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Fred Fugen
  • Aventure

Pourquoi il faut lire « La vie en l’air », la passionnante biographie de Fred Fugen des Soul Flyers 

  • 23 octobre 2023
  • 9 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Ne vous arrêtez pas à la couverture ni au titre - on a vu  les Editions Laffont plus inspirées… car ce serait vraiment dommage de passer à côté de l’un des récits les plus intéressants de la rentrée : l’histoire de Fred Fugen et Vince Reffet, le duo vertigineux qui a révolutionné la pratique de la chute libre - du parachutisme au  BASE jump en passant bien sûr par la wingsuit et Jetman. L’histoire d’une amitié indéfectible consacrée à la réalisation des rêves et des exploits les plus fous. Un récit direct, fouillé et émouvant, écrit par Fred, seul depuis la disparition tragique en 2020 de son partenaire, son frère, son ami, Vince. Un livre incontournable, à découvrir en librairie le 26 octobre.

« Cette histoire, cette aventure, cette vie, je n’étais pas supposé la raconter sans toi », écrit en préambule de sa biographie Fred Fugen. «  Parce qu’elle n’aurait pas pu avoir lieu sans toi. On était les deux ailes d’un même oiseau. Ce livre raconte nos projets, nos folies, nos fêtes, nos rêves, nos amours, notre amour. Mais il manque une aile. On disait toujours que les rêves étaient faits pour être réalisés. On pouvait le dire : on avait réalisé tous les nôtres, aussi fous soient-ils, jamais l’un sans l’autre. J’ai passé la moitié de ma vie avec toi, Vince. Ces vingt années, on aurait dû les raconter à deux. C’était un de nos rêves. On avait d’ailleurs déjà commencé. Aujourd’hui, je termine ce rêve sans toi, du mieux que je peux. »

« Ce livre c’est évidemment une manière de lui rendre hommage et de terminer tant bien que mal ce que nous avions commencé à deux. » poursuit-il le 17 octobre dans un post sur facebook annonçant la sortie de sa biographie cette semaine aux Editions Robert Laffont. « Entre les débuts du free fly, les années de compétition, les projets Soul Flyers, l’aventure Jetman, j’ai essayé de faire au mieux pour embarquer les gens dans notre univers d’hommes volants. », écrit-il.

Mission accomplie, peut-on conclure à la lecture des 247 pages de « La vie en l’air. L’incroyable histoire d’un homme oiseau ». Car si Fred Fugen n’est pas un écrivain, et n’en a jamais eu la prétention, il (se) raconte comme il vit, vite, et avec la précision qu’il met en toute chose, et notamment dans un sport qui ne tolère aucune erreur, le vol libre. 

Ce récit couvrant plus de vingt ans de pratique sous les formes les plus engagées et les plus expérimentales, aurait dû en effet voir le jour bien plus tôt. Ce projet tenait au cœur de Vince et de Fred, et comme l’explique ce dernier dans son post, ils l’avaient commencé ensemble en 2019 avec Christian Choupin, journaliste de Stade 2, qui les connaissait bien. « Il avait été mis en stand by pour différentes raisons, puis Vince nous a quitté. », poursuit Fred. Il faudra l’arrivée de l'éditeur Robert Laffont et la collaboration avec le journaliste et écrivain Anton Stolper pour que le livre voit enfin le jour ce mois-ci. Et bien sûr, on aurait aimé avoir la voix de Vince - malheureusement décédé en lors d’un entrainement de Jetman en novembre 2020 à Dubaï - mais celle de Fred, son frère de cœur, partenaire dans lequel il avait une confiance aveugle, résonne pour deux. Et c’est passionnant.

Une enfance sur le tarmac

Pour comprendre comment ces deux-là sont devenu six fois champions du monde de freefly et ont composé le duo le plus accompli et le plus talentueux dans le monde du parachutisme, il faut revenir en arrière, loin, à leur enfance. Cinq ans les séparaient, Fred était l’ainé, mais tout les rapprochait. Il suffit de se plonger dans le premier chapitre du livre pour s’en convaincre.

