Barbara Zangerl, aka « Babsi », collectionne les premières ascensions féminines depuis des années, aussi bien en bloc qu'en big walls. Une polyvalence qui lui a valu d’être nommée « aventurière de l'année » par National Geographic en 2019. Et qu’elle n’a eu de cesse de compléter depuis. Ce week-end, la grimpeuse autrichienne vient, avec son ascension « flash » de « Freerider (7c+) », la voie choisie par Alex Honnold pour son solo intégral en 2017, de définitivement inscrire son nom dans l’histoire de l’escalade.
« It goes boys » (« c’est bon les gars, vous pouvez y aller ») prononçait l’Américaine Lynn Hill le 19 septembre 1993, à la libération de The Nose, une voie mythique sur El Capitan. Presque trente ans plus tard, Barbara Zangerl peut dire de même. Puisque la grimpeuse autrichienne vient de réaliser une performance d’ampleur. L’ascension « flash » (à la première tentative, sans jamais tomber, et sans jamais avoir eu des informations sur cette voie) de « Freerider » (7c+ max). Libérée en 1998 par les frères Huber, ce big wall de 1000 mètres a été mis en lumière par Alex Honnold, qui l’a gravi en solo intégral, en juin 2017.
Avec cette ascension, Barbara Zangerl est devenue la première personne, homme et femme confondus, à gravir « flash » une voie sur El Capitan. D’autres grimpeurs s’y sont pourtant essayés. Et pas des moindres. On se souvient notamment qu’en 2014, Pete Whittaker avait frôlé l’exploit dans « Freerider », en vain. Autres tentatives notables : celles d’Adam Ondra sur « Salathe Wall » en 2018, de Leo Houlding en 2005 ou de Yuji Hirayama en 1997. Tous avaient échoué de peu pour accomplir l’exploit d’une ascension « flash » ou « à vue ». À noter que le compagnon de cordée de Barbara Zangerl sur ce projet, Jacopo Larcher, une référence dans le monde de l'escalade traditionnelle, a manqué de peu le « flash » après une chute dans la voie.
« J’ai eu l’impression de redevenir débutante »
Barbara Zangerl, aka « Babsi » est née au pied des pistes d'Arlberg, dans le Tyrol, en Autriche. Deuxième d'une fratrie de cinq enfants, elle débute la grimpe en salle, à l’âge de 14 ans, avec son frère. Très vite, la grimpeuse met le nez en extérieur, via le bloc, discipline qui va très vite devenir sa spécialité. Elle va rapidement faire sa place parmi les meilleures mondiales. Puisqu’en 2008, à seulement 19 ans, elle vient à bout de « Pura Vida », un 8A+/B à Magic Wood, en Suisse. C’est la première femme à atteindre ce niveau à l’époque.
Une hernie discale, survenue à la suite de chutes répétées en bloc, va ensuite l’éloigner de la grimpe. Barbara Zangerl se tourne alors vers l'escalade sportive, une discipline moins impactante qui exige toutefois bien plus d'endurance. « J’ai eu l’impression de redevenir débutante », se souvient-elle Zangerl. « C'était un sacré challenge ! ». Là-aussi, elle va exceller, réalisant de nombreuses premières ascensions féminines : « Speed Integrale » (9a), « Everything is Karate » (8c+/9a), « Sprengstoff » (9a).
Des premières ascensions féminines à la pelle
S’en sont suivis d’innombrables big walls en tous genres. Parmi les réalisations les plus marquantes de la grimpeuse autrichienne, on note la « Trilogie Alpine », qu’elle est la première femme (et la 4e personne) à boucler, en 2013. L’idée ? Enchaîner trois grandes voies mythique dans les Alpes (« Silbergeier », 8b+, en Suisse ; « Der Kaiser's Neue Kleider », 8b+, en Autriche et « End of Silence », 8b+, en Allemagne). Toutes étant réputées aussi bien pour leur dangerosité que leur difficulté.
C'est donc avec une solide expérience qu'elle s'est attaquée à El Capitan, dans le parc national du Yosemite. Désormais accompagnée de Jacopo Larcher, son compagnon, une autre grande figure de l'escalade, Barbara Zangerl va réaliser de nombreuses ascensions féminines sur ce mythique big wall américain. Dont « El Nino » (8a+), « Zodiac » (8b) et « Magic Mushroom » (8b+). Cette dernière étant, au moment de leur ascension, la voie la plus difficile d'El Capitan après « The Dawn Wall ».
« La plupart du temps, avec Jacopo, on se challenge et on se soutient mutuellement pour donner le meilleur de nous-mêmes » raconte-t-elle. « Une émulation très positive. En big wall, je n'aurais confiance en personne d'autre. Avec lui, j'ai moins peur et je prends probablement plus de risques ». Les deux ont fait cordée pour la première fois sur un big wall dans les Dolomites. Une aventure mémorable puisqu’ils ont passé toute une nuit à descendre en rappel sur de vieux pitons rouillés.
« Toujours essayer. Parce qu'on ne sait jamais vraiment dont on est capable »
Parallèlement à cela, la grimpeuse se lance dans des grandes voies alpines. En faisant la première répétition de la voie la plus difficile de l'Eiger, « Odyssee » (8a+), et en haute altitude, dans le Karakoram. Là-bas, sur la Tour sans Nom, une face de 1300 mètres située à plus de 6000 mètres d’altitude, elle signera la première répétition féminine d’ « Eternal Flame » (7c+), en 2022.
Barbara Zangerl va également inscrire son nom dans l’histoire de l’escalade traditionnelle. Avec les premières ascensions féminines, en 2014, de « Prinzip Hoffnung » (8b+), l'une des voies de trad les plus dures à l'époque, de « Achemine » (8b), « The Path » (8b+), « Greenspit » ou encore du « Voyage ». Et en atteignant le sommet de « Magic Line » (8c+), en octobre dernier, la grimpeuse autrichienne a frappé un grand coup. Puisqu’elle est devenue la première femme à réaliser le « Yosemite Double ». Un enchaînement de deux voies de trad les plus difficiles du parc national américain. Une performance accomplie jusqu’alors par Carlo Traversi et Connor Herson seulement.
Malgré son sacré CV, qui a de quoi en faire rêver plus d’un dans le monde de l’escalade, Barbara Zangerl n’a jamais lâché son métier de manipulatrice en électroradiologie. Un équilibre qui permet de couper avec la vie sur les parois. Et de conserver une motivation intacte. Sa philosophie ? « Toujours essayer. Parce qu'on ne sait jamais vraiment dont on est capable ».
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