Film « Cantos y Flores » : s’élever pour affronter le deuil

  • 16 juillet 2026
  • 2 minutes

« Quand nous quitterons cette terre ? Laissons au moins des chansons et des fleurs. » En 2017, l’alpiniste et traileuse mexicaine Karina Carsolio devait gravir trois des plus hauts sommets de Bolivie, en courant, avec son frère Tom. Une semaine avant leur départ, le jeune homme de 19 ans chute mortellement dans un couloir du massif du Mont-Blanc. Karina fait malgré tout le voyage, mais l’aventure reste inachevée. Des années plus tard, elle revient sur les pentes du Huayna Potosí, de l’Illimani et du Sajama, accompagnée d’Hillary Gerardi, pour y établir des records d’ascension. Mais les chronos ne sont pas vraiment le sujet de Cantos y Flores. Un film sobre et lumineux sur le deuil, non comme une épreuve que l’on surmonte, mais comme une relation que l’on continue de construire.

Née à Mexico en 1993 et installée à Valle de Bravo, Karina Carsolio est la fille de Carlos Carsolio, premier non-Européen à avoir gravi les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres, et d’Elsa Ávila, première Mexicaine à avoir atteint le sommet de l’Everest. Médecin de formation, elle a choisi, elle aussi, la montagne, mais en la parcourant vite et léger. Parmi les meilleures skyrunneuses de sa génération, elle remporte la Schlegeis 3000 Skyrace en 2023, termine la même année deuxième du classement général de la Skyrunner World Series et devient championne d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale. En 2024, elle s’impose sur la Cordillera Blanca Skyrace, au Pérou, puis décroche la médaille de bronze de l’épreuve SKY aux championnats du monde.

En 2017, Tom devait l’accompagner sur le Huayna Potosí, l’Illimani et le Sajama. Après sa mort, Karina s’était tout de même rendue en Bolivie avec Nino, le meilleur ami de son frère, sans parvenir à accomplir le projet initial. « On a toujours deux possibilités : soit on affronte les choses, soit ce sont elles qui finissent par nous affronter », explique-t-elle dans le film. Au fil des années, elle construit sa vie avec cette absence, en trouvant dans le trail, la spiritualité et les savoirs indigènes une relation à la terre qui l’aide à guérir.

Aux côtés d’Hillary Gerardi, Karina retrouve des montagnes qui ont, elles aussi, changé. Le glacier du Huayna Potosí a reculé, dévoilant davantage de rochers instables, de crevasses et de séracs. L’itinéraire qu’elle avait découvert en 2017 n’est déjà plus tout à fait le même. Les deux femmes avancent pourtant vite, établissent un nouveau temps de référence et poursuivent leur voyage au-dessus de 6 000 mètres. « Ma relation avec mon frère ne s’est pas arrêtée avec sa vie », écrit Karina à propos du film. « C’est une construction qui continue. » Elle dit le voir lorsqu’elle dévale un couloir, l’entendre dans l’air froid qui descend des sommets, le sentir dans tout ce que la montagne lui offre encore. Sans tomber dans le pathos, Cantos y Flores raconte ce lien qui ne disparaît pas, cette relation que l’on apprend à poursuivre autrement, en laissant quelques chansons et quelques fleurs derrière soi.

Photo d'en-tête : Julen Elorza
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