En ce 19 janvier, jour de l'Epiphanie dans la tradition chrétienne orthodoxe, des dizaines de milliers de Russes se plongent dans des trous creusés dans la glace, sur des étangs ou des rivières. Ils commémorent ainsi le baptême de Jésus Christ dans le Jourdain. Une pratique que ne désavouerait pas le célébrissime Wim Hof, au contraire ! Travailler sa respiration, se plonger dans l’eau glacée auraient d’innombrables vertus pour la santé selon lui. Des millions d'adeptes ne jurent plus que par lui et affirment qu'il a tout guéri, de la dépression au diabète. Jamais ils ne seraient aussi forts et épanouis que depuis qu’ils ont adapté ses pratiques. Sceptique, notre journaliste était partie enquêter en 2020, juste avant la pandémie, non pas en Russie, mais en Islande, la terre de glace (forcément) pour examiner de plus près le bonhomme et ses méthodes. Une expérience "exaltante", raconte-t-elle.
Lagune de Jökulsárlón, Islande : l'air est froid, mais l'eau, encombrée d’icebergs, est plus froide encore. Partout dans la lagune glaciaire, des plaques, des morceaux et des blocs de glace de la taille de navires, de maisons ou de bus. Les icebergs sont d'un blanc éblouissant, gris pâle ou d'un bleu laiteux, rayés de cendres volcaniques. L’eau, couleur métal, reflète les nuages bas qui s’accumulent. En fond sonore, le cri des oiseaux de mer. De l'autre côté du lagon, le glacier Vatnajökull. Avec ses milliers d'hectares de surface s'étendant sur le sud-est de l'Islande, cette calotte glaciaire éclipse de loin tous les autres glaciers européens. Pour ceux qui ne savent pas qu'il est déconseillé de se baigner, un grand panneau rouge précise : "Pas de baignade - eau gelée. Vous ne survivrez que quelques minutes". Et si cela n'était pas assez dissuasif : "Courants dangereux. En basculant, les icebergs créent des vagues."
"Oooh, mais regardez-moi toutes ces mises en garde, les froussards !" s’exclame Wim Hof, en lisant le panneau. A 61 ans, ce barbu à la voix tonitruante affiche un enthousiasme et une énergie sans faille. Wim Hof est hollandais et son look est catastrophique. Ce jour-là, il porte un bermuda de surf, des sandales en caoutchouc et un t-shirt style Hawaï sous un léger coupe-vent flottant au vent. Moi, je suis tellement couvert que c’est à peine si je peux bouger les bras. Il fait environ 4°C degrés dehors, et le vent frappe fort. Plus loin sur la plage, des petits groupes de touristes qui ont bravé le mauvais temps semblent se blottir les uns contre les autres pour survivre.

En short à 7400 m sur l'Everest
Wim Hof, lui, est dans son élément. Ses exploits dans, sur et sous la glace sont si connus qu’on le surnomme Iceman, l'Homme de glace. Vous avez sans-doute déjà vu des photos de lui, plongé intégralement dans un bassin rempli de glace pendant près de deux heures ou courant en short sur les pentes de l’Everest - il a réussi à atteindre 7400 mètres mais il a dû rebrousser chemin avant d'atteindre le sommet en raison d'une blessure au pied. Il est également connu pour avoir gravi le Kilimandjaro en 31 heures – toujours en shorts - une ascension qui prend généralement une semaine pour permettre l'acclimatation à l'altitude. Chacun de ses exploits pourrait vous conduire direct la mort, mais la seule fois où Wim Hof a failli y passer, c’est en 2000, en Finlande. Il tentait alors une traversée sous la calotte glaciaire, 50 mètres sous un lac. Ses cornées ont gelé, ce qui a altéré sa vision, et il n'a pas pu trouver le trou de sortie. Il n’a dû sa survie qu’à l’intervention d’un plongeur.
Wim Hof se déshabille avec enthousiasme et se dirige vers le lagon. Il est ici pour filmer des vidéos promotionnelles pour sa société « Innerfire », et son équipe - trois hommes athlétiques, Peter Schagen, Thor Gudnason et Tahir Burhan - est chargée de matériel de prise de vue. Wim se tourne vers moi. "J'écris un nouveau livre, vous savez", dit-il à voix basse, comme s'il me confiait un secret. "Il s'intitule "Fuck Fear" ! (Baise la mort, ndlr) - Hof a en fait sorti un nouveau livre, mais son titre est "The Wim Hof Method" (la méthode Wim Hof : Activez votre plein potentiel humain). Puis il laisse échapper un grand éclat de rire et traverse la plage de lave noire à grands pas.
