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The last pertui - free solo Alex Honnold
  • Aventure
  • Exploration

Film : « Explorer, le dernier tepui » – en Amazonie, Alex Honnold joue les Indiana Jones pour National Geographic 

  • 28 avril 2022
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Mais qu’est allé faire le héros de Free Solo au fin fond de la jungle amazonienne ? C’est la question qu’Alex Honnold s’est posée après avoir accepté la proposition de National Geographic : donner un coup de main au biologiste octogénaire Bruce Means pour accéder au sommet d’un « tepui », haut plateau riche en espèces inconnues accessible seulement via une escalade de 300 mètres. Une expédition scientifique filmée par Renan Ozturk, au cours de laquelle Honnold a quand même réussi à se faire plaisir en glissant au passage un free solo vers cette "île dans le ciel", raconte-t-il dans un long entretien.

https://youtu.be/R2z_aUy_VH4

« Explorer : le dernier tepui », documentaire réalisé par National Geographic disponible sur Disney +, suit Alex Honnold et une équipe de très bons grimpeurs, dont l'explorateur Mark Synnott, au plus profond de la jungle amazonienne. Leur mission : aider le légendaire biologiste américain Bruce Means à collecter et à identifier de nouvelles espèces sur les parois d'un tepui, haut plateau aux contours abrupts situé en Amérique du Sud. À 80 ans, après plus de 30 voyages dans la région, ce dernier entend enfin réunir des échantillons d'espèces là où il n'est jamais allé auparavant, à flanc de falaise.

« Cette expédition est la première à examiner les parois des tepuis afin de découvrir si une flore et une faune uniques évoluent sur ces lieux inaccessibles », explique le biologiste Bruce Means dans le film. « J'espère qu'en évaluant la richesse de la biodiversité de cette zone si particulière, [mes résultats] pourront inciter les chefs de gouvernement et le peuple guyanais à préserver cet endroit fabuleux ».

Qualifiés d'« îles dans le ciel », les tepuis s'élèvent à des centaines, voire des milliers de mètres au-dessus de la jungle sud-américaine. Des chutes d'eau en cascade jaillissent de leurs flancs, souvent enfouies sous les nuages. Des murs de quartzite striés d'orange et de gris sortis de terre que vous avez peut-être pu apercevoir dans le film « Là-haut », réalisé par Disney Pixar en 2009.

En 2012, le biologiste Bruce Means s’est rendu au sommet du tepui Weiassipu accompagné de Marc Synnott, par hélicoptère. C’est là qu’ils ont découvert une espèce unique de grenouilles, aujourd’hui connue sous le nom de Stefania. À l'époque, le scientifique n'avait pas été en mesure de recueillir de l'ADN sur place. Il lui tenait donc à cœur de revenir non seulement pour trouver et collecter des Stefania, mais aussi pour comprendre le fonctionnement des tepuis. Peut-on les comparer à des îles ? Les espèces sont-elles entièrement isolées sur leur sommet ou peuvent-elles éventuellement migrer le long des parois abruptes ?

C'est là qu'intervient Alex Honnold, grimpeur professionnel, qui a aidé à établir une voie sur les parois du tepui, puis à y hisser le biologiste. Et ce qu’on ne découvre pas dans le film, c'est qu’Alex a ensuite gravi en solo cette nouvelle voie. Une aventure qu’il nous raconte ici en détails.

The last pertui - Bruce Means et Alex HonnoldThe last pertui - jungle cascadeThe last pertui - Bruce MeansThe last pertui - cascadeThe last pertui - scientifique Bruce Means

Peu ou pas de grimpeurs font ce genre d’expéditions mêlant escalade et science. Pourquoi ce choix ?

C'était pour moi une excellente occasion de participer à un projet d'escalade - d'aller dans un endroit où je n'avais jamais grimpé et de réaliser un objectif ambitieux. Et puis, au-delà de ça, j’ai pu contribuer à faire avancer la recherche du biologiste Bruce Means. C'est toujours agréable de réaliser une expédition dans laquelle tout le monde trouve son compte. Où tu peux découvrir un endroit nouveau, atteindre un objectif vraiment inspirant, tout en aidant quelqu'un d'autre à réaliser quelque chose d'important pour lui.

Rien qu'à l'idée d'aller dans la jungle et de rencontrer des araignées ou des serpents, la plupart d'entre nous seraient terrifiés. Tu t'es fait des frayeurs ?

