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Karl Bushby NatGeo US Walk
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Après 28 ans à marcher autour du monde, Karl Bushby de retour en Angleterre : « À 57 ans, je vais me retrouver chez ma mère, sans rien »

  • 7 octobre 2026
  • 8 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Les marécages du Darién, le détroit de Béring, la Sibérie, 300 kilomètres dans la mer Caspienne et, finalement, la Manche : en 28 ans, Karl Bushby a pratiquement tout franchi pour rentrer chez lui sans utiliser de transport motorisé. Parti en 1998, le Britannique - 57 ans maintenant, il en avait 29 à son départ - a enfin retrouvé son pays lundi. Mais pas encore sa maison. Il lui reste 400 kilomètres à pied jusqu'à Hull, au nord-est de l’Angleterre, où habite sa mère. Une ultime étape sans banquise, jungle ni frontière hostile, mais dans un pays qu'il ne connaît pratiquement plus.

Lundi 5 octobre, Karl Bushby a posé le pied sur une plage de Douvres, après trois jours et une vingtaine d'heures passées dans la Manche. Un retour au Royaume-Uni qui ne marque pas encore la fin de son extraordinaire voyage commencé en 1998. Pour le Britannique de 57 ans la ligne d'arrivée se trouve maintenant à quelque 400 kilomètres au nord, devant la maison de sa mère, à Hull, dans le Yorkshire de l’Est. Après avoir traversé quatre continents, échappé aux groupes armés, aux narcotrafiquants du Darién et affronté jusqu’à -68 °C de température ressentie sur les glaces mouvantes du détroit de Béring, l'aventurier attaque donc l'une des parties les moins spectaculaires, mais peut-être les plus troublantes de son périple : rentrer chez lui à pied dans un pays qu'il n'a pas foulé depuis 28 ans. À son départ, il pensait boucler l’affaire en douze ans !

Il est 15 h 30, lundi 5 octobre, lorsque Karl Bushby sort de l'eau sur Shakespeare Beach, au sud de Douvres, dans le Kent. Son père, Keith, ancien membre du SAS, son frère Adrian et d’autres membres de sa famille et amis l'attendent sur la plage. Werner Herzog aussi. Le cinéaste allemand - réalisateur notamment d’Aguirre, la colère de Dieu et de Fitzcarraldo - réalise actuellement un documentaire sur son aventure, Walk of Life. Il est venu filmer ce moment que Karl attend depuis près de trois décennies.

À 57 ans, l'ancien parachutiste britannique vient de retrouver son pays après quelque 50 000 kilomètres parcourus depuis son départ de Punta Arenas, à l'extrême sud du Chili, le 1er novembre 1998. Il vient surtout de franchir le dernier obstacle géographique majeur de la Goliath Expedition, la Manche. Faute d'avoir obtenu l'autorisation de traverser à pied le tunnel sous la Manche, l’aventurier a dû finalement se jeter à l'eau, lui qui confiait encore récemment au Times que la natation n'était vraiment « pas son truc ». Il a donc nagé sur le dos, en combinaison, équipé de plaquettes et d'un système de flottaison. Et ce pendant environ vingt heures réparties sur trois jours. Il s’est octroyé quelques périodes de repos et des nuits à bord de son bateau d'assistance. Le vent l'aura malmené, mais les courants l'ont parfois aidé aussi. Le Britannique estime avoir effectivement nagé environ 28 kilomètres avant de rejoindre Shakespeare Beach, dans le Kent. « Ça fait du bien d'avoir de nouveau le sol britannique sous les pieds après toutes ces années », a-t-il déclaré après son arrivée. Un accomplissement, mais Karl Bushby n'a toujours pas atteint son but final.

