En 2021, il remportait ce mythique 100 miles organisé dans les montagnes du Colorado. Depuis, trois ans sont passés. Trois ans marqués par une fracture de la cheville et une opération compliquée. De retour sur les sentiers, le champion français qui s’est fait un nom en Amérique revient sur cette épreuve. L’occasion de se mesurer à nouveau aux meilleurs trailers du moment, mais aussi de s’immerger dans une atmosphère unique, nous explique François D'Haene dans une interview exclusive.
La semaine dernière, avant de poser son sac à Silverton, dans le Colorado, où doit se tenir la Hardrock ce vendredi 12 juillet, François D'Haene a passé pas mal de temps à réfléchir à sa façon d'aborder cette course, à laquelle il participe pour la troisième fois. Pour les Américains, il n’est plus un inconnu. Personne là-bas n’a oublié qu’il a remporté quatre fois l’UTMB et le Grand Raid de la Réunion et qu’il détient le record de vitesse sur le John Muir Trail, un sentier de 211 miles en Californie. Un CV impressionnant, dans lequel la Hardrock tient une place très particulière. Deux fois déjà, il s’est frotté à cette course de 102,5 miles et 10 000 m, une altitude moyenne de 3352 m et un point culminant de 4284 m. En 2021, il l’a remportée en 21 heures, 45 minutes et 40 secondes, établissant un record dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et dans l'ensemble du parcours. (La Hardrock change de sens chaque année, ce qui permet d'établir deux records de parcours). L'année suivante, il se classait deuxième derrière Kilian Jornet, 15 minutes après le Catalan qui, cette année-là, établissait un nouveau record du parcours en 21:36:24.
Les trailers européens chaque année plus présents
Longtemps resté confidentiel, cet événement limité à 146 participants suscite un formidable engouement auprès des traileurs européens, de plus en plus nombreux à s’y intéresser... et à squatter les podiums ! L'année dernière, ils ont balayé le podium masculin : les Français Aurélien Dunand-Pallaz et Benat Marmissolle sont montés sur la première marche, suivis de l'Espagnol Javier Dominguez. Pas de merci non plus côté féminin, où la Française Anne-Lise Rousset Seguret a pris la deuxième place. Et cette année encore, les femmes ne seront pas en reste. Sont attendues en effet, les Françaises Camille Bruyas ( "pacée" par la franco-canadienne Marianne Hogan) et Claire Bannwarth, ainsi que l'Allemande Katharina Hartmuth.
Ce qui séduit tous les trailers ? Avant tout l'ambiance. Tout d'abord, il ne s'agit pas d'une course, insistent les organisateurs. Le nombre de coureurs y est limité. Seuls 146 peuvent s'y lancer. Chance qui relève de votre niveau bien sûr, mais aussi du hasard d'une loterie. Les probabilités actuelles sont d'environ 1 sur 200 pour les femmes qui participent pour la première fois, et d'environ 1 sur 300 pour les hommes. De nombreux participants mettent plus une décennie pour y parvenir, multipliant les demandes et les participations à une course de qualification organisée tous les deux ans.
Mais heureusement pour certains, et malheureusement pour la plupart, cette loterie n'est pas aussi simple que cela. Les coureurs qui terminent la Hardrock ont plus de chances de se qualifier à nouveau, sans compter que le directeur de la course, Dale Garland, réserve un nombre indéterminé de places à des coureurs triés sur le volet !
"Lorsque vous participez à la Hardrock, vous participez à la course de vos rêves. Ce dossard est tellement convoité, que c'est une course où l'on n'abandonne pas", explique Mike Ambrose, responsable aux États-Unis de NNormal. Ambrose a encadré des coureurs de haut niveau à la Hardrock, notamment Courtney Dauwalter, qu'il a accompagnée lors de ses victoires en 2022 et 2023. (rappelons que c’est lui qui l'a engagée dans l'équipe de Salomon fin 2016, alors qu'il était directeur du marketing pour l'Amérique du Nord.)
"François comprend l'esprit de la Hardrock"
Mais ce qui rend la Hardrock incomparable, selon lui, c’est son attachement à la culture de la montagne. "La Hardrock est différente de toutes les autres grandes courses. Au cours de cette épreuve, vous vous retrouvez dans les montagnes pendant très longtemps, et vous devez aimer ça. Il faut vraiment aimer être sur ce terrain-là. C’est très particulier, même si sur le parcours les coureurs reçoivent énormément de soutien et d'encouragements de la part du public. En fait, il s'agit moins d'une compétition que d'une épreuve où tu te retrouves seul contre la montagne. Or, il se trouve que François comprend l'esprit de la Hardrock", explique Mike Ambrose. "C’est pour ça, je pense, qu’il se passionne autant pour cette course. »
Pour D'Haene, la Hardrock s'inscrit dans l’histoire du trail running américain. Cet événement occupe une place spéciale dans son cœur. "La Diagonale des Fous et l'UTMB sont de superbes courses", nous explique-t-il, "mais ici, on a l'impression de faire partie d'une petite communauté, d'une famille. Aux États-Unis, souligne-t-il, il y a moins de monde dans chaque course. Et il faut avoir de la chance pour décrocher un dossard. Alors, le jour de la course, on a l'impression de faire la fête avec ses amis et sa famille, tous heureux d'être avec vous pour partager cette expérience.