« Tout au long de mon enfance, j’ai vécu une sorte de double vie. Les semaines étaient des plus banales. Je retrouvais mes amis à l’école et je passais mes soirées, enfermé dans ma chambre à faire mes devoirs interminables. Il y avait tout de même quelques indices quant à notre vie cachée. Des photos de parachutistes fleurissaient un peu partout dans la maison et il n’était pas inhabituel que je sois assis sur le canapé à observer mon père plier une voile étalée sur le sol. Une fois le week-end venu, on prenait la voiture pour parcourir les 120 kilomètres qui nous séparaient de La Ferté-Gaucher. C’était un petit aérodrome en Seine-et-Marne où un club de parachutisme s’était installé et qui accueillait des mordus de chute libre qui venaient de toute l’Île-de-France pour voler. C’est là que je vivais ma double vie. Mes parents avaient garé à l’année une petite caravane dans le camping de la dropzone (…)

La Ferté était un gigantesque terrain de jeu pour enfants, et pour adultes. À l’époque, c’était le plus grand centre de parachutisme de France. (…). C’étaient les années 1980, les gens portaient des polaires et des vestes de survêtement de toutes les couleurs. L’été, quand il faisait chaud, on sortait les shorts en jean des armoires et on enlevait les T-shirts pour être torse nu. Les parachutistes étaient beaux, bronzés et musclés. Les lunettes de soleil Aviator étaient à la mode. Lorsqu’ils allaient sauter, les adultes endossaient des combinaisons elles aussi multicolores, des parachutes sur le dos et des lunettes en plastique aux verres clairs tenus par un élastique autour de la tête. Ils avaient des altimètres autour du poignet et marchaient jusqu’aux avions en tenant leurs casques qui ressemblaient à des boules de bowling découpées. Parfois, des appareils photo ou des caméras y étaient attachés. À midi, les gens se retrouvaient autour de tables installées au milieu des caravanes et recouvertes de nappes à carreaux pour manger un morceau. Le soir venu, des bouteilles de vin et de pastis étaient éparpillées dessus. Des télés étaient réparties un peu partout sur la dropzone. Des cassettes de chute libre y tournaient à longueur de journée. Les gens étaient passionnés, joyeux, heureux. »

Fred Fugen & Vince Reffet parachutisme
(Dom Daher)

La découverte du freestyle change tout

Cette ambiance, il ne la quittera jamais, il l’a dans le sang. Son père, passionné de parachutisme, est mécanicien sur les avions de chasse, spécialisé dans les sièges éjectables. De lui, il apprendra beaucoup : " Ce n’est pas une tête brûlée, au contraire, c’est quelqu’un d’extrêmement méticuleux, toujours dans l’analyse, y compris des drames."  C’est lui aussi qui lui fait faire son premier saut en parachute du côté d’Annemasse, en Haute-Savoie. Il n’a alors que sept ans. Sa sœur, également dans l’aventure en a quatre ! Pas de quoi inquiéter leur mère, championne de France junior en précision d’atterrissage (PA) voltige, une discipline où il faut effectuer des figures en chute libre et se poser à un point précis. Mais Fred devra attendre son dixième anniversaire pour faire son premier saut en parachute. On est en juillet 1989 et tout de suite, il adore ça. Une fois décroché et relevé, il n’a qu’une envie: repartir ! Ce qu’il fera, en surdoué qui va brûler les étapes.

L’école ? Trop peu pour lui. Il décroche son bac, bien obligé, fait deux tentatives de BTS, mais  c’est sur le terrain, entre des milliers de pliages de parachutes finançant autant de sauts qu’il va gagner de l’expérience et très vite exceller. En 1996, il détient son sésame, le précieux PAC (Progression Accompagnée en Chute), qui lui permet de voler seul. Mais dès l’année suivante, il tombe sur une cassette d’"Antigravity", le film de Patrick Passe avec Philippe Vallaud et Frank Lepoole, deux grandes figures du skysurf et du freestyle. Un passage par la base d’Eloy, dans l’Arizona, la « Mecque » de ces disciplines, va définitivement le convaincre que son univers se trouve là et que tout est possible. Ne lui manquait plus qu’à trouver un partenaire à sa hauteur pour imaginer et concrétiser ses rêves les plus fous : ce sera Vince Reffet. 