Wim Hof s'arrête un instant sur la rive et lâche : "Tu dois te jeter à l'eau, toi aussi aujourd'hui, ouais, ça va être top ! Ça va être sauvage ! On va chanter devant tout le monde ! Et on va arrêter toutes ces conneries et on va vivre, oui, c’est ça, vivre !" Wim Hof est particulièrement doué pour établir un contact visuel intense, comme s'il pouvait voir à travers l'arsenal de peurs et d'excuses pourries qu’on pourrait lui sortir. Et c’est précisément ce qu’il est en train de faire maintenant en me jaugeant. Je suis sauvé par Tahir Burhan, qui arrive avec deux étuis de guitare. Tahir et Wim sortent leurs guitares et se mettent à jouer. "Tu te souviens comment on joue... comme un enfant... ouah... c'est là que je veux aller, dans le flow", chante Wim Hof, entre deux rafales de vent glacé."
"Mais qui est ce dingue ?"
Peter Schagen signale que son drone est prêt , et Wim Hof pose sa guitare. Les touristes se sont rapprochés, attirés peut-être par la musique mais plus probablement par la vue improbable de ce type en short. La lagune n'est qu'à quelques degrés au-dessus du point de congélation ; en plongeant dans une eau dont la température est aussi basse, on a l'impression d'être à la fois choqué, piqué par des aiguilles et serré dans un étau. C'est une sensation que la plupart des gens tentent d'éviter. Mais si vous pouvez supporter l'immersion dans le froid - et y survivre - au-delà de la douleur, vient l'exaltation.
"Je sais bien que les gens se demandent : "Mais qui est ce dingue ?" , dit Wim Hof. "Mais nous devons ré apprivoiser le froid. Quelqu'un doit montrer que c’est possible." Il tend les bras comme s'il embrassait le monde entier, prend une grande respiration, expire et avance dans la lagune.
Il reste imperturbable, il n'a pas le souffle coupé. Il s’immerge lentement, puis se dirige vers un iceberg en forme d'enclume à environ 200 mètres au large. Un phoque lève la tête, le regarde et s’avance vers lui. Il n’a pas l’air de trop apprécier la présence de Wim qui l’a repéré et le salut pourtant d’un : "Salut, Johnny !". L’homme et le phoque se fixent pendant un moment, puis Wim, sans doute conscient de la futilité d’affronter un phoque, fait demi-tour jusqu'à la rive. Il est resté trente minutes dans l'eau. A sa sortie, sa peau est cramoisie. "C'est facile", dit-il en souriant. "Tu as toute la journée pour t’y mettre toi aussi." Il s'essuie alors avec une serviette, ne montrant aucun signe de refroidissement. "Qu’est-ce que je me sens bien ! », s’écrit-il !

Laird Hamilton, Gwyneth Paltrow, tous fans
Dans un monde accro au confort, il n'est pas facile de convaincre les gens que ce dont ils ont vraiment besoin, c'est de prendre des bains glacés - mais Wim Hof a réussi à le faire, s’imposant en héros de la contre-culture. Son message selon lequel la plupart de nos croyances autolimitantes sont fausses et que nous sommes capables de bien plus que ce que nous imaginons, a trouvé un réel écho. Il compte plus d'un million de followers sur Instagram, les stages qu’il organise dans le monde entier affichent toujours complets. Et il évangélise sans relâche sur un nouveau monde où santé et bonheur vigoureux seraient à portée de main, dès lors que nous nous nous libérerions des griffes d'un système qui nous rend malades ou nous affaiblit.
Le matin même, au petit-déjeuner, il tapait du poing sur la table : "Il est temps de changer ! Les gens attendent ! Il y a du travail à faire pour retrouver notre force vitale !" Cet enthousiasme - et cette vigoureuse démonstration matinale – sont de l'oxygène pur que diffuse Wim lors de ses interventions. Récemment encore il a formé un groupe de Navy SEALS à supporter l'eau froide. Parmi ses fans figurent Laird Hamilton, Joe Rogan, Tim Ferris, Dave Asprey, Russell Brand et même Gwyneth Paltrow, qui a récemment tourné une émission spéciale de Netflix avec lui. "Je pense que nous avons tous la capacité de faire des choses surhumaines", explique Laird Hamilton, qui pratique quotidiennement des exercices inspirés de Hof. "Wim fait partie de ces gars capables de vous montrer ce qui est possible."
11 millions de vues pour sa vidéo
Mais il n'y a pas que les célébrités et les athlètes professionnels qui soient attirés par Hof. Il touche aujourd’hui un public beaucoup plus large. Pas un jour sans qu’apparaissent sur Instagram des photos d’adeptes de Wim Hof plongés jusqu'au cou dans des bains de glace, se précipitant dans l'océan pour des plongées polaires, ou plantés, debout, sous des chutes d'eau glacées.