Oui, nous avons vu des araignées Goliath, une araignée si grosse qu'elle est capable de manger un colibri. Mais tout cela est beaucoup moins effrayant quand tu es avec quelqu'un, comme Bruce, qui connaît si bien la flore et la faune locale qu'il peut vous dire ce qui est dangereux et ce qui ne l'est pas. Il est tellement à l'aise avec toutes ces petites bestioles qu’il laisse même ces araignées géantes ramper sur lui. On se dit que s’il est à l'aise, on peut l’être aussi ». Cela dit, je n'ai pas touché d'araignée Goliath. Ca non, jamais de la vie !

The last pertui - Alex Honnold
(National Geographic / Renan Ozturk)

Au total, combien de jours avez-vous passé dans la jungle ?

L'expédition a duré environ un mois. La marche d'approche nous a pris dix jours, ce qui m'a paru un peu fou. Et une autre semaine pour en revenir. Soit à peu près un mois au total.

Comment se composait votre équipe ?

On était assez nombreux. Entre les locaux (un groupe indigène appelé les Akawaio, ndlr) qui nous ont aidé en tant que porteurs. L'équipe venue des États-Unis, soit une dizaine de personnes, entre notre biologiste, Bruce Means, l'équipe de tournage et l'équipe de grimpeurs. S’ajoute à cela quelque 80 locaux qui faisaient des allers-retours réguliers. La jungle est l'un des rares endroits sur terre inaccessibles avec les énergies fossiles. Seule l’énergie humaine permet son exploration - des gens transportant de lourdes charges dans les deux sens. Comme la forêt est très dense, impossible de faire atterrir un hélicoptère, et évidemment, il n'y a aucune route. Pour entrer et sortir, une seule solution : marcher.

Qu'as-tu préféré dans cette expédition ?

En fait, au départ je l'ai vécu comme une expédition classique, avec des moments difficiles, quelque peu inconfortables parfois. Mais un an après, j'en retiens d'avantages de choses, notamment les expériences avec Bruce et la richesse l'apprentissage autour de la biodiversité. J'ai terminé tous mes livres sur le sujet pendant le voyage et j'ai même fini par en lire quelques-uns supplémentaires que l’on m’avait conseillés. Au final, j'ai lu deux livres sur la géologie des tepuis, sur leur flore et leur faune. Ces lectures m’ont vraiment aidé à me rendre compte du nombre d'espèces endémiques présentes sur place, et de comprendre à quel point la vie est unique. Rétrospectivement, je me dis ce que c’était un endroit incroyable à visiter ! Quelle expérience géniale ! Alors que lorsque nous étions sur place, j'étais davantage concentré sur l'escalade.

The last pertui - portaledges
(National Geographic / Renan Ozturk)

Justement, l'escalade sur les tepuis, c’était comment ?

Très agréable, à la hauteur de mes attentes. Beaucoup de mes potes m’avaient dit que les tepuis offraient un rocher de qualité et m'avaient vraiment conseillé d’y aller. C'est une très belle escalade, relativement bien protégée - de belles failles horizontales tous les deux mètres permettaient un bon équipement. Le quartzite est vraiment solide, très compact avec des prises aux formes incroyables. C'est un peu comme à Rocklands (célèbre site d’escalade en Afrique du Sud, ndlr).

Quelle est la difficulté de la voie ouverte sur place ?

Je pense que nous avons ouvert un 7b+ de six ou sept longueurs, assez longues. Ce que l’on ne montre pas dans le film, c’est qu’après avoir équipé cette nouvelle voie, je l'ai gravie en solo, en guise de petit défi personnel. Au départ, nous avons passé beaucoup de temps à définir les longueurs, à les nettoyer et à filmer afin documenter toute la partie escalade. Une fois terminé, j’y suis retourné tout seul. Et comme le grimpeur vénézuélien, Federico Pisano, qui compte à son actif 20 ou 30 expéditions dans différents tepuis, m'avait dit qu'aucun tepui n'avait jamais été gravi en solo, j’ai vu ça comme une bonne occasion de faire quelque chose de jamais vu en escalade.

Qu'as-tu personnellement retenu de ce voyage ?

Ce qui nous a tous le plus marqué, c'est l'ampleur de nos lacunes. Nous ne sommes pas restés très longtemps, et à mon avis, nous n'avons pas travaillé extrêmement dur, ce qui n'a pas empêché à Bruce de potentiellement découvrir cinq ou six nouvelles espèces. Quand on y pense, c’est assez incroyable. Je n'avais pas réalisé que l’on pouvait apprendre tant de choses avec cette facilité relative.

The last pertui - Honnold escalade
(National Geographic / Renan Ozturk)

Comment était le sommet du tepui ?

