La question est sur toutes les lèvres : Jim Walmsley parviendra-t-il à gagner l’UTMB cette année ? Après une décevante 4e place lors de l’édition précédente, le traileur américain poursuit sa quête vers le Graal. Et il n’a pas fait les choses à moitié. On savait déjà qu’il vivait en France depuis plusieurs mois, dans le Beaufortain, pour s’entraîner au plus près de la course, notamment avec François D’Haene, quadruple vainqueur de l’UTMB. Mais cette année, Jim a revu une grande partie de sa stratégie, allant de son alimentation à des prototypes Hoka entièrement personnalisés, en passant par l’intégration du ski alpinisme dans sa préparation. Résultat : il est dans la forme de sa vie. Ce qu’il a nous détaillé dans un long entretien réalisé à quelques jours du départ des 170 kilomètres (et 10 000 mètres de dénivelé) autour du Mont-Blanc, prévu vendredi 1 septembre à 18h.
C’est l'un des meilleurs ultratraileurs au monde. En témoigne son palmarès bien rempli : recordman sur la Western States (161 km et 5500 D+ en 14 heures et 9 minutes) qu’il a remporté trois fois, sans compter ses victoires sur l'Ultra Trail Cape Town (98 km et 4972m D+) en Afrique du Sud, le Madeira Island Ultra Trail (115 km ; 6850 D+) au Portugal et l'Endurance Trail des Templiers (108 km ; 4800 D+) en France.
Mais l'un des seuls 100 miles que Jim Walmsley n'ait pas encore dominée est l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB). Une course mythique de 170 kilomètres autour du massif du Mont-Blanc lancée à Chamonix chaque année depuis près de 20 ans. (La prochaine édition débutera le 1er septembre prochain à 18h). Car si l’Américain l'a déjà courue quatre fois, avec deux très bons résultats (cinquième en 2017, quatrième en 2022) et deux abandons (2018, 2021), il admet n’avoir jamais réalisé la course idéale.
Et ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens. Le trailer américain est allé jusqu’à s’installer, en mai 2022, dans le Beaufortain, à Arêches-Beaufort, avec sa compagne Jess, afin de s’immerger entièrement dans la vie et l'entraînement d'un local. Et sa performance a été meilleure l’an passé que lors de ses précédentes participations, puisqu’il a mené la première partie de course avant d’être rattrapé par Kilian Jornet, vainqueur en 19:49, un record, pour la quatrième fois. Mais Jim a par la suite ralenti pour terminer à la quatrième position, 80 minutes plus tard. Il pourrait en être autrement cette année. Voici pourquoi.
1. Son entorse à la cheville du printemps dernier n’a guère entravé sa préparation
Début mai, environ deux semaines après avoir remporté l'Istria 100 by UTMB en Croatie, Jim s'est foulé la cheville droite lors d’un footing de récup’ près d’Annecy. Le bilan de cette entorse est lourd : un ligament déchiré (et deux ligaments partiellement). S’il a évité l’opération de peu, le traileur a dû s'arrêter de courir pendant environ un mois, manquant ainsi l'occasion de représenter l'équipe des États-Unis aux championnats du monde de trail à Innsbruck, en Autriche, au début du mois de juin. (Il devait participer au kilomètre vertical et aux 85 kilomètres).
Cet incident s'est produit juste avant que Jess et lui ne retournent aux États-Unis pour la première fois depuis un an, ce qui lui a permis de suivre des séances de physiothérapie à Flagstaff, en Arizona. Là-bas, il a passé beaucoup de temps à faire du home-trainer avant d’aller rouler à l'extérieur et de recommencer à courir à la mi-juin.
« Tout compte fait, la guérison s’est plutôt bien déroulée », explique Jim. « Au début, cela a pris un peu plus de temps que je ne le pensais parce que les conséquences de cette entorse étaient pire que ce que j’imaginais. J’ai alors dû faire preuve de patience, de discipline pour m'assurer que je n'en faisais pas trop, me convainquant qu’il s’agissait du meilleur scénario possible. J’ai eu de la chance parce que j'ai pu rester sur la bonne voie et faire tout ce que je voulais faire en matière d'entraînement une fois que j'ai été guéri ».
