► Les Soul Flyers repoussent (encore) les limites de la wingsuit

Soul Flyers

La rédaction

  • 23 septembre 2020
  • 6 minutes

Les Soul Flyers ne cessent de se réinventer. Au-dessus de La Tremblade (Charente-Maritime), Vince Reffet et Fred Fugen se sont élancés en wingsuit depuis un hélicoptère pour faire une « ressource » à 30 m du sol – autrement dit, reprendre de la hauteur après une chute libre. Un challenge pour ce duo inépuisable, le premier à le réaliser en terrain plat. Le tout filmé par Red Bull dans une nouvelle vidéo de 2 minutes.

« C’est une bataille mentale entre ce que tu veux faire, et ce que ton cerveau ne veut pas te faire faire », résume Vince Reffet. Les deux membres des Soul Flyers se sont lancés un défi inédit : réussir une « ressource » en wingsuit au phare de La Coubre, à la Tremblade. Et en terrain plat, c’est une première !

La difficulté ? Se servir de l’énergie de la chute libre en wingsuit pour « casser la vitesse » et remonter vers le ciel, pour ouvrir son parachute. L’innovation ? « Montrer la performance sur un sol complètement plat, en sortant la wingsuit de son environnement de montagne », explique Fred Fugen. 

Rencontrés hier à l’occasion de leur passage à Paris, les Soul Flyers dévoilent les coulisses de leur nouvel exploit, filmé par Redbull.


En quoi votre performance est-elle inédite ?

Vince : La ressource, c’est quelque chose que tout le monde fait. Chaque base-jumper fait ça. Il est obligé, avant d’ouvrir son parachute, de faire une ressource – plus ou moins importante. En soit il n’y a rien de nouveau là-dedans. Mais notre « plus » à nous c’est de l’avoir fait sur du plat. Quand tu le fais en montagne, la pente te donne la bonne trajectoire. Par contre quand tu le fais sur du plat, ça change tous tes points de repère. D’aller en wingsuit aussi bas comme ça, au niveau de la mer, c’est quelque chose de complètement nouveau pour nous.

Fred : On voulait pousser le principe ressource au maximum. On a aussi modifié le pliage du parachute. En faisant un maximum de ressource, plus une ouverture de parachute rapide, on pouvait vraiment le faire sur du plat. On n’est pas les premiers à l’avoir imaginé, sauf que je pense qu’on est les premiers à l’avoir amené sur du terrain aussi plat. Le défi de ce truc-là, c’était de se dire : « on n’a pas d’autre issue de secours, pas d’autre moyen de s’en sortir que faire une belle ressource ». Donc on s’est poussé nous-même dans cet extrême. Pour montrer le niveau zéro, on voulait montrer le bord de mer. Alors on a utilisé le phare de La Coubre pour avoir une référence et pour faire ressortir le mouvement.

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(Max Haim / RedBull Content Pool)

Concrètement, qu’est-ce que vous avez cherché à démontrer sur cette vidéo ?

Fred : Quand on saute de l’hélico, il y a prise de vitesse donc accélération dans un angle d’à peu près 45°, avant de faire la ressource. C’est comme en aéronautique, ce que fait un avion avant de se poser – il prend un peu de vitesse et hop, il se cabre. C’est un peu le même principe. Et l’idée, c’est que plus tu prends de vitesse vers le bas, plus tu vas aller haut à la fin. 

Il faut emmagasiner de l’énergie, et c’est ça qui fait un peu peur. C’est ce que dit Vince dans la vidéo, « c’est une bataille mentale entre ce que tu veux faire, et ce que ton cerveau ne veut pas te faire faire ». Ça fait peur d’aller vers le bas à fond, parce que t’attaques le sol à près de 300km/h, donc c’est ultra impressionnant. Mais tu sais que plus tu vas vite, mieux tu remonteras haut après, donc plus tu seras en sécurité, c’est ça qui est contradictoire. Mais avant de commencer la ressource, visuellement c’était impressionnant, sachant qu’on passait quand même à 30-40 mètres du sol au moment où on était le plus bas. Et à 300 km/h ça fait à peu près 75 mètres par seconde. Donc ça veut dire que les 30 derniers mètres, tu les vois en une demi-seconde. Ça se joue vraiment à rien. 

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(Max Haim / RedBull Content Pool)

Comment vous vous êtes entrainés pour y arriver ?

