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Beñat Marmissolle arrivée Grand Raid de la Réunion
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  • Trail Running

Beñat Marmissolle, vainqueur de la Diagonale des fous  : « Je voulais faire une course accomplie »

  • 25 octobre 2022
  • 7 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

« Accomplie », le terme est étonnant, mais il en dit long sur Beñat Marmissolle, athlète discret mais redoutable. Cet habitué des podiums du skyruning, les passionnés l’avaient repéré depuis longtemps, mais le grand public ne l’a découvert qu’à l’UTMB cette année, où, à 24 secondes de l’icône américaine de l’ultra, Zach Miller, il décrochait une 6e place sur l'une des éditions les plus rapides de cette course. Aussi était-il très attendu vendredi dernier à La Réunion. Là, il n’a pas déçu. Mieux, à l’issue d’un « duel », passionnant avec Jean-Philippe Tschumi, il a enchanté la Diagonale des fous où depuis trois jours il est porté en héros national. Pas de quoi faire tourner la tête pour autant à ce Basque un peu timide qui, pour Outside revient posément sur cette course extraordinaire.

Au soir de son UTMB en août dernier, nous avions longuement discuté avec Beñat Marmissolle, nouvelle pépite récemment repérée par ASICS, qui dînait en famille à Chamonix. Cette 6e place, il voulait la savourer avec eux : sa femme Cendrine, son fils Natan, son neveu et son frère. Ceux qui, avec ses parents, soutiennent sans faillir cet homme modeste, ouvrier dans l’industrie aéronautique vivant dans son petit village dedu Pays Basque, Tardets-Sorholus, 558 habitants, qui depuis 2008 se consacre corps et âme, et budget aussi, au trail. Une passion qu’il a découverte sur le tard, à 28 ans, parce que, comme beaucoup, il voulait se remettre en forme et perdre du poids. Sans trop viser le podium au début, mais très vite les résultats ont été là. Mais pas les sponsors. « Personne ne me voulait », nous expliquait-il. Il faudra attendre 2021 pour qu’ASICS repère le Basque et le contacte. Il a alors 40 ans et un palmarès déjà très solide, 6e place à la Coupe du monde en 2019 notamment. 2022 confirmera son talent : il truste le haut du podium au Black Mountain Trail en juin, la Restonica et la 6000 D en juillet avant d’enchaîner sur l’UTMB quelques semaines plus tard où il s’impose à la 6e place au scratch, premier dans la catégorie des 40-44, à 24 secondes de l’icône américaine de l’ultra, Zach Miller. « Monsieur Zach Miller », précisera Benat Marmissolle, encore sous le choc de sa propre performance.  

Beñat Marmissolle arrivée Grand Raid de la RéunionBeñat Marmissolle arrivée Grand Raid de la Réunion

Enchaîner là-dessus sur la Diagonale était risqué. Ou pas. Car en 2021, il était déjà 3e sur cette épreuve. Impressionnant pour un coureur qui découvrait ce terrain très exigeant. Face à lui, en 2022, pour le 30e anniversaire de l’événement, on attendait des colosses. Français D’Haene (Salomon) ou encore Benoit Girondel (ASICS), respectivement quatre et deux victoires sur la Diag. Aucun des deux ne se montrera, victimes de blessures. Beñat, lui arrive en pleine forme à La Réunion, mais le champ n’est pas libre pour autant. l’Italien Daniel Jung, vainqueur en 2021 est au départ, de même que le Corse Lambert Santelli, sans parler de Grégoire Curmer, pour ne citer qu'eux. Comme tant d’autres, ces trois athlètes ne finiront pas la course. La Diag ne pardonne rien, même aux meilleurs. Pendant ce temps, pendant des heures, Beñat Marmissolle et Jean-Philippe Tschumi vont offrir une course superbe aux spectateurs venus en masse cette année, comme à tous ceux qui les suivent en ligne ce jour-là. Une course qui restera longtemps dans la mémoire du Basque, comme il nous l’explique au cours de l’interview qu’il nous a accordée hier depuis La Réunion, où il est encore pour quelques jours.


72 heures après ta course, comment te sens-tu ?

