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Grégoire Chéron Minitransat
  • Aventure
  • Water Sports

Comment se lancer sur la Mini Transat quand on n’est ni Breton, ni millardaire ? 

  • 23 octobre 2023
  • 9 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Parti le 24 septembre 2023 des Sables d’Olonne à bord de son voilier de 6,50 mètres, Grégoire Chéron fait partie des 90 marins participant cette année à la Mini Transat, sans doute l’une des courses au large les plus extraordinaires, selon Jean-Luc Van Den Heede, skipper qui en connait un rayon sur le sujet. Un vrai défi que cet attaché de presse parisien a décidé de relever… sans imaginer un seul instant dans quelle galère il s’embarquait. Contre toute attente, le 6 octobre, à l’issue de 11 jours de navigation, il est arrivé 11e aux Canaries, première étape de cette course en solitaire. Avant de reprendre le large dans quelques jours direction la Guadeloupe, il revient sur son parcours du combattant et glisse au passage les conseils qu’il aurait bien aimé qu’on lui donne avant de s’embarquer !

En 2020, en pleine pandémie, nous annoncions la sortie d’une websérie plutôt réjouissante : Grégoire Chéron, 30 ans à l’époque, entendait y raconter comment il allait traverser l’Atlantique en course en solitaire et sans assistance, sur un voilier de 6,50m. Plutôt gonflé pour un Parisien mesurant près de deux mètres dont le quotidien est de gérer la communication d’aventuriers en tous genres, de Matthieu Tordeur à l’expédition Under The Pole en passant par Sophie Lavaud. Il n’avait jamais navigué sur un Mini 6.50, ni fait de régate de sa vie, mais il y croyait dur comme fer, 

Son objectif : le départ de 2021. Mais c’est deux ans, plus tard, le 24 septembre 2023 qu’il prend la mer pour un périple de 4 050 milles (7 500 kilomètres). Car dès les premiers jours de sa préparation, il va cumuler les problèmes sur une épreuve qui est tout sauf une promenade.

«En dehors des tours du monde, je ne connais pas une course aussi extraordinaire. Il y a autant de vainqueurs possibles que de concurrents au départ», résume d’ailleurs Jean-Luc Van Den Heede, qui compte aujourd’hui plus d’une douzaine de circumnavigations à son actif. Créée en 1977 par le Britannique Bob Salmon dans le but de renouer avec l’esprit aventureux des premières transatlantiques, cette transatlantique se dispute en solitaire et sans assistance à bord de voiliers de 6.50 mètres. Dans cette épreuve, véritable école de la course au large, le skipper doit être polyvalent et autonome pour faire avancer son bateau. Organisée chaque année impaire, elle réunit de futurs grands noms de la voile et d’autres marins venus réaliser leur rêve de mer, de liberté. Car traverser l’Atlantique, sans routage météo par satellite ni aucun contact avec la terre qui plus est, n’est pas une mince affaire. C’est donc à l’issue de la première étape, lors de son à Santa Cruz de La Palma, l’île la plus à l’ouest de l’archipel des Canaries, que nous avons pu interviewer Grégoire Chéron, avant son départ pour Saint François en Guadeloupe, ce samedi 28 octobre.

Grégoire Chéron MinitransatGrégoire Chéron MinitransatGrégoire Chéron MinitransatGrégoire Chéron MinitransatGrégoire Chéron Minitransat

Te voilà classé 11e !

Oui, bon en fait, j’étais classé 12e, mais suite à un déclassement, je me suis retrouvé 11e pour cette première partie, un résultat totalement improbable pour moi ! J’ai un peu le complexe de l’imposteur, car derrière moi, il y en a de bien meilleurs. Mais je suis heureux de cette place et j’en profite tout en gardant la tête froide, car sur la 2e partie, les cartes vont être rebattues. Et je sais ce que c’est que d’arriver dernier, quand tout le monde est déjà, là, propre et rasé : j’étais avant-dernier sur la SAS (les Sables - Les Açores - Les Sables ) l’année dernière, j’en ai pleuré. Au port, je me caché derrière la grand-voile pour que le photographe ne me voit pas. Ca a été très dur dans ma tête. Mais maintenant, là, je goûte mon plaisir.

D’autant que dès le départ de ton projet, ça n’a pas été simple non ?