2. Le ski alpinisme fait désormais partie intégrante de sa préparation
Lorsqu’il s'est installé en France, Jim était encore relativement novice en ski-alpinisme. Mais les 100 journées de ski de l’hiver dernier lui ont permis de développer ses compétences en la matière. Si bien qu’il a participé à quelques courses dans cette discipline, malgré son manque d’aisance dans certaines descentes techniques, affirme-t-il. Il lui reste encore à ajouter la mythique Pierra Menta à son palmarès. À savoir que l’Américain a déjà skié tous les sommets présents sur le parcours.
« Je me suis beaucoup amélioré tout au long de la saison et, à l’issue de celle-ci, je suis, selon moi, compétitif en montée à l'échelle mondiale, ce qui est intéressant », explique le traileur. « Je n’ai pourtant pas envie de me mettre à fond dans le ski-alpinisme. Mais avoir la capacité de faire quelques compétitions dans une autre discipline, tout en restant dans ma zone de confort, me plaît bien ».
3. Il a hâte de participer à nouveau à un UTMB très relevé
Lors de l’UTMB 2022, Jim avait tenté de creuser l’écart avec Kilian Jornet dès le kilomètre 85, en Italie, entre Courmayeur et Arnouvaz. Un rythme très rapide que l’Américain avait tenu jusqu’au Grand Col Ferret (2537 m), près de vingt kilomètres plus tard. À ce moment-là, le traileur menait la course d'environ 15 minutes. Ce qui a été le cas jusqu’à Champex-Lac (125e kilomètre). Après cela, il a commencé à faiblir légèrement dans les 1000 mètres de dénivelé positif qui ont suivi, avant d’être rattrapé par Kilian Jornet avant Trient (143e kilomètre). À partir de là, l’Américain n'a plus eu l'énergie nécessaire pour maintenir son effort. Il a ainsi chuté à la quatrième position.
Certes, Kilian Jornet est blessé cette année. Mais en l’absence du GOAT, la tâche n’en sera pas pour autant plus aisée. Il va devoir faire face à un plateau bien relevé, composé entre autres du top 10 de l’édition 2022 : le Français Mathieu Blanchard (2e l’an passé), le Britannique Tom Evans (3e l’an passé, vainqueur de la Western States cette année) ou encore l’Américain Zach Miller. Sans oublier quelques tricolores en forme : les Français Beñat Marmissolle, Arthur Joyeux-Bouillon et Thibaut Garrivier. Le Suédois Petter Engdahl, vainqueur sur les 100 kilomètres de la CCC l’an passé, s'étant au passage octrôyé le record de la course, fait également partie du peloton, tout comme une poignée de coriaces vétérans : Pau Capell (Espagne), Tim Tollefson (États-Unis), Daniel Jones (Nouvelle-Zélande), Ludovic Pommeret (France) et Jean-Philippe Tschumi (Suisse).
« L'UTMB réunit toujours de nombreux coureurs élites au palmarès incroyables. C’est ce qui fait le charme de cette course », explique Walmsley. « C'est pourquoi j'aime tant y participer ». L’Américain n’aura toutefois pas la chance de se mesurer à Kilian Jornet. Un sujet sur lequel il relativise : « Je n'ai pas beaucoup de contrôle là-dessus, c'est comme ça ».
4. Sa stratégie de ravitaillement a été entièrement revue
À l’issue de l’édition précédente, Jim Walmsley avait admis ne pas avoir été en mesure de se ravitailler aussi efficacement qu'il l'aurait dû dans la partie centrale du parcours.
« L'année dernière, à un moment donné de la course, je me suis détaché de tout le monde. J’avais les jambes pour » explique-t-il. « Mais en fin de compte, mon estomac n'a pas tenu. J’ai donc manqué d’énergie, et les jambes ont fini par me lâcher. Et à ce moment-là de la course, avoir de l’énergie est plus important que d'être le gars le plus en forme sur la ligne de départ ».
Cette année, pendant la course, Jim Walmsley prévoit de consommer des gels aux fruits de la passion et des boissons énergétiques, ainsi que des mini gâteaux de riz. Il compte aussi manger des gâteaux sucrés et salés cuisinés par Jess. En parallèle, il a éliminé tous les bonbons et la malbouffe cette année, exception faite aux quelques biscuits au chocolat.