Karl Bushby
(Karl Bushby / NatGeo US Walk)

Deux règles, et pas question d'en changer si près du but

Pour comprendre pourquoi, il faut revenir aux deux règles qu'il s'est imposées en 1998 : ne jamais utiliser de moyen de transport pour progresser sur son itinéraire et ne rentrer chez lui que par ses propres moyens. Le point final de ce qu’il a baptisé sa « Goliath Expedition » n'est donc ni la côte française, ni la Manche, ni même le premier mètre de terre britannique, c’est la maison familiale de Hull, dans le Yorkshire de l'Est, où vit toujours sa mère, Angela, 75 ans. Elle a d’ailleurs prévenu qu’elle ne viendrait pas l’attendre sur la côte, elle veut être chez elle lorsqu’il franchira enfin le seuil. Entre Douvres et cette porte, il lui restait donc lundi environ 250 miles, soit 400 kilomètres. À l'échelle des quelque 50 000 kilomètres déjà parcourus, c’est presque dérisoire, moins de 1 % de l'expédition. Mais pour un homme de 57 ans qui vient de passer vingt heures dans la Manche et marche depuis près de trois décennies, ce n'est pas tout à fait une formalité. Il marche désormais avec une légère boiterie et ne sait même plus combien de paires de chaussures il a usées. « My body's telling me it's time to get this done », confiait-il fin septembre au Financial Times. Autrement dit, son corps lui dit qu’il est temps de mettre un terme à l’aventure et de rejoindre Hull.

Karl Bushby
(Karl Bushby / NatGeo US Walk)

Combien de temps pour parcourir les derniers 400 km ?

Bushby s'était fixé un objectif, arriver chez lui le 1er novembre, soit exactement 28 ans après son départ de Punta Arenas. À raison de 25 à 30 kilomètres par jour, rythme qu’il a souvent tenu au cours de son expédition, 400 kilomètres représentent environ deux semaines de marche effective. La BBC estime désormais qu’il devrait atteindre Hull début novembre. Mais rien n'oblige Bushby à aller aussi vite. D’autant qu’une autre difficulté, nettement plus agréable, risque de ralentir sa progression, l’énorme intérêt médiatique suscité par son retour. En moins de 48 heures, son arrivée a déjà été reprise par la BBC, ITV, The Times, l’AFP et des dizaines de médias internationaux. Aux interviews qu’il ne va pas manquer de donner, s’ajoutent la fin du tournage de Walk of Life, le documentaire de Werner Herzog, les rencontres et la fatigue accumulée. ITV annonce plus prudemment une arrivée à Hull « dans le mois ». D'autant que pour Bushby, il ne s'agira pas simplement d'avaler des kilomètres.

Karl Bushby
(Karl Bushby / NatGeo US Walk)

Retrouver, à pied, l'Angleterre de 1998

Le marcheur compte en effet refaire en sens inverse, avec son chariot chargé de matériel, baptisé « The Beast II », le trajet britannique qu'il avait emprunté en 1998 avant de s'envoler vers le Chili. Un parcours qu’il risque d'avoir du mal à reconnaître. Lorsqu'il a quitté le Royaume-Uni, Tony Blair était Premier ministre. Google venait tout juste d'être créé. Le premier iPhone n'apparaîtrait que neuf ans plus tard. Facebook n'existait pas, pas plus que YouTube, Instagram ou TikTok. Le Royaume-Uni faisait partie de l'Union européenne et l'euro n'existait pas encore sous forme de pièces et de billets. Depuis son départ, Bushby a vu se succéder huit Premiers ministres britanniques sans jamais remettre les pieds dans son pays. Ironie de l’histoire, celui qui avait quitté l’Angleterre bien avant l’apparition des réseaux sociaux y revient désormais en partie grâce à eux : il explique être régulièrement reconnu dans la rue. Ses comptes Instagram, TikTok, Facebook et YouTube sont devenus l’un des principaux moyens de suivre sa progression.

