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« Marre de compter les morts ! Qu’attendons-nous pour mieux former à la sécurité avalanche ? »

  • 20 février 2026
  • 5 minutes

Dominique Perret Dominique Perret Pionnier du freeride et sacré « meilleur skieur du siècle », Dominique est le fondateur de WEMountain, plateforme dédiée à la culture du risque en montagne.

Ce vendredi 20 février, le risque d’avalanche est « très fort », soit de niveau 5, le maximum, pour la plupart des départements des Alpes du Nord et une bonne partie de ceux des Alpes du Sud. Selon les bulletins du BERA (Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche), nous faisons face à une « situation avalancheuse remarquable à exceptionnelle ». Alors que ces derniers jours l’alerte n’avait atteint « que » le niveau 4, la liste des victimes n’a cessé de s’allonger. Vingt-huit personnes ont déjà trouvé la mort dans des accidents d’avalanche cette saison. Et nous ne sommes que mi-février. Une fatalité ? Pas forcément quand on sait que 90 % des avalanches impliquant des personnes sont déclenchées par la victime ou des membres du groupe. Dès lors, le levier n°1 ne serait-il pas la formation et la responsabilité de décision, s’interroge Dominique Perret, freerider aux multiples records, dans le quatrième volet de sa chronique sur la sécurité. Un vrai coup de gueule pour faire changer notre approche du risque.

« Au départ, je voulais vous parler d’une expérience douloureuse au Canada, d’un jour où le dilemme entre abandonner et persévérer s’est imposé à moi comme rarement dans ma vie de skieur. Mais avec tout ce qui s’est passé récemment dans nos Alpes, il est temps de rappeler les fondamentaux et de dire haut et fort ce qui ne va pas. Ça fait plus de trente ans que je trace des lignes sur les plus belles pentes de la planète. Et aujourd’hui, avec trois décennies de neige, de frayeurs, de joies et d’enterrements derrière moi, je m’interroge vraiment devant le décompte des morts à chaque fin de saison.

Les accidents, ça arrive, c’est vrai. Ils peuvent survenir en raison de l’incompétence, d’un coup du sort ou d’un nombre infini d’autres facteurs. Mais ce n’est pas pour autant que tout doit être inéluctable. Ce n’est pas parce que le risque existe qu’on doit l’accepter tel quel, les bras ballants, en ressassant des formules creuses. Ce qui me fatigue aujourd’hui, ce sont les « Soyez prudents », lâchés comme des mantras dans les communiqués et sur les réseaux sociaux après chaque drame. Soyons honnêtes : sans éducation derrière, « soyez prudents » ne veut rien dire. C’est une formule confortable pour celui qui la prononce, pas un outil pour celui qui écoute. Même chose pour le sempiternel : « Équipez-vous ». Bien sûr qu’il faut un DVA, une pelle, une sonde, parfois un airbag. Bien sûr qu’il faut s’équiper. Mais contrairement à ce que laisse entendre une bonne partie de l’industrie, ce n’est pas du matériel de sécurité, c’est du matériel de secours. On ne sort ce matos que quand ça a déjà mal tourné. La différence est gigantesque. La prévention, ce n’est pas sortir une pelle plus légère, c’est faire en sorte de ne pas se retrouver enseveli !

Car 90 % des avalanches impliquant des personnes sont de notre responsabilité, 90 % sont déclenchées par la victime ou un membre du groupe. Toutes les études sérieuses le prouvent. Ça veut dire qu’il y a une part de malchance bien sûr, de complexité nivologique, de micro-phénomènes difficiles, voire impossibles à anticiper. Mais ça veut aussi dire qu’une grande partie de ces accidents sont liés… à nos décisions. Dès lors, le seul moyen d’agir vraiment sur les avalanches, ce n’est pas uniquement d’améliorer les pelles ou les airbags. Le seul moyen, c’est d’investir massivement dans l’éducation, via des outils collectifs, comme nous le faisons chez WeMountain, par exemple. Pas dans le tuto DVA de 45 minutes en début de saison.

ll est grand temps que nous, passionnés de montagne, désignions clairement nos besoins : , une éducation profonde, intelligente, structurée, qui parle de facteurs humains et naturels, et surtout de décision ; une industrie qui arrête de confondre marketing de la “sécurité” et véritable prévention ; des fédérations qui s’ouvrent, qui intègrent, qui collaborent. Ensemble, nous pouvons construire un environnement où la sécurité n’est pas un argument de vente, mais une culture partagée, où l’éducation n’est pas une option, mais la base, où la liberté de pratiquer n’est pas sacrifiée sur l’autel de l’inaction.