Jim Walmsley admet que la nutrition reste toujours un axe d’amélioration, mais il annonce être plus que confiant par rapport à son plan de course. « Il est certain que j'irai plus vite aux ravitaillements », explique-t-il. « Tout dépendra de la configuration de course, mais il faut être prêt à être rapide. Et si la course s'ouvre, j'aurai alors peut-être un peu plus de chance de prendre mon temps. Mais le plan de départ sera de gérer les ravitos en une ou deux minutes, voire moins ».
5. Il court avec des prototypes Hoka personnalisées
Jim Walmsley s'est entraîné pour l'UTMB avec deux prototypes Hoka, des versions sur mesure du modèle Tecton X 2. La première paire, avec laquelle il pense pouvoir courir tout le parcours, est plus légère que le prototype qu'il portait l'année dernière, a une semelle extérieure différente avec des crampons plus grands et un rembourrage intérieur plus important. Tandis que la deuxième est encore plus légère et plus réactive. Peut-être portera-t-il cette paire en fin de course. (Il s'est foulé la cheville avec une autre paire lorsqu'il s'est blessé en juin, et non avec les prototypes de course).
« Il s'agit toujours du même moule que la Tecton X, mais ces chaussures ont des mousses différentes, des plaques différentes, des tiges différentes », explique Jim. « Cette chaussure est vraiment unique et géniale, mais je ne suis pas sûr qu'elle plaise à tout le monde. Il faut un peu de temps pour s'habituer à sa légèreté, savoir comment elle réagit et quelles sont les sensations qu'elle procure. Elle procure un peu les mêmes sensations que des super shoes [chaussures carbone] pour la piste ».
6. Après l’UTMB, il prévoit de continuer à vivre en France
Avec Jess, ils passeront probablement plus de temps aux États-Unis en 2024, mais le traileur affirme aussi que, quelle que soit son résultat sur l'UTMB cette année, il est presque sûr qu'ils continueront à vivre en France par intermittence jusqu'en 2025. Trois jours avant de prendre le départ de son cinquième UTMB, Jim explique avoir beaucoup appris de son immersion. Alors qu'il avait l'habitude d’arriver sur place peu de temps avant le départ, cette dernière année en France a complètement changé son point de vue. Il a gagné en préparation et en confiance.
« Avec le recul, c'était immature de penser gagner dès ma première participation » admet-il. « Je regrette de ne pas avoir fait plus pour apprendre. On a pas forcement les armes dès le départ. Alors oui, j'aurais probablement mieux fait d'essayer de progresser - ce que je suis en train de faire. Chaque année, je fais moins d'erreurs que l'année précédente. J'espère être dans la bonne direction. ».
« Aujourd'hui, je suis content de mon travail, de ma préparation, en gros de tout ce dont j'ai le contrôle. Alors, il ne reste plus qu'à courir… et si ça marche, ça serait génial. Si ce n'est pas le cas, l’histoire continue ».
7. Prochain gros objectif après l’UTMB : la Western States 2024
Si tout se passe bien, Jim Walmsley courra le 100 miles du Nice Côte d'Azur by UTMB le 29 septembre - soit moins d'un mois après l’UTMB - avec l'espoir d'obtenir un Golden Ticket qualificatif pour le Western States de 2024 où il tentera de devenir le quatrième coureur à gagner au moins quatre fois cette course, derrière Scott Jurek (sept victoires), Tim Twietmeyer (cinq victoires) et Ann Transon (quatorze victoires). Il envisage également de participer au 126 kilomètres de la Transgrancanaria dans les îles Canaries ou aux 100 kilomètres de Black Canyon en Arizona à la fin de l'hiver prochain.
Car même s'il se concentre sur l'UTMB depuis qu'il vit en France, la Western States lui tient à cœur. « Cela fait un moment que je n'y suis pas allé, alors ce serait bien d'y retourner », déclare Jim. « Après ça, je ne suis pas sûr de ce qui se passera. Peut-être que je tenterai la Hardrock ou que je reviendrai à l'UTMB ou à la CCC. Je n'ai jamais essayer de participer à la Hardrock et je ne sais pas si cette course est un objectif ou si elle m'inspire simplement parce qu'il s'agit d'une autre course prestigieuse ».
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