J’ai acheté mon bateau en février 2020 (un Pogo 3 qu’il nomme King Julian 3, dans la lignée de ses deux premiers bateaux, un Brio puis un First 30 datant des années 70, ndlr)... là-dessus est arrivée la pandémie de Covid. Je n’ai pu faire ma première course pour accumuler les 1500 miles nécessaires à la qualification pour la Mini qu’en août cette année-là. J’avais toujours fait de la plaisance, mais jamais de régate, j’ai dû prendre en main mon nouveau bateau, apprendre à le régler et comprendre tout le système de la course, assez complexe. En 2021, j’ai persévéré mais accumulé les problèmes qui m'ont coûté la transat : je me suis retrouvé deuxième sur la liste d’attente de l’édition 2019... mais il n’y a pas eu de désistement et je ne suis finalement jamais parti. C’est quelque-chose que j’ai assez mal vécu. Je le sentais, mais ça a été une grosse déception, comme l’impression de rater un truc, de voir un wagon passer devant moi et de rester à quai. Et avec ça surgissent de sérieux questionnements ? Qu’est-ce que j’ai loupé dans ma préparation ? Pendant les trois mois qui ont suivi, j’ai eu une grosse perte de motivation. Il faut savoir qu’une course comme ça, c’est généralement un projet sur deux ans, pour moi, ça aura été quatre ! C’est dur car pendant tout ce temps tu réalises que ça repose sur le triptyque temps, énergie, argent. Les week-ends, tu navigues pour t’entrainer, du coup tu vois moins tes amis, ta copine. Tu mets beaucoup d’argent dans l’histoire et c’est lourd de mener ta vie pro et ta vie perso.

Qu’est-ce qui t’a fait tenir ?

A l’automne 2021, je me suis demandé si j’avais vraiment envie de repartir là-dedans, mais j’ai fait preuve de persévérance. Sans parler que de voir les autres se remettre à l’eau au Centre d’entrainement de Concarneau m’a encouragé à me lancer à nouveau, mais en levant un peu le pied, car, étant qualifié, j’avais moins de pression, ce qui n’a rien d’évident. Il faut savoir que la classe Mini se porte très bien, il y a de plus en plus de gens que ça intéresse. Donc il y a comme un embouteillage, et c’est devenu complexe d’acheter un bateau et de se qualifier dans l’année en cumulant les miles nécessaires en course. Moi, en quatre ans j’ai rempli tous les critères, ce qui m’a permis de faire moins de courses. J’ai pu trouver un équilibre de vie, plus sain. Alors en juillet cette année, je me suis dit « go ». Mais jusque-là, je ne savais pas quoi répondre quand on me demandait si j’y allais ou pas.

Grégoire Chéron Minitransat

Qu’est-ce qui t’avait, au départ, donné envie de sauter le pas ?

Pour moi ce n’était pas du tout un rêve, contrairement à pas mal de gens autour de moi qui l’avaient fait ou voulaient le faire. Mais j’avais envie de passer de l’autre côté de la barrière (Grégoire a assuré les relations presse de plusieurs skippers de la Route du Rhum et du Vendée Globe, ndlr). De vivre moi aussi l’aventure et de voir ce que c’était que de rechercher des financements. Derrière ça aussi, l’idée de me prouver à moi-même que je savais faire quelque chose, que j’étais capable de réussir un projet à 360°, car c’est très complet comme projet !

Je m’y suis lancé très rapidement : à mon retour de l’expédition « Under the pole », en Polynésie, j’étais à La Rochelle, en novembre 2019 et j’ai commencé à regarder les bateaux. En janvier 2020, je suis tombé sur celui que j’ai pu acheter. En sachant que je j’avais jamais mis les pieds sur un Mini 6.50 !

Si tu devais donner quelques conseils, tu dirais qu'il faut ... 

Anticiper

Je recommanderais tout d’abord de rentrer dans cet univers avant le début de saison pour bien comprendre le système de qualification et de regarder, notamment, les vidéos de ceux qui l’ont fait, on y apprend beaucoup.

Réaliser que c’est cher

Pour l’achat du bateau, il faut savoir que le moins cher, en série, vaut autour de 30 000 euros, les plus chers vont jusqu’à 125 000 euros. Le mien, je l’ai acheté en leasing, et le paye donc comme un loyer, mais grâce à une aide familiale je n’ai pas eu à mettre 100% de la somme. Reste que le moment où tu achètes ton bateau est un moment un peu vertigineux, même si tu sais que normalement tu vas pouvoir le revendre. Par ailleurs, la course elle-même va te coûter au moins 40 000 euros, prix planché. Les dépenses vont très vite entre l’inscription (3000€), le retour du bateau en cargo ( 7000€), l’assurance (3000€), les hôtels, avions de retour, nourriture à bord, achats ou réparations de matériel.

Admettre que ce n’est pas écolo du tout

On ne va pas se le cacher, entre les aller-retour au port pendant la mise au point du bateau, les matériaux utilisés pour les réparations, le cargo de retour et les déplacements de ta famille et tes amis aux Antilles… non, la voile n’est pas un sport écolo, autant être honnête et le savoir. 

Savoir s’entourer

Ensuite,  j’aurais aimé avoir une sorte de parrain, quelqu’un qui te guide, tout au long de ce parcours. Mais j’ai pu compter sur mon groupe de course au large. Une vingtaine de marins avec qui tu tisses des liens forts, c’est eux qui te permettent d’avancer dans les moments où tu doutes. Sans eux, ça n’aurait pas été possible pour moi. Reste qu’un guide, un mentor m’aurait sans douté évité plein de choses. Si c’était à refaire, je contacterais quelqu’un de la promo d’avant. Et je naviguerais plus à deux, on apprend plus vite.