Un documentaire de Vice Media sur Hof a été visionné plus de six millions de fois sur YouTube ; une autre vidéo, sur la chaîne "Yes Theory", intitulée "Comme devenir surhumain avec Ice Man-Wim Hof" a été visionnée près de 11 millions de fois. Chaque année, le Hollandais organise quelques ateliers d'un ou deux jours, chez lui, du côté d’Amsterdam, et dans quelques spots à l’étranger, mais aussi des expéditions d'une semaine dans les montagnes près de Przesieka, en Pologne - où il possède une maison qui lui sert de camp de base - et à Morillo de Tou, en Espagne. Aujourd'hui, lorsqu'il part à l'assaut de montagnes enneigées, il entraine dans son sillage des groupes entiers d’adeptes. Signalons d’ailleurs à tous ceux qui ont un maillot et qui brûlent de tester la méthode d’Iceman, qu’il prévoit d’organiser une expédition au Kilimandjaro début de 2021, si l’évolution de la pandémie le permet. 600 instructeurs certifiés par Wim Hof offrent par ailleurs leurs propres ateliers. Ils ont tous été diplômés à l’issue d'un programme de formation de huit à dix mois, le cursus de la « Wim Hof Academy ». Plus accessible aux débutants en revanche, un mini-cours gratuit sur le site web du maître et des cours en ligne plus développés, dont les prix ont été réduits depuis l’épidémie de COVID-19, afin qu’un maximum de gens y ait accès. Tout cela pour dire que l'Iceman est à son zénith.
"Visualisez une boule de feu dans votre poitrine"
Comme le raconte Hof, ses exploits s’appuient pourtant sur un simple programme d'exercices de respiration, d'exposition au froid et de concentration mentale, connue sous le nom de « méthode Wim Hof ». La respiration est une hyperventilation contrôlée, effectuée en trois à six séries de 30 à 40 respirations profondes (inspiration forte, expiration détendue). Lors de la dernière respiration de chaque série, vous expirez et maintenez votre souffle pendant une à trois minutes avant de prendre une respiration de récupération et de la maintenir pendant 15 secondes. Comme dans d'autres disciplines de respiration rythmée comme le pranayama, le souffle de feu du Kundalini yoga ou la pratique de méditation bouddhiste tibétaine du toumo, il est courant que l'on soit alors parcouru de frissons, de se sentir comme étourdi et, disons-le, parfois franchement défoncé : certains ont ainsi rapporté avoir vu des taches et des étoiles, des lumières kaléidoscopiques et d'autres visions. C'est aussi un peu étourdissant, c'est pourquoi il est recommandé de pratiquer assis ou couché.
L'étape suivante est l'exposition au froid - Wim Hof a une prédilection pour les bains d’eau glacée, mais une minute seulement sous une douche froide suffirait pour que l'esprit panique, ce qui déclencherait une réaction de lutte ou de fuite. Le but, dit le Iceman, est de passer outre, de calmer votre voix intérieure pleurnicharde, de vous détendre et de vous concentrer sur la production de chaleur dans votre corps. "Visualisez une boule de feu dans votre poitrine", conseille-t-il. Entre temps, vous aurez inondé votre cerveau et vos cellules d'oxygène, relancé votre système vasculaire, produit des endorphines, pris le contrôle de votre esprit et vous serez pleinement plongé dans le moment présent. "C'est une réinitialisation complète du corps", dit Hof. Si ce régime ne permettait que d’augmenter notre capacité de résistance à un froid glacial, cela vaudrait déjà la peine. Or il semble qu'il fasse bien plus que cela.
Activer des doses d'opiacés et de cannabinoïdes
Au cours de la dernière décennie, des chercheurs de grandes universités ont étudié les pratiques de Wim Hof et ont pu constater qu’avec sa méthode, il pouvait contrôler sa propre température corporelle, son système nerveux et sa réponse immunitaire. Des découvertes qui soulèvent beaucoup de questions au sein de la communauté médicales, car les êtres humains ne sont pas censés être capables de faire tout cela.
Il est maintenant prouvé dans des publications scientifiques validées par des pairs que, entre autres choses, Wim Hof pouvait activer à volonté son "robinet corporel "d'opiacés et de cannabinoïdes - des substances chimiques qui provoquent l'euphorie, procurent un soulagement naturel de la douleur et un sentiment général de bien-être. Mais ce qui est plus intéressant encore c’est, explique Iceman, que s'il peut le faire, nous le pouvons, nous aussi. "Chacun a le contrôle de sa physiologie par sa psychologie", dit-il. "C'est une capacité innée. C'est comme si vous aviez un raccourci vers votre propre maison, mais que vous ne le connaissiez pas".