L'homme qui revient aujourd’hui n'est évidemment plus non plus celui qui était parti. Bushby avait 29 ans lorsqu'il s'est lancé depuis Punta Arenas. Il en a maintenant 57. Même Hull, son point fixe depuis le premier jour de l'expédition, a changé. La ville a été désignée capitale britannique de la culture en 2017 et a connu d'importantes transformations urbaines. Son fils Adam, aujourd'hui âgé de 36 ans, s’attend d’ailleurs à ce que le véritable choc culturel commence maintenant. Interrogé par British GQ, il estime que son père risque d’être surpris par « how much it’s changed », évoquant notamment la manière dont fonctionnent désormais les choses, les technologies et « toute une nouvelle génération ».

Karl Bushby
(Karl Bushby / NatGeo US Walk)

Continuer de pousser The Beast II, son lourd chariot à deux roues

Sur le papier, rien de ce qui attend Bushby entre le Kent et le Yorkshire ne ressemble aux épreuves qu'il a déjà traversées. Pas de banquise mouvante, de frontière russe, de jungle infestée de serpents ou de mer de plusieurs centaines de kilomètres à franchir. Le principal problème pourrait être beaucoup plus banal : traverser une Angleterre densément peuplée sans utiliser de véhicule, en poussant un chariot de plusieurs dizaines de kilos et en restant fidèle à une ligne pédestre cohérente. Son itinéraire précis depuis Douvres n'a pas encore été rendu public. Difficile d'annoncer les villes qu'il traversera, mais la dernière portion de la Goliath Expedition ne sera pas une randonnée balisée. Bushby devra composer avec les routes à grande circulation, les voies interdites aux piétons, les agglomérations et les détours qu'impose un réseau routier pensé d'abord pour l'automobile.

À cela s'ajoute l'automne britannique. En octobre, les journées raccourcissent rapidement. Pluie, vent, humidité et circulation sur des routes secondaires peuvent rendre des kilomètres apparemment anodins nettement moins agréables, notamment avec son équipement. Pour autant, le danger n'est évidemment plus comparable à celui rencontré dans le Darién ou sur le détroit de Béring. Et Bushby devrait désormais trouver chaque soir nourriture, eau et hébergement beaucoup plus facilement qu'au cours de certaines étapes de son voyage. Mais non sans émotions, car à mesure que Hull se rapproche, Bushby remonte aussi vers sa propre vie.

"A 57 ans, je vais me retrouver assis chez ma mère, sans rien..."

Il va retrouver son fils Adam, quitté alors qu’il n’avait que 8 ans, avec lequel, reconnaît-il, certaines choses restent à régler. Père à son tour, Adam avait déjà rejoint Karl pendant dix jours en 2014 pour un documentaire de National Geographic. Depuis, père et fils se parlent régulièrement mais ne se sont jamais revus physiquement. Bushby a également désormais une petite-fille qu'il n'a encore jamais rencontrée. Et il va retourner vivre, au moins dans un premier temps, chez sa mère. Fin septembre, alors qu'il se trouvait encore de l'autre côté de la Manche, Bushby confiait au Financial Times redouter en partie ce moment : « That's me sitting in my mother's house in Hull at 57 with nothing. » [Je me vais me retrouver à 57 ans, assis chez ma mère, à Hull, sans rien ] Pas simple, après presque trois décennies durant lesquelles chaque journée était organisée autour d’une seule mission, avancer. Mais il envisage déjà la suite. Raconter son histoire et donner des conférences devraient désormais constituer une part de son activité. En bon communiquant, sur son site officiel il propose déjà des conférences, interventions publiques et interviews autour de l’expédition. Thème suggéré : « What happens when the mission ends » [Ce qui se passe lorsque la mission s'achève]. Excellente question sur laquelle il va pouvoir plancher au cours des 400 km qui lui restent à parcourir pour boucler son incroyable tour du monde.