Prendre son temps

Enfin, je recommanderais de prendre son temps, de monter son projet sur trois ans et non sur deux. Car sans temps, c’est complexe pour accumuler les miles en courses et tes qualifications. Important aussi de faire la SAS - les Sables - Les Açores - Les Sables, celle qui permet de goûter vraiment au large longtemps et de se qualifier pour la Mini-Transat. La prochaine a lieu en août 2024. Pour s’y préparer, certains prennent des disponiblités entre avril et août et reprennent le travail en septembre par exemple. Moi je me suis lancé là-dedans sans savoir où j’allais. 

Se demander pourquoi on le fait

Pendant ta préparation, comme pendant la course, tu vas forcément avoir des moments de doute, alors il faut être au clair avec soi-même et savoir ce qu’on est venu y chercher.

Etre conscient que cela va avoir un impact sur ta vie privée

Ce projet-là, si tu es en couple, peut avoir un impact important. Car tu n’as plus de vie. Tu vis Mini, tu manges Mini, tu dors Mini. Ca peut être dur pour ceux qui sont autour de toi. En même temps,  je me rends compte que ça peut être positif. Ma famille, mes amis, mes collègues de boulot me suivent sur la course, ça eu un impact sur tout mon réseau. Les gens te suivent sur la cartographie, cet événement diffuse énormément avec un impact très positif.

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A ce stade de la course : qu’as-tu trouvé dans l’aventure ? 

J’ai montré que j’étais capable de persévérance, que j’avais la capacité de faire plusieurs choses de front.  Et si je dois monter autre chose en 2024, je sais que je saurai dégager du temps. J’ai passé des caps tellement compliqués, que je sais que pourrai en passer d’autres. J’ai acquis une forme de confiance et de sérénité. Et je suis heureux d’avoir réussi à aller finalement jusqu’ au départ. J’en suis un peu fier aussi. Enfin, dans le passé, je n’avais pas pris de plaisir en course. Là, je suis plus aligné avec moi-même et j’ai enfin pris du plaisir en mer. J’ai pris les bonnes options et  pendant quatre jours j’ai profité des alyzées. Le bateau qui glisse, les étoiles… c’est chouette !

Tu repars samedi, qu’est-ce qui t’attend ? 

Pour moi, ce sera sans doute 17 jours de mer, assez techniques, avant d’arriver en Guadeloupe. Ca va être long, et très chaud. Il va falloir aller chercher le vent, et l’analyse météo, ce n’est pas ma grande force. On peut rester 12 à 18 heures sans vent mais tu dois être sur le pont et savoir gérer ton sommeil. Obligé, tu n’as pas le choix. En Bretagne, c’est une obligation, près des côtes. Car si tu dors plus de 20 minutes, tu as de grandes chances de te taper un pêcheur. Au large on peut aller chercher des siestes de 30 minutes, mais c’est une question de performance. Les bons, c’est ceux qui vont moins dormir et être plus sur les réglages et creuser l’écart. Et ça s’apprend. Un expert du sommeil nous a expliqué que les siestes courtes étaient inutiles, qu’il fallait plutôt chercher à la limite de la dette du sommeil. Car une fois sur la ligne rouge, tu tombes dans un sommeil profond régénérateur en moins d’une minute. C’est ce temps-là, très efficace, qu’il faut aller chercher.

Au départ je visais une arrivée dans les 40eme, alors si je suis dans les 30eme ce sera une réussite. Mais dans tous les cas, l’arrivée à Saint-François sera salvatrice… au bout de quatre ans. Je retrouverai ma copine et les copains de Concarneau qui sur la première étape ont tous fait de très bons résultats (1 e ,3 e et 6e). Tout au long de la course, tous les jours, on a un classement. Plus on avance, plus il est précis. Mais l’ambiance est bonne, beaucoup sont là pour le plaisir et l’aventure, rien à avoir avec d’un Figaro 3 où l’on se met des bâtons dans les roues pour accéder au Graal. Ici, certains veulent juste participer et arriver. On se file du matos, on s’aide pour réparer et cet esprit est encore plus présent dans les pôles. Enfin, comme on n’a pas de connexion avec la terre, seulement avec les bateaux accompagnateurs, par sécurité, il y a une sorte d’authenticité dans la navigation.

Suivre Grégoire Chéron sur la Mini Transat
Pour garder un oeil sur sa progression, rendez-vous sur la cartographie. Elle est actualisée toutes les 30 minutes jusque 20h, puis toutes les 4 heures.
Et pour découvrir ses webdocumentaires racontant les premières grandes étapes, rendez-vous sur sur sa chaîne Youtube.

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