La tolérance au froid et le contrôle physiologique de Wim Hof seraient assez remarquables s'il était lui-même un Navy SEAL ou s'il avait une centaine de kilos de graisse corporelle isolante en plus. Mais il est plutôt mince - 1,80 m, 90 kg, avec juste un soupçon de ventre - et n'a pas de qualités athlétiques particulières, si ce n'est qu'il est un ancien grimpeur et qu'il est doté d’une souplesse étonnante due à des années de pratique du yoga. Reste que pouvoir mettre un pied derrière la tête ne vous garantit pas de courir un semi-marathon au-dessus du cercle arctique en slip de bain. Wim Hof serait-il donc une sorte de mutant génétique ? Comment peut-il éviter les gelures, une hypothermie invalidante ou pire encore ? Quel est le secret derrière tout ça ?

Passionnant en temps de Covid-19
Jusqu'à présent, les études scientifiques sur les bénéfices santé de l'exposition au froid ne sont pas vraiment concluantes. Mais il y a de plus en plus de preuves qu'elle contribue au bien-être général en revigorant le métabolisme, en réduisant l'inflammation, en soulageant la dépression et en renforçant le système cardiovasculaire, entre autres avantages. Et la méthode de Wim Hof, qui y ajoute des exercices de respiration, pourrait apporter d'autres avantages encore.
"La combinaison d’exercices de respiration et de plongées en eau glacée est très efficace", déclare Kevin Davison, un médecin naturopathe de Maui spécialisé dans la médecine régénérative. "Dans un premier temps, vous augmentez ainsi le flux lymphatique dans la respiration. Puis cela recrute des lymphocytes et des cellules tueuses naturelles dans le sang - ce sont ces cellules qui sont à la recherche de bactéries, de virus et d'agents pathogènes envahissants. Et le froid les fait avancer plus encore. Ainsi, tout votre système passe au niveau supérieur de protection immunitaire." Passionnant, à l’heure où le Covid-19 se répand dans le monde entier
Je me suis rendu en Islande à l'automne dernier pour passer un peu de temps avec Wim Hof et l'observer sur le terrain parce que, comme tant d'autres, je suis intrigué par ses théories. Voilà un type qui bouscule toutes les règles de la santé et du bien-être, et forcément, c’est intrigant. Tandis que d'autres sexagénaires jouent au bridge et se plaignent de douleurs aux hanches, Wim Hof s'entraîne, lui, à se suspendre par le doigt entre deux montgolfières. Dans le monde de Wim, travailler et s’amuser, c’est du pareil au même. Son mantra : Faites ce que vous aimez, avec les gens que vous aimez. Aimez tout le monde, même les pires connards de la société. La nature est tout, votre inspiration et votre carburant. "Si vous faites confiance aux messages de la nature, la nature vous fera confiance en tant que messager", dit-il simplement. À la fin de chaque journée, prenez du bon temps, dégustez un bon repas avec vos amis, votre famille, beaucoup de musique et de rires. Ce qui serait vraiment fou pour lui, ce serait de devoir fonctionner à bas régime, d'être un peu malheureux, de se sentir un peu minable et de penser que c'est tout ce que la vie a à lui offrir. "Je n'ai pas peur de mourir", dit-il. "J'ai peur de ne pas vivre."
A 17 ans, il part en Inde
Il se trouve que la vie de Wim Hof s'est presque terminée avant d'avoir commencé. Sa mère n'attendait pas de jumeaux, et pourtant il était là, toujours coincé dans le ventre de sa mère après la naissance de son frère André. "J'ai failli ne pas en sortir à temps", raconte-t-il. "Je crois que cela m'a marqué. J'ai toujours été différent". Élevé aux Pays-Bas, son truc, c’était de fouiller, de faire des recherches. À 12 ans, il lit des livres sur la philosophie ésotérique et le bouddhisme zen, pratique le yoga et apprend tout seul la méditation. À 17 ans, il quitte l'école et part pour l'Inde, à la recherche de... quelque chose. De retour au pays, il saute dans un canal d'Amsterdam un jour d’hiver glacial et se rend compte qu'il aime cette sensation : la montée d'adrénaline, le choc, le sentiment d’être réellement présent, l'étrange élasticité du temps. Il a commencé à faire des plongées glacées tous les jours et à s'adonner à des exercices de respiration ; il a remarqué en effet que la réaction naturelle de son corps était de haleter lorsqu'il touchait l'eau glacée. Au cours de ses séances de yoga, il avait fait l'expérience de la puissance du travail de la respiration, il a donc répété le souffle réflexif pour en tester les effets. Rien de très nouveau dans cette approche, familière à n'importe quel plongeur en apnée - mais Wim Hof a fini par discerner les meilleurs intervalles pour la tolérance au froid. "C'était instinctif", se souvient-il. "Si vous respirez profondément, vous devenez plus fort dans cet environnement très hostile. Et on apprend qu’on peut y rester de plus en plus longtemps."
