La plante aux propriétés dopantes, anti-anxiété et antalgiques, qui a entraîné de nombreux décès aux États-Unis, vient d'être inscrite sur la liste des substances psychotropes interdites en France, où le nombre d’intoxications avait augmenté ces dernières années.
Suite à une enquête d’addictovigilance menée sur la période 2007-2018 par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le kratom, plante originaire d’Asie du Sud-Est, et ses composés, la mitragynine et la 7-hydroxymitragynine, ont été inscrits sur la liste des substances psychotropes dans un arrêté pris par la ministre de la Santé et publié au Journal officiel. De fait, il ne sera plus possible d'acheter ni de détenir la substance sur le territoire français.
Les feuilles du kratom sont traditionnellement infusées dans un thé ou mâchées, comme la coca, et ses effets stimulants utilisés pour supporter de longues heures de travail manuel par les populations d'Asie du Sud-Est. "Les effets du kratom sur les humains dépendent de la dose : les petites doses produisent une stimulation analogue à celle de la cocaïne tandis que les doses plus fortes provoquent des effets sédatifs-narcotiques de type morphinique", précise sur son site l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).
100 décès aux États-Unis
Pour justifier sa décision, l’ANSM évoque avoir relevé au cours de son enquête un décès "dans un contexte de polyconsommation de drogues et médicaments" et "une augmentation du nombre d’intoxications ces dernières années (quatorze cas depuis 2016), à l’origine de dépendance, de syndrome de sevrage, d’anorexie, de perte de poids, d’une décompensation psychotique et d’une hépatite toxique".
Cette décision tombe au moment où le débat sur la substance fait rage aux États-Unis, où le kratom est légal dans 43 États et où près de 100 décès liés à la consommation de cette plante ont été recensés par les autorités de santé entre juillet 2006 et décembre 2017. Outre-Atlantique, le kratom est utilisé pour les effets précités mais aussi pour gérer le sevrage des analgésiques et de l'héroïne, avec une réputation de remède potentiel contre la dépendance aux opiacés, véritable pandémie dans le pays. L'American Kratom Association, qui milite pour que la substance reste légale, estime à cinq millions le nombre de consommateurs américains.
Pour les Français qui se procuraient du kratom sur internet ou dans des boutiques spécialisées, attention, sa consommation régulière peut engendrer une dépendance avec des manifestations physiques lors de son arrêt. "Les symptômes de sevrage chez l’être humain sont relativement légers et diminuent généralement en une semaine. Une fringale, une faiblesse et une léthargie, une anxiété, une agitation, une rhinorrhée, une myalgie, des nausées, une transpiration, des douleurs musculaires, des mouvements brusques et saccadés des membres, des tremblements ainsi que des troubles du sommeil et des hallucinations peuvent apparaître", décrit l’OEDT. Si vous êtes concerné, n'hésitez pas à consulter votre médecin généraliste ou à contacter le Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de votre région.
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