Vince Reffet & Fred Fugen
(Max Haim)

La rencontre avec Vince

Cet autre surdoué n’a que 15 ans quand Fred, 20 ans, le rencontre en 2000 sur une base de parachutisme dans l’Allier. Le père de Vince est lui aussi un passionné de parachutisme, mais pas Vince. A l’époque, son truc, c’est plutôt le judo, il est ceinture noire. Mais à son premier saut, il aura un déclic. Reste qu'il devra composer avec ses études, et le fameux bac, pour pouvoir se consacrer à sa passion.

Fred, lui, a les mains libres et profite de la création de l’équipe de France de Freefly pour en devenir le plieur officiel. Les Frenchies deviennent champions du monde, Fred a un pied dans la porte, et quand une place dans l’équipe se libère, c’est lui qu’on choisira en 2001. Une consécration. Mais c’est aussi l’année où il perd son premier ami en vol, Julien Branet, 24 ans. D’autres, beaucoup d’autres, le suivront par la suite, raconte Fred. Deux ans plus tard, en 2003, Vince, alors âgé de 19 ans, rejoint lui aussi l’équipe de France. Ensemble ils gagnent toutes les compétitions jusqu’en 2009.  

Une étape est franchie, Fred et Vince ont respectivement 30 et 25 ans et ils ont envie d’aller voir ailleurs, autrement. Car au fil des années et des rencontres, leur champ d’action s’est élargi. Ils ont découvert le basejump, développé notamment en France par Claude Remide, mais aussi le parapente avec Frank Coupat, le speedring - mix de ski et de parapente - et le wingsuit. Et leur rêve maintenant est incarné par ces experts qui avec Loïc Jean-Albert, Patrick de Gayardon, légende du parachutisme français, et Val Montant ont monté les « Soul Flyers », un groupe qui semble n’avoir pour limites que leur imagination. Soutenus par Salomon, qui cherche alors à s’imposer dans les sports extrêmes, ces passionnés avaient produit en 2002 un film qui marquera les esprits : "Soul flyers. The movie”, où le « Proximity flying » (vol de proximité), est mis à l’honneur. Mais chez eux aussi, la mort rode et la disparition d’un de leurs membres, Val Montant, va marquer la fin de leur aventure. En 2007, le groupe n’est plus, mais leur légende est toujours aussi vivante dans la tête de Vince et de Fred.

Fred Fugen Wingsuit
(Max Haim)

Les "Soul flyers" multiplient les exploits et enflamment internet

C’est tout naturellement que le duo en reprendra le nom, et l’esprit, en 2010. Pour marquer ce tournant, les deux amis imaginent un saut en Norvège, à Kjerag, un spot mythique de base-jump où les falaises font jusqu’à 1000 m de haut. Une opération et un tournage complexes qui leur vaudra d’attirer l’attention de Redbull, marque qui avait attaqué le marché français en 2008 en se faisant remarquer avec un saut depuis la Tour Eiffel, totalement illégal. En 2012, elle signe un contrat avec le duo qui ne les décevra pas : vol au-dessus du mont Blanc en 2013, vol avec la Patrouille de France en 2016… les Soul Flyers ne cessent de repousser les limites et leurs videos de cumuler des millions de vus pour le plus grand bonheur de Redbull. Le sommet étant atteint lors de leur fameux « Door in the sky », hallucinante entrée dans un avion en vol, en 2017.