Dès lors, Wim Hof avait trouvé son maître, celui qui allait le guider, "impitoyable mais juste" : le froid. Parfait mais il fallait qu'il gagne sa vie. Il s’était en effet marié avec la charmante Olaya, et ils avaient fondé une famille à Amsterdam. "Pour survenir à nos besoins, j'ai fait toutes sortes de choses", dit-il. "J’ai été facteur, tour-opérateur, écrivain. J’ai travaillé comme ouvrier dans le port, comme jardinier, guide de montagne, prof de yoga … ». Ce n'était pas une vie que l'on pourrait qualifier de très cadrée, or sa femme était sujette à de sombres crises de dépression. Mais Wim tenait bon. Jusqu'au jour où, en 1995, Olaya s’est suicidée en sautant du haut d'un immeuble de huit étages.
Traiter des maladies auto-immunes
"C'est là que tout a commencé", raconte Wim Hof. Pas le choix pour lui de s'effondrer de chagrin ; il se retrouvait seul à élever ses quatre enfants, deux filles et deux garçons, tous âgés de moins de 12 ans. Hof continuait à travailler sa respiration, et à se geler. "J’ai touché le fond puis j'ai refait surface », dit-il. Les gens ont commencé à remarquer ce drôle de type, toujours plongé dans la glace. La presse s’est intéressée à lui, on l’a vu faire ses expériences à la télévision, et expliquer qu’il pouvait réguler non seulement sa température corporelle mais aussi d'autres fonctions autonomes. "Et puis les scientifiques sont intervenus ", se souvient-il. "Ils m'ont invité à passer des tests."
Au fil des ans, Wim Hof a joué à plusieurs reprises le rôle cobaye, dans le but d'obtenir des preuves convaincantes de l'efficacité de sa méthode. Les résultats ont été impressionnants. Dans l’une des études, on lui a injecté une toxine E. coli bactérienne qui provoque de la fièvre, des nausées, des maux de tête, des frissons, etc. Lorsqu’il a passé ce test et n'a montré pratiquement aucun symptôme de type grippal, il a laissé les médecins stupéfaits. Il semble qu'il ait été capable d'inonder son corps d'adrénaline pour éviter les effets toxiques. "Cela nous a semblé totalement impossible", a déclaré Matthijs Kox, professeur adjoint de médecine intensive au centre médical universitaire de Radboud aux Pays-Bas, lors d'un entretien après la publication de l'étude. Les chercheurs ont supposé que Wim Hof était une anomalie physique. Mais il leur a prouvé le contraire, en formant un groupe de douze volontaires pour réaliser la même expérience. "Ces résultats pourraient avoir des implications importantes pour le traitement de conditions associées à une inflammation excessive ou persistante, comme les maladies auto-immunes", ont écrit Matthijs Kox et ses co-auteurs dans un article publié en 2014 sur cette expérience dans les Actes de l'Académie nationale des sciences.
"Nous devons évoluer dans nos convictions sur les possibilités du corps humain", explique Wim Hof. "Vous êtes votre propre médecin. Vous avez votre propre pouvoir. Or les gens pensent que ce sont des conneries de hippie. Voilà pourquoi je collabore avec les scientifiques. »
"Nous confondons confort et bonheur"
Au cours de l'après-midi passée avec Wim Hof, nous avons parcouru tous les spots glacés imaginables pour les besoins de son tournage. Icebergs, champs de glace, blocs de glace, grottes de glace, lacs glacés, ruisseaux glacés, lagunes remplies de glace. "On peut choisir n'importe quoi ici ?" demande joyeusement Wim. "Merde ! Je suis comme un gosse dans une magasins de bonbons ! Je ne sais pas quoi choisir, je veux tout tester ! « . Il médite dans la position du lotus sur une plaque de glace, générant tellement de chaleur corporelle que lorsqu'il se relève, la glace a profondément fondu là où il était assis quelques minutes plus tôt.
Nous voyageons dans un gros van conduit par Thor Gudnason, le premier instructeur islandais certifié Wim Hof, un local qui connaît bien le coin et conduit comme un fou sur la route verglacée. Ce qui n’empêche pas Wim de faire pivoter son siège pour nous assener de profonds commentaires spirituels : "Dans cette société, nous pensons trop. Nous devons retrouver nos sens ! La spiritualité est ici et maintenant", s'exclame-t-il.