Nous avons une responsabilité envers nous-mêmes, mais aussi envers celles et ceux qui viendront après nous. Au bout du compte, ce que nous cherchons tous, ce n’est pas de cocher des sommets sur une liste. C’est ce moment de grâce où la neige, la lumière, le silence et le geste se répondent. Ce virage où l’on sent que, détaché de la gravité pour quelques secondes, tout est à sa place. Pour que ces instants continuent d’exister, il va falloir accepter de changer, de collaborer, de remettre en cause nos vieux réflexes protectionnistes et conservateurs. Le moment d’agir, c’est maintenant. Pas après le prochain hiver noir. 

Beau Temps, Belle Neige et Bel Hiver à tous, en toute Sécurité.


Face au risque en montagne, trois conseils de Dominique Perret

Rester curieux, humble, prêt à questionner ses automatismes

Savoir ajuster un objectif, reporter, voire renoncer, c’est dur. Pourtant, c’est souvent là que se joue la différence entre une aventure intense… et une dernière sortie. Les habitudes nous rendent fluides, efficaces : « Là, ça passe toujours. » Jusqu’au jour où la montagne a changé, et que cette habitude devient piège. Rester curieux, humble, prêt à questionner ses automatismes, c’est un travail sans fin. Et puis il y a le groupe. Personne ne veut casser l’ambiance, pourtant la personne la plus précieuse est souvent celle qui ose dire : « Je ne le sens pas ». Savoir écouter un simple « Je suis fatigué », « J’ai mal dormi », « Ça me stresse », fait partie de l’art de décider. Dans la montagne, ces petites phrases pèsent parfois plus lourd qu’un bulletin nivo. 

Ne jamais oublier que la montagne n’est jamais la même

La montagne est un milieu à géométrie variable. Le sommet que tu convoitais hier n’est pas le même aujourd’hui, et il sera encore différent demain. Une chute de neige, un vent nocturne, un redoux, et c’est une autre histoire. Ce qui semblait sûr hier peut devenir dangereux d’une minute à l’autre. Accepter cette instabilité, ça veut dire accepter de remettre en question, en permanence, nos certitudes. C’est épuisant, parfois. C’est aussi ce qui rend la montagne vivante, et belle.

Apprendre à dire “stop” selon des critères rationnels

C’est là que les critères d’annulation entrent en jeu. Pour moi, c’est une des plus grandes avancées de ces dernières années dans ma propre pratique. L’idée est simple : décider à l’avance dans quelles conditions on renonce. Avant d’être là-haut, avant de sentir la pression, avant que le désir, les habitudes, le groupe ne pèsent de tout leur poids. Ces critères d’annulation se basent sur deux grandes familles les facteurs humains et les facteurs naturels. Quand certains indicateurs qui composent ces familles passent au rouge ou à l’orange foncé, l’idée n’est plus de « sentir » vaguement la situation, mais d’activer un critère prévu : on renonce. On change d’itinéraire. Ça peut paraître rigide. En pratique, c’est salvateur. Cela transforme une décision parfois émotionnelle, confuse, en un processus plus clair, plus rationnel. On enlève un peu d’ego, un peu de pression sociale, et on remet de la lucidité. C’est l’objectif des formations sérieuses : offrir un cadre pour non seulement évaluer les risques, mais aussi pour organiser sa prise de décision. Pour que, lorsque les signaux s’alignent mal, la décision d’annuler ne soit plus vécue comme une défaite personnelle, mais comme une conséquence logique et assumée.

Parce qu’en montagne, se former, c’est la base : bénéficiez de 20 % de réduction sur les formations en ligne WEMountain avec le code SAFEWITHOUTSIDE.

Photo d'en-tête : Black Diamond
Thèmes :
Alpinisme
Avalanche
Montagne
Sécurité
Ski

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