Un peu fatigué, je ne te le cacherais pas, j’ai peu dormi ces derniers jours. D’autant qu’après mon arrivée, je suis allé aider un copain, un local, sur un ravito, à La Possession (à 21 km et 1200m D+ de l’arrivée ndlr). Je le lui avais promis. J’ai un peu dormi, et puis je me suis levé pour l’attendre à l’arrivée. Mais bon, ça va. Je récupère assez bien. Samedi j’avais assez mal aux jambes, un peu moins dimanche et aujourd’hui (lundi), ça va. C’est assez agréable de se sentir bien à nouveau.

Quel était ton objectif sur cette 2e Diagonale ? 

Je n’avais aucun objectif précis, rien de tout ça. Simplement le bonheur d’être là, Après une saison dure, je voulais faire une course accomplie. Une course où tu démarres avec un objectif de chrono, et que tu tiens. Je l’avais préparée avec mon entraîneur après analyse du parcours, des secteurs et des segments de course.  Et j’ai fait mieux que ce qu’on avait prévu.

Comment as-tu vécu cette course au coude-à-coude avec Jean-Philippe Tsuchmi ?

De l’intérieur, ça a été une très belle aventure. On se connaissait un petit peu avec Jean-Philippe, on s’était rencontré à Madère il y a un an et on avait discuté. A l’UTMB, on s’était croisés à nouveau, sûrs de se retrouver à La Diag. C’est un athlète qui est très très bon sportivement, un grand bonhomme humainement que j’apprécie énormément. Pendant la course, on a beaucoup échangé tous les deux, sur nos vies familiales, professionnelles. Ca a fait rire pas mal de monde, parce que quand on passait devant des spectateurs, les gens nous regardaient en se demandant : ils sont en train de parler alors qu’ils font une course, c’est quoi ce bazar, mais comment ils font ? C’est marrant, parce qu’on le ressentait. Il y a quelque chose qui s’est créé entre nous et il n’y a jamais eu de bagarre réelle entre nous, tout le long de la course. A un moment donné, évidemment, il y a une discussion au sujet de notre arrivée. C’est lui qui l'a entamée.  Moi je voyais les choses comme ça : rester ensemble longtemps, dans la mesure où on était sensiblement du même niveau, le plus loin possible. Et à quelques encablures de la fin, que le meilleur gagne. Jean-Philippe n’avais pas exactement la même vision des choses. Lui nous voyait finir ensemble. 

Ce qui n’aurait pas réglé le problème, vu la position de l’organisation sur le sujet… 

Exactement. C’est pour ça que j’ai eu un léger désaccord avec lui. Je lui ai dit qu’avec le nouveau règlement, 'ce n’était pas valable, ça n’avait pas de saveur spéciale, puisque le plus ancien des deux serait déclaré vainqueur. Donc ça serait sacrément bête que tu finisses deuxième, si c’est toi le plus fort à ce moment-là. Moi, à la limite ça m’avantage, mais pas toi (Beñat a 41 ans, et Jean-Philippe, 40, ndlr). Et j’ai trop l’esprit sportif pour accepter ça, ça ne me va pas. Si tu es plus fort que moi, tu mérites de gagner. Et si je suis plus fort que toi, c’est moi qui mérite de gagner. C’est comme ça que je vois les choses'. C’est complètement logique et cohérent. Mais attention, à aucun moment on ne s’est faché ni rien ! Mais bon, la course à évolué, la fatigue s’est faite présente, et, à plusieurs reprises, comme il l’a mentionné lui-même très gentiment à l’arrivée :' Benat m’a attendu, je n’aurais jamais fait ce chronomètre et certainement pas cette place là s’il n’avait pas été là. Donc pour moi les choses étaient très claires dans ma tête, quoi qu’il arrive, c’était lui qui allait gagner, parce qu’il était au-dessus de moi'. Jean-Philippe a été honnête, j’ai trouvé très beau qu’il parle comme ça, parce que ce n’est pas toujours facile de s’incliner. Et ça je l’en remercie, ça montre la grande personne et le grand athlète qu’il est. C’est un super gars ! Ca a été un réel bonheur de courir à ses côtés.