L'un des thèmes de prédilection de Wim Hof est que nous nous sommes laissés déconnecter de la nature et que nous sommes devenus trop dépendants de la technologie, ce qui nous a fait perdre le contact avec nos capacités primaires. Nous nous sommes affaiblis, nous avons confondu confort et bonheur, et maintenant nous sommes assaillis de troubles de l'humeur, de dépendances, de dépression, de maladies et de toutes sortes d'autres maladies. Il souligne que rien de tout cela n'arrive en dehors de nous, infligé par des forces qui échappent à notre contrôle ; cela provient d'un déséquilibre en nous-mêmes que nous pouvons corriger à volonté. Il s'agit simplement de décider de le faire. "Devenir puissant à la base - ne pas être secoué, confus, ceci ou cela – On n’a plus d'excuse", affirme-t-il
En inversion au bord du glacier
Nous descendons du van. Wim est toujours vêtu d'un short, de sandales, et d’un t-shirt rose tout propre. Ses cheveux mouillés sont ramenés dans un catogan, et pour une raison étrange, il porte un sac en tissu bleu marine sur la tête en guise de couvre-chef. En quittant la piste, nous croisons un groupe d'alpinistes en vestes polaires, pantalons de snow, casques, crampons et harnais, cordes et piolets. Un vrai contraste avec la tenue de Wim .
Nous pénétrons plus avant dans le glacier en suivant une ligne de crête. Un kilomètre plus bas, des tessons bleus de glace jaillissent d'une rivière limoneuse, alignés sur des kilomètres comme les marcheurs de l'armée du Roi de la nuit. Wim Hof s'arrête pour faire quelques poses d'inversion de yoga sur un bras, au sommet d'un rocher géant perché au bord d'un ravin. Il se balance dans une position si précaire que je dois détourner le regard.
Ce n'est pas la première fois qu’il me fait tressaillir de peur à le voir tenter les choses les plus invraisemblables. Mais jusqu'à présent, aucun de ses stagiaires ne s'est jamais retrouvé en arrêt cardiaque après avoir sauté d'un pont de 6 mètres dans un ruisseau à 0 degrés, ou n'a perdu un doigt dans le blizzard, ou ne s'est évanoui d'hypothermie, mais avec lui on a le sentiment d’être toujours dans des situations borderline. Dans sa vidéo de la "Yes Theory" (la théorie du oui ), l'un des animateurs semble avoir une légère crise d'épilepsie pendant les exercices de respiration, mais il en ressort en riant. Wim Hof surveille les gens de près et insiste sur ses règles de sécurité : n'appliquez jamais la méthode quand vous êtes dans l'eau ou si vous êtes épileptique, enceinte ou âgée de moins de 16 ans. Consultez d'abord un médecin si vous avez des problèmes médicaux. Augmentez lentement l'exposition au froid et, dans l'idéal, entraînez-vous avec un copain.
"Ici, la glace veut te dévorer"
Avant de partir, Wim Hof ne peut pas résister à un dernier plongeon parmi les icebergs. L’un d’entre eux est énorme et ressemble à l'Opéra de Sydney ; un plus petit rappelle une dent de requin géante. Il s'y aventure et nage derrière la dent, disparaissant ainsi de notre vue. Mais il est vite de retour sur la rive. Quelque chose dans ses yeux suggère que ça n'a pas été si facile, même pour lui. Sa peau est comme brûlée. Il s'habille à la hâte, dans un silence inhabituel, pendant que ses assistants se hâtent de préparer notre retour.
Wim Hof et moi nous tenons sur la rive et les observons entrer dans l'eau. Burhan n'a fait que patauger jusqu'aux genoux et semble choqué, lui aussi. Quant. à Gudnason et Schagen, ils font un court aller-retour à la nage. "L'eau est froide ici", note Hof. "Plus froide que dans la lagune de glace ce matin ?" "Oui, je pense ", dit-il. "Ici, elle veut te dévorer." Il fait un signe de respect aux icebergs. "Ce sont des êtres étranges quand on s'en approche", dit-il. "Tout à fait mystique. Leurs couleurs sont comme des milliers de diamants. Quand vous vous approchez, ce ne sont que diamants sous vos yeux."

450 adeptes prêts à se jeter dans l'eau glacée
Nous voilà à Reykjavik, ce matin-là. Un jour gris et dégoulinant, balayé par un vent violent soufflant de l'Atlantique Nord. Mais les gens qui se rendent au Harpa Concert Hall and Conference Center ne semblent pas remarquer le froid. Pourquoi le feraient-ils ? Ce n’est rien par rapport à ce qui les attend. La journée va être consacrée à "l'expérience Wim Hof", un atelier dont le point culminant est que chacun d'entre nous - les 450 personnes présentes - se plonge dans l'eau glacée avec Iceman lui-même.