Des projets colossaux exigeant une préparation méticuleuse que Fred et Vince mènent en parallèle d’un autre plus étonnant encore : l’aventure de Jetman, vol propulsé développé par le pilote Français Yves Rossy. Vince est fasciné par ce nouveau procédé, en 2013, il fait son premier vol et  et s’approprie rapidement cet équipement hors normes qui permet de se déplacer à sa guise dans les airs.  En lui Yves Rossy a trouvé son pilote, toujours près à en repousser les limites et à aller plus loin, plus fort, plus puissant, raconte Fred qui est nettement moins convaincu au départ, mais qui se laissera gagner par la passion de Vince. Jetman en est à ses débuts et son développement exige des fonds. Dubaï, en la personne du Sheikh Hamdan bin Mohammed bin Rashid al-Maktoum, grand amateur de parachutisme, va alors entrer dans l’affaire en 2011. En avril 2014, les Soul Flyers vont faire la une en sautant de la tour Burj Khalifa ( 828 mètres).

"La mort n'était pas une option"

Mais Yves Rossy, l'inventeur du système, ne se retrouve pas vraiment dans cette collaboration avec Dubaï. Il veut en sortir. Quant aux Soul Flyers, ils sont tiraillés entre leur amitié pour leur ami et partenaire des débuts, et leur désir de développer encore Jetman. C’est finalement sans Yves qu’ils poursuivront l’aventure en 2018.  2020 et l’arrêt dû au Covid seront une pause salutaire pour Fred et Vince. En septembre cette année là, leur vol spectaculaire, au plus près du sol, avec remontée foudroyante, près du phare de la Coubre, sera un nouveau marqueur dans leur maîtrise de l’engin. Restait à mettre au point un départ depuis le sol. Vince est passionné par ce projet. Fred l’est de moins en moins. Il est las de partager sa vie entre Dubaï et les Alpes, il veut arrêter Jetman et s'en ouvre à Vince. Mais en novembre, c’est à deux qu’ils partent pour les Emirats, comme d’habitude. Le 17 novembre, Vince vole seul, sous les yeux de Vince. Et c’est l’accident, il sera fatal. « On ne sait toujours pas pourquoi il n’a pas tiré le parachute de secours « , écrit Fred.  

« On n’avait jamais parlé de la mort, Vince et moi (….) En parler aurait signifié qu’on l’envisageait et ce n’était pas une option » dit-il. "Il nous était inconcevable que l’un termine sa vie sans l’autre ». Fred est dévasté, totalement désemparé : « je sais que jusqu’à la fin de mes jours, j’aurai toujours cette impression d’être seul » écrit-il. « Une partie de moi s’est envolée avec Vince".  Mais pour conjurer le sort et en hommage à Vince, il va pourtant revoler très vite, les yeux fixés sur la liste des projets qu’il avait imaginés avec son ami et partenaire.  A commencer par le survol des Cèdres de Dieu, au Liban, en juin 2021 avec deux autres pilotes, Aurélien Chatard et Vincent Cotte. D’autres suivront, sur le Taj Mahal en Inde, les pyramides en Egypte, les grattes ciels à Tokyo,  le survol des télésièges de La Clusaz ou le vol entre les immeubles d’Avoriaz… En revanche, il a renoncé au projet Jetman : "à la fin la magie, la poésie et la liberté qu’offait la machine n’existaient plus pour moi. Ca n’avait plus de sens ». explique Fred.

Est-ce qu’il a l’intention de s’arrêter un jour ? « Peut-être, je ne sais pas », écrit-il. « On nous a souvent dit que nous étions des « fous », Vince et moi. je pense le contraire ». Il serait fou pour moi d’arrêter de voler. De faire autre chose. C’est en l’air que je suis et que j’ai toujours été. J’ai vécu en quarante-trois ans mille fois plus que n’importe qui. Ma vie a été intense, marquée par des moments tellement douloureux. Mais aussi par des instants de bonheur et de beauté incroyables (…) Je vais continuer à réaliser les quelques rêves qu’il nous restait avec Vince, avant d’en entamer d’autres », conclut-il.

La vie en l'air, Fred Fugen

La vie en l'air

Fred Fugen. Éditions Robert Laffont.

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Article publié le 20 octobre 2023, mis à jour le 23 octobre 2023

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