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Cliff diving

Les secrets du mental de l’un des plus grands plongeurs de haut vol du monde

Orlando Duque

Graham Averill Graham Averill

  • 2 novembre 2019
  • 4 minutes

À 45 ans, le plongeur colombien Orlando Duque, 13 fois champion du monde, vient de mettre un terme à son immense carrière. Jusqu'à il y a quelques jours encore, il continuait de se confronter à des concurrents en âge d'être ses enfants ... qu'il surpassait. Qu'il s'élance d'une falaise de 27 mètres ou d'un iceberg, l'athlète s'est toujours astreint à une discipline physique et mentale implacable, dont il nous livre les détails.

Article initialement publié le 13 juillet 2019, mis à jour le 1er novembre 2019

Le quotidien d’Orlando Duque est loin de ressembler au classique métro-boulot-dodo. À 45 ans, il compte parmi les plus grands noms du saut de falaise. Une référence. Dans le circuit professionnel depuis 20 ans, le Colombien a sillonné le monde pour réaliser des prouesses de haut vol (jusqu’à 27 mètres) et s’est encore récemment illustré en septembre dernier à l’occasion des Red Bull Cliff Diving World Series où il a effectué son dernier saut devant 50 000 personnes réunies à Bilbao. Il a en outre raflé 13 titres mondiaux et son nom apparaît à deux reprises dans le Guinness des records, notamment pour avoir réalisé un saut parfait lors d’une compétition. 

Évoluer ainsi au sommet n’a pourtant pas totalement transformé ses nerfs en acier. Orlando Duque l’avoue, il ressent toujours "une certaine peur avant de sauter." Il nous parle depuis l’île de San Miguel au large du Portugal. Il vient de participer au Cliff Diving World Series dans les Açores. "C’est un peu inévitable. Cette peur, cette excitation qui monte en vous. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles on pratique ce sport."

Être apte à faire de la compétition à 45 ans est déjà un exploit en soi. On parle en effet de s’élancer d’un jump trois fois plus haut que les plongeoirs olympiques : une chute à près de 10 mètres par seconde, le corps comme dans un tambour de machine effectuant jusqu’à 2,5 rotations par seconde. Le plongeur percute l’eau à 100 km/h et décélère en 0,3 secondes, subissant jusqu’à 10 bars de pression.

Orlando Duque
(Dean Treml / Red Bull Content Pool)
Orlando Duque
(Romanina Amato / Red Bull Content Pool)

"L'eau ne pardonne pas"

Il suffit de regarder quelques images des World Series pour voir que les plongeurs sont plutôt jeunes - de 18 à 35 ans - et affichent un physique d’athlète. Et c’est bien un minimum : l’impact d’un saut depuis l’équivalent d’un huitième étage d’immeuble peut peser très lourd sur le corps. Si la fracture du coccyx est assez courante, on compte aussi des cas de disjonction pelvienne pour cause de réception ratée. "L’eau ne pardonne pas la moindre petite erreur", confirme Orlando Duque, qui n’a pas été épargné au fil des années (dernière blessure en date : une déchirure au niveau du mollet). Il est cependant l’un des seuls à durer dans le métier. Sa plus récente victoire individuelle date de 2017 et il a fini dans le top 10 des World Series… Et par conséquent s'est qualifié pour les championnats du monde 2019.

"Il faut rester en parfaite forme. Je dois impérativement y consacrer du temps en dehors de la saison des compétitions, sinon je suis out."

Le Colombien ne fait pas uniquement référence au physique : encore faut-il aussi savoir gérer la pression mentale. D’abord s’auto-persuader de sauter depuis une falaise de 27 mètres... Et une fois qu’on est décidé à le faire, pouvoir compter sur son corps pour prendre le relais. Le but : réaliser un saut de haut vol avec la précision d’un gymnaste olympique. Le tout en 3 secondes – c’est la durée du saut. Celui qui a fait la renommée d’Orlando Duque, et pour lequel il a raflé, en 2000, le score maximum en compétition, est un double salto arrière avec quadruple tire-bouchon. Ce qui peut ressembler à une acrobatie improvisée est en réalité un acte d’une extrême précision – chaque rotation, chaque virement de bord, est minutieusement chronométré et exécuté d’après des points de repères terrestres précis.

Il s’agit in fine d’un exercice d’aérobie, précise Orlando Duque : maîtriser sa respiration et son rythme cardiaque. "On a intérêt à avoir un très bon cardio, c’est ce qui nous permet d’être hyperconcentré durant la poignée de secondes que dure le saut. Sans concentration, c’est l’échec garanti."

Orlando Duque
(Dean Treml / Red Bull Content Pool)
Orlando Duque
(Dean Treml / Red Bull Content Pool)

"Regardez Roger Federer"

Le champion colombien s’entraîne cinq à six jours par semaine en préparation de chaque saison : course, spinning (vélo), musculation. Cette dernière vise davantage à produire de la force que du volume (pliométrie pour décupler la puissance physique et fentes latérales pour faire travailler les abducteurs). "Il y a quelques années de ça, l’entraînement se faisait un peu au doigt mouillé. On s’entraidait entre plongeurs, on essayait des trucs. La science spécialisée s’est depuis intéressée à ce qu’on faisait et notre discipline a vraiment évolué." 

Une évolution qui n’est pas pour rien dans la longévité d’Orlando Duque sur la scène internationale. "Avec l’âge, il devient vraiment difficile de maintenir un tel niveau de forme physique, admet-il. La force surtout. Lorsque j’étais plus jeune, la question ne se posait même pas, les muscles étaient là. À présent, si je fais une pause de deux mois, je dois quasiment repartir de zéro."

Il est une chose qui ne disparaît cependant pas avec le temps : la technique. Avant de découvrir le saut de falaise, à 24 ans, Orlando Duque était dans l’équipe colombienne de plongeon. La précision acquise en bassin dans son début de carrière lui a servi dès ses premiers pas sur les (très) hauts plongeoirs. "Quand on acquiert une bonne technique, c’est pour toute la vie, affirme-t-il. Cela réclame un investissement de la première heure, mais ça vous accompagne toute votre carrière... Il en va de même dans les autres disciplines. Regardez Roger Federer. Sa technique est parfaite. Il a encore de beaux jours devant lui en tournoi."

Cette saison aura donc été la dernière du Colombien en mode compétition. Il continuera cependant à exercer son art : ses partenariats avec Red Bull et d’autres sponsors lui permettent de sillonner la planète et de faire ce qu’il aime sur les plus beaux sites du monde. Il a ainsi plongé dans l’Amazone depuis un arbre de 30 mètres et sauté (en combinaison cette fois-ci) d’un iceberg de 10 mètres en plein Antarctique. Sa retraite professionnelle arrive, mais il est ravi de poursuivre ses aventures. "J’ai encore quelques belles années devant moi côté plongeons extrêmes. Même à l’écart des podiums, je veux me donner à fond et aux quatre coins de la planète. Il y a tellement d’endroits que j’ai encore envie de découvrir…"


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