président du comité de course et à l’autorité organisatrice du dernier Vendée Globe de désigner un nouveau jury de course, ce qui sera fait prochainement » avait récemment précisé Jean-Luc Denechau. « Ce jury pourra entendre les différentes parties prenantes et éventuellement en faire un rapport. Nous serons alors en mesure de décider si nous entamons des procédures disciplinaires ».
La navigatrice et son compagnon Tanguy Le Turquais encourent une sanction sportive, mais aussi disciplinaire. Ce qui pourrait les priver de prendre le départ du Vendée Globe 2024.
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