La foule est composée à 70 % d'hommes, 80 % de jeunes et 100 % de personnes que vous souhaiteriez avoir dans votre équipe pendant l'apocalypse. Les descendants des Vikings sont calmes et ont l'air de guerriers, mais surtout, ces gens ont l'air heureux. Je croise Gudnason, qui attend la livraison de trois tonnes de glace, qu’il s’apprête à jeter dans des baignoires gonflables. Il porte un T-shirt avec l'inscription "Ice Crew" dans le dos. "Nous sommes un petit pays, mais Hoffing est de notre sang", me dit-il. D'après ce que j'ai vu, c'est certainement vrai, mais quand il s'éloigne, je me demande s'il est aussi dans le mien. Je suis canadienne, donc je devrais être génétiquement « hivérisée », mais deux décennies d'entraînement à la natation tôt le matin - plongée dans des piscines glaciales dans l'obscurité de l'aube - m'ont laissé si peu encline au froid que j'ai fini par déménager à Hawaï. Je n'ai jamais rencontré un jacuzzi que je n'aimais pas. Je suis la dernière personne à laquelle on fera croire qu’il n’y a rien de mieux qu’un bain glacé.
Dans le hall, je rencontre Laura, l'une des deux filles de Wim Hof, une jeune femme de 33 ans, sereine, cheveux blonds aux épaules. L'entreprise de Wim est une affaire de famille. Laura est la directrice de l'événement ; Le fils aîné de Wim, Enahm, 37 ans, en est le PDG. Leur sœur Isabelle, 35 ans, dirige l'académie de formation ; Michael, le plus jeune, 31 ans, est répertorié sur le site web comme "résident problem solver" (chargé de résoudre tous les problèmes, ndlr). Même Zina, le chien de Hof, a une place dans la liste. Le Hollandais a également un fils de deux ans avec sa partenaire, Erin, une Australienne rencontrée en Pologne, et un fils de 15 ans issu d'une ancienne relation. "Nous nous aimons", dit Hof à propos de son clan. "Le vrai amour, pas les conneries sentimentales."
"Les systèmes qui nous exploitent, c'est fini !"
Dans l'auditorium - un cube de verre avec des plafonds et des murs caverneux éclairés comme des aurores boréales - les gens prennent place. Après une brève introduction et beaucoup d'applaudissements, Wim Hof entre en scène. Il est pieds nus, porte le même short et le même T-shirt que sur le glacier, et une toque en laine. "Après l’expérience d’aujourd'hui, vous serez capable d'aller au plus profond de votre cerveau et de réguler votre humeur et vos émotions pour le reste de votre vie, dans n'importe quelle situation", dit-il au public. "Vous ne serez plus submergé par le stress. Et si vous pouvez faire cela, vous pouvez tout faire ".
Wim Hof a déjà mentionné qu'il n'écrivait jamais de scénario pour ses apparitions, et il est évident que son discours est totalement libre, truffé de dizaines de jurons. Certaines de ses affirmations scientifiques semblent un peu simplistes - "Vous pouvez faire entrer plus d'activité neuronale par la respiration" - mais la foule est ravie. "De quoi avez-vous besoin si vous êtes heureux ? Si vous êtes en bonne santé ?" demande-t-il en faisant de la rhétorique et en arpentant la scène. "L'argent nous rend fous. Plus, plus, plus, plus, toujours plus. Rendez les gens malades et vous en tirerez un max de tunes ! Les systèmes sont obsolètes ! Les systèmes qui exploitent, polluent et rendent les gens insensibles - c'est fini ! C'est fini ! Il ne s'agit plus que d'attendre que tout ça s'effondre". Wim Hof arrête de faire les cent pas et pointe un doigt. "Je pense que le réveil est imminent. Il arrive. L'humanité commence à réaliser que tout ça, ce n’est que conneries sur conneries."
"L'industrie pharmaceutique nous fout en l'air!"
Puis il invite des gens à monter sur scène pour témoigner. Thor Gudnason passe en premier. "Je porte le nom du dieu du tonnerre, Thor", commence-t-il. "Mais il y a quelques années encore, je ne me sentais pas très puissant. J'avais toujours sur moi trois inhalateurs, des médicaments contre le TDAH (Trouble du déficit et de l’attention, ndlr) et des pilules contre les allergies. Je n'en utilise plus aucun aujourd’hui. Je n'en ai plus besoin." Musclé, le crâne rasé, une barbe poivre et sel et des yeux qui semblent pouvoir percer le métal : on a vraiment du mal à l'imaginer en homme faible. À Reykjavík, il possède un gymnase le « Primal Iceland ».
