L’idée de séparer l’air inspiré du CO₂ expiré pour retarder l’asphyxie en cas d’ensevelissement n’est pas nouvelle. Au début des années 2000, Black Diamond lançait l’Avalung, avec la promesse de prolonger l’apport en oxygène — et donc la survie — sous une avalanche. En pratique, ce système passif, dépendant de la capacité de la victime à garder un embout en bouche et à respirer activement, a rapidement montré ses limites et a été supplanté par les airbags. Vingt ans plus tard, le Safeback SBX reprend ce principe en l’amenant plus loin : ventilation assistée, fonctionnement sans embout buccal, et surtout validation par une étude scientifique indépendante, au cours de laquelle des personnes ont été volontairement ensevelis. Avec une autonomie annoncée pouvant atteindre 90 minutes, cette technologie norvégienne ouvre une nouvelle voie dans la sécurité avalanche — sans pour autant se substituer à la prévention.
Contrairement aux airbags, conçus pour maintenir le skieur à la surface, le Safepack SBX s’attaque à la première cause de mortalité en avalanche : l’asphyxie. Une fois activé, un ventilateur électrique aspire l’air présent dans la neige et l’achemine vers l’espace respiratoire autour du visage de la victime, tout en évacuant le dioxyde de carbone expiré. Le système serait capable de fournir jusqu’à 150 litres d’air par minute, pendant 90 minutes — bien au-delà de la fenêtre critique d’environ quinze minutes, au-delà de laquelle le manque d’oxygène devient généralement fatal.
Sur le papier, la promesse est forte. Restait une question centrale : comment en vérifier l’efficacité réelle ?
Aussi rigoureux que soient nos protocoles de tests matériels, il était évidemment hors de question d’ensevelir volontairement des testeurs sous la neige pour mesurer leur capacité à survivre, avec ou sans SBX. Lors de nos premiers essais du système Safeback intégré au Db Snow Pro Vest, nous avons pu évaluer l’intégration du dispositif — ergonomie, confort, poids, compatibilité avec le sac — sans pouvoir valider son efficacité vitale en conditions réelles.
Un verrou méthodologique qu’une équipe de chercheurs est parvenue à faire sauter.
Un test d’ensevelissement en conditions contrôlées
En 2023, après près de trois ans de développement, l’entreprise norvégienne à l’origine du SBX a fait appel à Eurac Research, un institut de recherche indépendant basé dans le Tyrol du Sud, pour mener une étude scientifique indépendante.
Afin de garantir l’indépendance de l’étude, le financement a été assuré par Eurac Research et par MountainLab (Mountain Medicine Research Group de l’université de Bergen). L’Institut de médecine d’urgence en montagne d’Eurac s’est par ailleurs engagé à publier les résultats, quels qu’ils soient.
Les chercheurs ont alors enseveli 24 volontaires, à 50 centimètres de profondeur, sous une neige compactée reproduisant la densité d’un dépôt d’avalanche. Les paramètres physiologiques des participants étaient surveillés en continu à l’aide de capteurs médicaux. Douze d’entre eux utilisaient un dispositif placebo ; les douze autres étaient équipés d’un SBX actif.
Les résultats sont sans appel. Dans le groupe témoin, sept participants ont atteint des niveaux de saturation en oxygène dangereusement bas (inférieurs à 80 %), ce qui a conduit à interrompre prématurément leur ensevelissement après une durée médiane de 6,4 minutes. À l’inverse, aucun des utilisateurs du SBX n’a atteint un seuil critique d’hypoxie, et tous sont restés ensevelis pendant les 35 minutes prévues par le protocole, sans incident.
Des résultats validés scientifiquement
L’étude, publiée par la suite dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), conclut qu’« un dispositif de sécurité avalanche porté par l’utilisateur, capable d’acheminer de l’air depuis les débris d’avalanche vers les voies respiratoires sans apport d’oxygène externe, retarde de manière significative l’hypoxémie et l’hypercapnie lors d’un ensevelissement simulé ».
Un niveau de validation scientifique rarissime pour un équipement de sécurité destiné aux sports de montagne.
Ce que cela change en cas d’avalanche
En soumettant son dispositif à une étude scientifique indépendante, Safeback a fait le choix de la transparence. Selon les auteurs, « dans une situation réelle, les secours ou les compagnons de la victime auraient probablement disposé de plus de cinq fois plus de temps pour intervenir [avec le SBX], et un éventuel arrêt cardiaque serait survenu bien plus tardivement ».
Or, en cas d’ensevelissement, le temps est la ressource la plus précieuse. Si la priorité reste d’éviter l’avalanche — par la formation, le choix des itinéraires et la lecture du terrain, complétés le cas échéant par un airbag — le SBX apporte une réponse crédible à la question de la survie lorsque l’ensevelissement a déjà eu lieu.
Faut-il remplacer votre airbag par un SBX ?
Pas nécessairement. Les sacs et gilets équipés du SBX sont certes plus légers et moins encombrants que des systèmes airbag, et peuvent prolonger les chances de survie en cas d’ensevelissement, mais, dans l’absolu, mieux vaut toujours rester à la surface de la neige que compter sur un dispositif de survie sous celle-ci.
Quel que soit l’équipement utilisé, rien ne remplace la formation, le choix des itinéraires et une gestion lucide de l’engagement sur le terrain.
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