8 moments fous de sa Goliath Expedition

1er novembre 1998 : le départ
À 29 ans, Karl Bushby quitte Punta Arenas, au sud du Chili, avec 500 dollars en poche, sans sponsor et un lourd chariot à deux roues qu’il a baptisé The Beast. Ancien parachutiste, il vient de quitter l’armée britannique après douze années de service. Son objectif : rejoindre la maison familiale de Hull par une route continue sans jamais utiliser de transport pour avancer. Il pense alors que l'expédition prendra environ douze ans. Elle en durera 28.

Le Darién : traversée d'une des jungles les plus hostiles de la planète
Remontant toute l'Amérique du Sud, il doit franchir le Darién entre la Colombie et le Panama, une soixantaine de miles de marais, montagnes et jungle alors sillonnés par guérillas, paramilitaires et trafiquants. Bushby raconte s’être déguisé en vagabond pour passer plus discrètement. Il lui faut environ deux mois pour rallier Medellín à Panama City, avec au passage 18 jours de prison près de la frontière panaméenne.

2006 : le détroit de Béring à pied
Avec l'aventurier franco-américain Dimitri Kieffer, Bushby traverse la banquise du détroit de Béring entre l'Alaska et la Russie, progressant sur une glace en mouvement et nageant lorsque nécessaire. Le froid ressenti descend jusqu’à -68 °C. Une nuit, la banquise se disloque même sous leur tente. Arrivés en Russie hors d'un point d'entrée officiel, les deux hommes sont arrêtés. Son cas remonte jusqu'au gouvernement britannique.

Des années perdues aux frontières
La performance physique n'est finalement qu'une partie du problème. Visas russes, restrictions administratives, crise financière de 2008 qui lui fait perdre des sponsors puis Covid-19 immobilisent régulièrement l'expédition. Lors de ces interruptions, Bushby quitte son parcours, mais revient toujours exactement à l'endroit où il l'avait interrompu afin de préserver la continuité de sa trace. Il estime que ces obstacles lui ont coûté environ 14 années sur les 28 écoulées.

 2024 : près de 300 km à la nage dans la mer Caspienne
La géopolitique fermant certaines des routes terrestres envisagées, Bushby contourne le problème de la manière la plus radicale : avec trois compagnons, il traverse la Caspienne à la nage entre le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan. La traversée dure 31 jours et représente environ 288 à 300 kilomètres selon les sources et la manière de mesurer le parcours.

2025 : enfin l'Europe
Après avoir traversé l'Asie, Bushby atteint l'Europe par la Turquie et franchit le Bosphore en mai 2025. Il peut alors commencer à envisager sérieusement la fin de l'expédition. Pour la première fois depuis 1998, il se trouve de nouveau sur le continent européen.

2026 : le tunnel sous la Manche lui ferme la porte
Bushby espère parcourir à pied le tunnel de service sous la Manche. Eurotunnel refuse, invoquant des contraintes de sécurité et d'exploitation. Or prendre un train ou un bateau violerait la règle fondamentale de l'expédition. Il reste une solution : nager. Après avoir obtenu une autorisation exceptionnelle des autorités françaises et britanniques, Bushby se jette à l'eau.

5 octobre 2026 : vingt heures dans la Manche et retour en Angleterre
Après trois jours de traversée et environ vingt heures passées dans l'eau, Bushby atteint Shakespeare Beach, près de Douvres, à 15 h 30. Il retrouve le sol britannique pour la première fois depuis 1998. Son père Keith, sa famille, ses amis et le réalisateur Werner Herzog sont là pour l'accueillir. Mais les quelque 400 kilomètres qui le séparent de Hull font toujours partie de l'expédition.

Comment suivre Karl Bushby sur ses derniers kilomètres ?
Très présent sur les réseaux sociaux, où il rassemble des centaines de milliers d’abonnés, notamment sur TikTok, Bushby donne également de ses nouvelles via son site officiel, qui promet des mises à jour de son itinéraire jusqu’à Hull. Aucun tracker GPS public en temps réel ne semble disponible à ce jour.

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