La suivante est Lea Galgana, une jeune Islandaise avec une longue queue de cheval brillante. Elle est aussi visiblement athlétique et rayonne de santé. "Il y a 18 mois, j'ai été hospitalisée pour une fibromyalgie", dit-elle. "J'avais des béquilles. Je pouvais à peine marcher. Je ne pouvais pas m'asseoir. Aucun médicament contre la douleur ne fonctionnait. J'avais donc besoin de trouver quelque chose de nouveau". Après avoir adopté l'entraînement de Wim Hof et senti ses symptômes s'atténuer, Galgana est restée assise dans un bain de glace pendant 42 minutes, un nouveau record national. "J'ai pu arrêter tous les médicaments", dit-elle en souriant. "Moi qui détestais le froid ! Alors, si je peux le faire, tu peux le faire». Quarante-deux minutes dans l'eau glacée ! Pas de médicaments !" , répète Wim Hof. La salle éclate en applaudissements.
"Nous avons, plus de 50 000 témoignages de personnes qui ne pouvaient pas être traitées avec les thérapies habituelles – aujourd’hui, elles sont complètement guéries", m’expliquera Wim Hof plus tard. "On me dit que je ne devrais pas trop dire ces choses à cause de l’industrie pharmaceutique et alimentaire, elles sont très puissantes, c'est elles qui nous foutent vraiment en l’air ! Mais c'est fini, les gars ! C'est fini. On ne gobe plus leurs trucs maintenant. On est déjà des millions à plus gober tout ça. Mais il faut qu’on devienne au moins un milliard."
"Je sens l'effet des endorphines"
Après une présentation médicale et une explication du fonctionnement de la méthode de Hof par Bart Biermans, médecin et instructeur du programme, il est temps d'essayer. Nous faisons les exercices de respiration ensemble dans l'auditorium, guidés par un minuteur projeté sur un écran - six séries de 40 respirations. Certaines personnes restent assises, mais d'autres, dont moi, sont allongées au sol. L'expérience est intense, et à la fin, j’ai la tête qui tourne, j'ai des picotements et je sens l’effet des endorphines. J'aime beaucoup cette sensation.
Tous ensemble, nous nous mettons en maillot et nous filons dehors, où trois piscines gonflables pour enfants nous attendent. Ces bassins ont environ un mètre de profondeur, chacun peut accueillir une quinzaine de personnes, et ils sont si remplis de glace qu'on ne voit pas l'eau. Wim Hof a établi le protocole : pas d'hésitation, pas de gémissements, pas de pleurnicheries. Quand c'est à votre tour d'entrer, vous vous asseyez assez bas pour que la glace vous touche le menton, et vous restez là pendant deux minutes, utilisant votre souffle pour vous dominer. "Le froid est un miroir pour vous réveiller à votre propre pouvoir !" crie-t-il. "C’est vous le boss de votre esprit et de votre corps !".
On ne peut pas dire que se plonger dans un bain de glace soit vraiment marrant, mais c'est palpitant. Je ressens la puissance du froid mais d'une certaine manière, je parviens à m’en détacher - probablement parce que je suis gorgé d'adrénaline et que j'ai passé les 30 dernières minutes à crier et à frapper des mains à l'unisson avec des centaines d'autres adeptes. Je contemple la scène avec un certain recul, mes pensées sont calmes et je fredonne bruyamment. Chaque fois que l'envie me vient de sortir de l'eau, j’écarte cette impulsion.
"Je suis vivant", s'écrit mon voisin
La sensation de brûlure au niveau des mains et des pieds me gêne un peu mais elle n’est pas insupportable ; les deux minutes filent comme un éclair. "Je suis vivant !" rugit un gars à côté de moi. Mon groupe se lève, nous sommes tous aussi rouges comme des crevettes. J'ai immédiatement envie de refaire l’expérience - oui, en fait, j'en meurs d’envie. Le bain de glace est une expérience intense, aucun doute ! Un vrai shoot d’adrénaline qui réveille à fond l’esprit servi avec un cocktail des meilleurs produits chimiques que puisse produire votre corps. Maintenant que j'en ai fait l'expérience, je suis convaincue. Et je dois dire que cette conviction ne s’est pas atténuée avec le temps : dans les mois qui ont suivi mon séjour en Islande, j'ai continué à pratiquer la méthode de Wim Hof, en installant un bain de glace dans mon jardin.
Nous passons quelques minutes à nous étreindre et à faire des high-five, à déambuler pieds nus sur le ciment incrusté de neige fondue. Personne n’aura manqué de relever le défi. Tout le monde a l'air de s'éclater. Wim Hof nous observe, souriant comme le chat du Cheshire, puis il appelle un autre groupe à se jeter dans la glace.
Article initialement publié le 19 octobre 2020, mis à jour le 19 janvier 2022.
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