Absolument incroyable ! C’est l'un des rares endroits sur terre où la biodiversité est autant préservée. Chaque sommet d’un tepui est resté isolé de la jungle en dessous et des autres tepuis environnants pendant des millions d'années, si bien que tout ce qui vit à son sommet lui est unique. C’est super intéressant - les plantes et les animaux sont tous incroyables. Mais c'est aussi un peu décevant en termes d'escalade parce qu'il n'y a pas de sommet à proprement parler. Tu te retrouves juste sur un large plateau. Et comme il pleuvait quand on était là-haut, on n’a même pas pu voir très loin. On est juste sur cette infinie étendue de jungle humide, avec de la végétation à perte de vue et tu te dis : “Encore et encore de la jungle...”.

Peux-tu expliquer comment s'est déroulé le prélèvement des espèces ?

On cherchait des animaux aussi différents que possible. Ensuite, Bruce déterminait rapidement s'ils étaient intéressants ou non. Pas facile, parce qu'on ne peut pas vraiment savoir s'il s'agit d'une nouvelle espèce tant que l'on n'a pas fait son analyse ADN en laboratoire. Bruce était limité sur le nombre d'espèces à stocker dans du formol ou tout autre produit utilisé pour les préserver et les ramener dans son laboratoire. C'était donc à lui de déterminer lesquelles étaient potentiellement intéressantes. D’ailleurs, c'était souvent les porteurs locaux qui étaient vraiment doués dans la collecte de faune. Chaque matin, il y avait souvent huit ou dix gars qui faisaient la queue avec des sacs remplis de bestioles. Ils disaient : « Voici un serpent », « Voici un lézard »... Ça ressemblait à un grand bazar avec toutes ces bestioles et ces gens alignés qui disaient : « Regarde celle-là » « Regarde celle-là » Et Bruce qui disait : « Non, celle-là est trop comme ci, trop comme ça ». Et puis de temps en temps, il lâchait « Waouh ! Je ne sais pas ce que c'est. On le ramène à la maison ! »

Combien d'échantillons avez-vous fini par rapporter du plateau et de la paroi ?

Je crois que nous avons ramené du sommet quelques têtards seulement et une petite quantité d' échantillons - il était très difficile de trouver quoi que ce soit d'autre là-haut. Je n'avais personnellement aucune compétence pour attraper ces bestioles. C’est drôle parce que c'est à ce moment-là je me suis demandé plus d'une fois : mais qu'est-ce je suis allé faire dans cette histoire ? Parce que franchement, dans la vie normale, ce n'est pas comme si j'attrapais des grenouilles tous les jours !

The last pertui - fee solo Honnold
(National Geographic / Renan Ozturk)

Ce projet change-t-il la façon dont tu envisages tes futures expéditions ?

Oui, bien sûr. Je me suis dit : pourquoi ne pas emmener un biologiste comme Bruce à chaque expédition ? Celle-ci m'a fait comprendre à quel point il était difficile pour les scientifiques d'obtenir des fonds pour leurs divers projets, contrairement aux athlètes de l'extrême. Par exemple, Jimmy Chin a tourné quelques publicités pour des pneus au Groenland, avec des athlètes qui sautaient du haut d’immenses montagnes. Il est relativement facile d'obtenir des fonds pour ce genre de projets, or il est plus difficile pour un climatologue d'être financé pour passer un mois dans un camp de base à faire des recherches sur des choses qui ont une réelle importance - certainement plus qu'une pub pour des pneus. Une fois sur place, c'est une évidence. Si l’on se rend dans un endroit pour grimper, on peut tout aussi bien emmener avec nous des experts qui nous permettront d'en apprendre davantage sur la région.

Tu penses donc continuer à t'impliquer dans ce genre de projets mêlant escalade et recherche ?

C’est déjà prévu : mon seul grand voyage cette année aura lieu du côté du Groenland, également avec National Geographic. Des scientifiques spécialistes du climat seront là, comme ce que l’on a pu faire sur les tepuis, et nous allons apprendre des tas de choses.

Qu'espères-tu que les spectateurs retirent de ce film et/ou fassent après le visionnage ?

J'espère que les spectateurs acquerront une certaine humilité face à la nature. Qu'ils se rendront compte que beaucoup d'endroits sur Terre nous sont encore inconnus, qu'il y a encore beaucoup à apprendre et plus encore à protéger. Certaines de ces zones sont rasées de la carte avant même que nous sachions quoi que ce soit à leur sujet. L'idéal serait qu'on ne les détruise pas et qu'en parallèle on les étudie plus en profondeur et plus vite.

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