Je pense que cette édition a été passionnante avec le dénouement, plus l’arrivée de Courtney, c’est certainement l’une des plus belles de la Diag. J’ai eu beaucoup de retours au stade avec des dizaines et des dizaines de gens, des Réunionnais qui nous ont remercié en nous disant ‘vous avez été magnifiques, vous nous avez fait rêver tout au long de la course’. Ca, c’est un immense bonheur.

Qu’est-ce qui fait la différence, quand tout se joue à quelques minutes de l’arrivée ?

Un petit peu plus de fraicheur, c’est tout simplement ça, sur la descente. On l’a entamée ensemble. Avant d’arriver au Colorado, dans la montée, Jean-Philippe m’avait dit : ‘Benat, aujourd’hui, quoi qu’il arrive, c’est toi qui gagne’. J’avais acté qu’il avait décidé dans sa tête que s’il m’arrivait un gros temps faible, s’il lui fallait s’arrêter et m’attendre, il me laisserait franchir la ligne d’arrivée. Il avait acté qu’il n’y aurait qu’un seul vainqueur parce qu’il savait qu’il n’aurait pas pu faire cela si je n’avais pas été là. C’est ça qui fait le grand Monsieur qu’il est. Malgré tout on a fait la descente, on n’a pas fait de scénario, on a couru à peu près le premier kilomètre ensemble, puis il m’a dit, Beñat, vas y, vas y à ton rythme, file vers la victoire. Dans les trois derniers kilomètres, j’ai pris plus de 5 minutes.

Ca t’est déjà arrivé de courir ainsi une course ?

Non, et c’est fort, très, très fort. Là, il y a eu beaucoup, beaucoup d’échanges. C’est très fort en émotions, j’en garderai un souvenir jusqu’à la fin de mes jours. C’est fabuleux, malgré la rivalité sportive. Il ne faut pas se mentir. Accrocher, ne serait-ce qu’une seule victoire sur l'une des trois plus grosses courses au monde - Diagonale, UTMB, Hardrock - , les trois les plus mythiques du monde, avoir la chance d’en gagner une, c’est merveilleux, surtout pour quelqu’un comme moi. C’est merveilleux de pouvoir inscrire son nom à cette course, vu mon parcours, vu d’où je viens. C’est très beau. Et de cette manière là, c’est encore plus beau !

Remporter la Diag, ça change quoi pour toi ? 

Je ne m’en rends pas compte. Je ne réalise pas encore. Je sais que j’ai gagné la Diagonale, mais je ne me rends pas compte des conséquences, de la suite. Mais quand je vois les centaines de messages que j’ai reçus, je me dis, que là, il est en train de se passer quelque chose…

Au final, la Diagonale aura été une course plus forte que l’UTMB pour toi ?

Si je devais les comparer, elles sont au même niveau, mais la saveur d’être premier ! Ici quand tu gagnes, la Diag, tu deviens un héros, un héros national, au même rang qu’un François D’Haene ou un Kilian Jornet. Ca me met mal à l’aise, j’ai beau leur dire, 'mais non, calmez-vous', tu sens qu’à trop discuter tu pourrais vexer les gens. Ca me gêne beaucoup, même si ça n’est pas désagréable, je ne te le cache pas.

Quelles sont les autres courses qui te font rêver

La Hardrock, c’est en projet pour l’année prochaine, mais c’est difficile, ça dépend du tirage. Je pense que je n’arriverai pas à l’obtenir, mais je rêve d’aller courir aux Etats-Unis. C’est la course la plus mythique.

Compte-tenu de ton expérience, qu’est-ce que tout coureur qui s’attaquerait à la Diag devrait savoir ?

Il y a les conseils de base, mais il y a aussi l’inconnu. En 2021, j’ai eu mon dossard quinze jours avant le départ seulement, ça ajoute de la magie à tout ça, et quand en plus tu finis 3e ! Qu’est-ce que c’était bon ! Mais cette année, c’est le Graal. C’est un merveilleux conte ! Comme je l’ai dit à l’arrivée, je suis parti de Saint-Pierre avec une valise vide, et en arrivant à Saint-Denis, j’ai du mal à la fermer. Elle est pleine de tant de choses qui ne regardent que moi et que j’aurai avec moi jusqu’à mon dernier souffle. C’est un voyage personnel, émotionnel. Putain que c’est bon ! »

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