Vince : Avec Fred, depuis quelques temps, quand on arrivait à la fin d’un saut et qu’on allait ouvrir (le parachute, ndlr), on s’est rendu compte qu’on remontait quand même beaucoup. Et c’est là qu’on a commencé à se dire que potentiellement, on pourrait arriver à le faire au niveau du sol plat, donc pas qu’en montagne. Alors on a commencé à faire plus de calculs, des essais…

On s’est entraînés dans notre spot à la Clusaz. C’est un endroit qu’on connait très bien, notamment sur une des pistes de ski, dans le massif de Balme. On partait de l’hélico, on suivait la pente pendant le saut – en « proximity flying », et quand on arrivait plus ou moins sur la cassure de fin, où en gros t’arrives sur le plat, progressivement on allait de plus en plus bas pour chercher la bonne vitesse et l’angle parfait. Et après, se rendre compte de combien (de mètres, ndlr) on pouvait remonter. Une fois qu’on a vu que les ressources qu’on faisait étaient assez conséquentes, on a su que le projet allait être réalisable, mais il fallait faire encore quelques étapes.

Alors on a commandé des pylônes de 15 mètres de haut. On les a mis à la fin de la pente pour nous donner un point de référence par rapport à la hauteur du sol. Le but c’était de suivre la pente, d’avoir l’angle parfait pour arriver avec le maximum de vitesse au point de passage qui était à 15m. Après l’avoir répété beaucoup de fois, on pouvait anticiper le ratio entre la hauteur à laquelle tu pars, et la distance qu’il faut par rapport au pylône. Donc on faisait des essais avec l’hélico, des fois il nous larguait trop près, du coup on allait trop raide, trop vite et on n’arrivait pas à faire la bonne ressource. Il a fallu adapter petit à petit. Une fois atteint l’angle parfait, on prenait les coordonnées GPS du pilote qu’on pouvait retranscrire partout où on allait. 

Une fois cette partie en pente maîtrisée, on a pris les pylônes pour s’entraîner sur le golf de la Clusaz, sur une partie plate. Mais là, t’es plus en train de suivre une pente, ce qui était « assez simple ». Quand t’es sur du plat, l’angle doit vraiment être impeccable, au risque de perdre de la vitesse. Et c’est aussi au moment des essais sur le golf qu’on est rendu compte que c’était trop risqué d’aller en-dessous 15 mètres du sol.

On était d’autant plus contents que c’est une performance qui s’est faite à deux. Il y en a un qui lead, l’autre qui regarde, ça doit être réglé parfaitement pour que t’aies une petite marge. Tout est dans l’anticipation pour pouvoir arriver au bon endroit, à la bonne hauteur et à la bonne vitesse. 

Fred : Il s’est passé un an entre le moment où on a commencé à s’entraîner, et où on a réalisé le projet. Mais ça a été repoussé, on devait le faire au début à l’automne dernier. On avait débuté les entraînements l’été dernier, ensuite à l’automne on a eu des problèmes de météo. On devait le faire en hiver, mais on a de nouveau eu un problème de météo – et après on a eu le problème de Covid. On a repris les entraînements en juin, pour se remettre bien dedans, et faire quelques sauts au phare début juillet. On a dû attendre trois semaines pour avoir un bon créneau météo car le vent s’était levé, le tout pour finir le projet fin juillet. 

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(Max Haim / RedBull Content Pool)

Pourquoi avoir choisi le site de La Tremblade ?

Fred : Au départ, on trouvait ça cool de faire ça à côté d’un phare. Donc on a cherché des phares en France. Et celui-là était joli. En soi, des phares il y en a partout, mais lui était assez haut. En termes de marge de sécurité, on avait quelques dizaines de mètres. On l’a aussi choisi pour son esthétique. Il est vraiment beau, tout comme le spot en lui-même. L’idée c’était aussi de rajouter cette petite touche esthétique sur cette vidéo-là. L’endroit nous a plu, ça a été une décision commune entre nous et Redbull.

Vince : Quand on est arrivé au phare qui est à l’ouest de la France, on s’est rendu compte que les couchers de soleil là-bas sont complètement tarés. Alors après avoir fait les premiers essais, on a décidé avec la production de filmer ça au coucher de soleil. La contrainte, c’est que la fenêtre météo est très courte. 

Fred : On n’avait qu’une heure, voire une heure et demi pour capter la bonne lumière. On s’interdisait de sauter avant 19h, et on savait qu’on finissait à 21h45 maximum, l’hélico nous larguait à la limite de la nuit.

Vince : Et puis il y avait des moments où la lumière n’était quand même pas bonne, parce qu’un nuage passait par-là. Mais tout ça, c’est quelque chose qu’on a toujours cherché dans nos projets, même dans la compétition avant, c’est d’avoir un beau résultat à présenter. Le faire au coucher de soleil, c’était dément pour nous. Mais ça rajoute du stress et de la difficulté. 

Fred : Et puis ce site nous a changé de notre environnement. On a l’habitude des montagnes, on avait déjà fait des sauts au bord de la mer, mais cet endroit était magique, c’était classe. 

Vince : On a eu beaucoup de chance avec le gardien du phare. C’était un jeune qui voulait redynamiser le phare. En arrivant on avait des doutes sur les autorisations, mais il nous a fait complètement confiance. On pouvait faire ce qu’on voulait en termes de sauts et d’images. 

Soul Flyers
(Max Haim / RedBull Content Pool)

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