Dakota Jones, coureur de la team NNormal, qui a couru contre D'Haene à la Hardrock, est bien d'accord. Jones a grandi à Durango, à environ une heure au sud de Silverton. Ado, il faisait partie des volontaires et il l'a courue pour la première fois en 2011, à l'âge de 20 ans, se classant deuxième. Il y est revenu l'année suivante et a terminé troisième. En 2022, c’est lui qui a décroché la troisième place derrière Jornet et D'Haene.
"En Europe, le trail running est souvent plus sportif, plus axé sur la course pure", explique-t-il. "La Hardrock, elle, est moins axée sur la compétition, et plus sur des valeurs liées à la nature sauvage. L'approche de François correspond à celle de la Hardrock. Il veut simplement être dans les montagnes. Et partout où il va, c'est avec ses amis".
Il se souvient qu’en 2022, il s'est retrouvé dans un peloton de tête avec Jornet et D'Haene. Au bout de quarante-cinq miles, les trois hommes discutaient en courant. "la Hardrock est une course longue et difficile, avec beaucoup de côtes et des dénivelés importants", explique l’Américain. "Et pour ces raisons, c'est aussi une course de faible intensité. Il y a donc des moments où l'on a l'impression d'avoir la tête dans les nuages".
Une immersion dans la culture américaine du trail running
Paradoxalement, l'un des meilleurs souvenirs de la Hardrock pour François D'Haene remonte à 2019, lorsque la course a été annulée en raison de chutes de neige historiques et d'avalanches qui ont rendu une grande partie du parcours inaccessible. C’était la première fois qu'il participait à cette course, mais, malgré l'annulation, il est resté dans le Colorado pour s'immerger dans la communauté Hardrock.
"C'est à ce moment-là que j'ai vraiment commencé à comprendre la culture américaine de l'ultrarunning", explique-t-il. "Au lieu de participer à des courses, j'ai couru dans les montagnes pendant des heures chaque jour avec Joe Grant, Jim Walmsley et d'autres", explique-t-il. "J'ai appris l'histoire de la Hardrock. J'ai adoré. Je me souviendrai toujours de ces moments-là »
Pourtant, quoi qu’on en dise, la Hardrock reste indéniablement une course. "Et les coureurs qui y participent aiment la compétition", explique Jones. C’est vrai aussi pour François. Il est également très compétitif, même s’il a gagné tellement de courses qui n’a plus rien à prouver. «
Pour se préparer à l'altitude, cap sur le massif du mont Blanc
Pour préparer sa troisième Hardrock, le Français a donc mis toutes les chances de son côté. Arêches et ses montagnes escarpées, son port d'attache depuis quelques années, était presque parfait pour cela. Mais l’arrivée de fortes chutes de neige a tout compliqué. Sans parler bien sûr de l’éternel défi que représente le fait de courir en haute attitude, comme c’est le cas pour la Hardrock. François D'Haene s’est donc entrainé du côté de Chamonix.
Pour faciliter son dernier bloc d'entraînement dans les montagnes du Colorado, il est arrivé en solo à Silverton le 28 juin. La vie de famille est manifestement importante à ses yeux, mais il souhaitait se concentrer sur la course. « Quand je suis en famille, il m'est plus difficile de me focaliser sur mon entraînement et de me reposer, explique-t-il en riant. « Et puis les enfants sont encore à l’école ! »
Mais cette semaine sa famille a fait ses valises et s'est envolée pour le Colorado, où elle est attendue ce mercredi afin d'être présente le jour de la course. "Les enfants sont plus grands maintenant, je pense qu'il est important qu'ils comprennent pourquoi je m'entraîne tous les jours. C'est la première fois que ma famille me rejoint dans le Colorado. "J'espère que ce sera une bonne expérience pour eux", ajoute-t-il. Après la Hardrock, les D'Haene ont prévu de louer un camping-car et de passer deux semaines à découvrir le Colorado. Mais pour l’heure l’attention de François D'Haene est toute sur ce vendredi matin 6h, heure locale, où sera donné le départ de sa troisième Hardrock.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€









