Seize marins au départ, huit à l’arrivée, un navigateur disparu. La troisième édition du Vendée Globe, disputée durant l’hiver 1996-1997, reste l’une des plus dramatiques de l’histoire de la course. Un mois après avoir quitté les Sables-d’Olonne, les concurrents sont pris dans une succession de tempêtes d’une rare violence. Les bateaux sont mis à rude épreuve et plusieurs marins frôlent le naufrage. Trente ans plus tard, Vendée Globe 96-97 : une course en enfer, réalisé par Jeanne Lefèvre, revient, à travers des images d’archives et les témoignages de navigateurs encore profondément marqués par cette traversée. Un documentaire de 59 minutes où la quête de performance cède peu à peu la place à la solidarité et à la survie en mer. A découvrir en accès libre sur France.tv jusqu’au 20 avril 2027.
Ils sont quinze à larguer officiellement les amarres le 3 novembre 1996, aux Sables-d’Olonne, pour partir sur ce qui est alors la seule course autour du monde en solitaire, sans escale ni assistance. Parmi eux, deux femmes, Catherine Chabaud et Isabelle Autissier, une première pour l'épreuve. Un seizième navigateur prend également la mer : le Français Raphaël Dinelli, qui s’élance « en pirate » selon la presse française, sa qualification n'ayant pas été validée à temps. Le Vendée Globe, imaginé par Philippe Jeantot quelques années plus tôt, en 1989, est déjà considéré comme l’un des défis les plus exigeants de la voile. Mais cette troisième édition va pousser la notion d’aventure dans ses derniers retranchements. Ici, pas de bateau d’assistance pour venir à la rescousse, pas d’équipage pour prendre le relais, pas de port où se mettre à l’abri sans sortir de la course. Face aux éléments, chacun est seul.
À peine lancés, les concurrents comprennent que le voyage ne leur fera aucun cadeau. Dès le premier soir, dans le golfe de Gascogne, des vents de 40 à 45 nœuds couchent plusieurs bateaux. Les avaries s’accumulent et l’Anglais Tony Bullimore, le Hongrois Nándor Fa et le Français Thierry Dubois rebroussent chemin pour réparer. Didier Munduteguy, qui perd son mât, et Nándor Fa, confronté à des problèmes de quille puis à une collision évitée de justesse avec un cargo, abandonnent.
Une course semée d’embûches
Dans l’océan Indien, Christophe Auguin finit par s'installer aux avant-postes, talonné par Isabelle Autissier, Gerry Roufs et Yves Parlier. Mais la course abat marin après marin. Le 1er décembre, Isabelle Autissier endommage son safran tribord, après avoir heurté un objet flottant. Le lendemain, c’est Yves Parlier qui connaît le même problème, suivi de Thierry Dubois. Tous trois parviennent à réparer leur bateau, en Australie ou en Afrique du Sud, et reprennent la mer. Mais après avoir bénéficié d'une assistance extérieure, ils ne peuvent plus prétendre au classement.
À l'approche de Noël, une violente dépression dans les mers du Sud s'abat sur la flotte. « Vent de 60 nœuds avec rafales terribles à 70. Deux chavirages, beaucoup de dégâts à l’intérieur du bateau. Tout en vrac complet sur le pont. A sec de toile, j’avance à 18 nœuds dans les surfs et le bateau se couche encore ! ». envoie Raphaël Dinelli le jour de Noel. Son bateau, Algimouss, a chaviré et perdu son mât dans l’océan Indien. L’eau envahit progressivement la coque. Coincé dans une mer à 3 °C, le français s'accroche pendant de longues heures. Alerté, le Britannique Pete Goss va se dérouter pour lui porter secours. Au prix d’une manœuvre extrêmement risquée dans une mer déchaînée, il parvient à récupérer Dinelli le 27 décembre.
Quelques jours plus tard, le 5 janvier 1997, deux autres concurrents se retrouvent à leur tour en détresse, à environ 2 500 kilomètres au sud de l'Australie. Tony Bullimore et Thierry Dubois chavirent à quelques milles l'un de l'autre. Ce dernier, déjà hors course après une escale technique, parvient à quitter son bateau retourné. Repéré par un avion de la marine australienne, il rejoint un radeau de survie avant d'être secouru. Bullimore, dont le voilier reste à l'envers trouve refuge dans une poche d'air à l'intérieur de la coque. Il faudra attendre que les sauveteurs viennent frapper contre le bateau pour qu'il se manifeste. Lui aussi sera finalement retrouvé vivant, après plusieurs jours de recherches.
Gerry Roufs ne répond pas à l'appel
Début janvier, Gerry Roufs occupe la deuxième place du classement, dans le sillage de Christophe Auguin. Le Canadien fait partie des grands prétendants à la victoire. Mais dans le Pacifique Sud, la météo se dégrade brutalement. Pris dans une tempête d'une violence exceptionnelle, il échange encore quelques messages avec Isabelle Autissier, qui navigue dans la même zone. « « Les vagues n’en sont plus, elles sont hautes comme les Alpes », écrit-il dans l'un d'eux. Le 7 janvier 1997, les émissions de la balise Argos de son bateau, Groupe LG 2, s'interrompent. Plus aucune nouvelle du navigateur.
L'inquiétude laisse rapidement place à une vaste opération de recherche. Le dernier signal a été localisé dans une partie particulièrement isolée du Pacifique, à quelque 430 milles au sud du point Nemo, point le plus éloigné de toute terre émergée. Isabelle Autissier se lance à sa recherche, alors qu’elle est elle-même confrontée à des conditions extrêmement difficiles. Un à un, d’autres concurrents sont également sollicités pour tenter de retrouver leur compagnon de course. Mais l’océan ne rend rien. La coque retournée de son bateau sera retrouvée plusieurs mois plus tard, au cours de l'été 1997, sur les côtes chiliennes. Sans son skipper. Son bateau ne réapparaîtra que qu'au cours de l'été 1997, lorsque sa coque retournée est repérée dans le Pacifique, puis retrouvée sur une île chilienne, sans son skipper.
Seize au départ, huit à l’arrivée
Le 17 février 1997, après 105 jours, 20 heures et 31 minutes passés en mer, Christophe Auguin franchit la ligne en vainqueur, signant au passage un nouveau record sur le Vendée Globe. Une arrivée qui a pourtant un goût bien particulier, au terme d'une édition qui aura éprouvé les hommes autant que les bateaux. Car sur les seize navigateurs partis à l'aventure, seuls six seront finalement classés. Deux autres, Isabelle Autissier et Yves Parlier, termineront leur tour du monde hors course. Et parmi ceux qui ne rentreront pas, Gerry Roufs manque définitivement à l'appel. Cette course restera aussi celle d'une première historique pour Catherine Chabaud. La navigatrice devient la première femme à boucler un tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance.
Au-delà du traumatisme laissé par la disparition de Gerry Roufs, cette édition va aussi marquer un tournant dans l'histoire de la course. Les dispositifs de sécurité vont évoluer au fil des éditions suivantes : les quilles, les safrans et certaines parties des coques devront notamment être rendus plus visibles grâce à une peinture fluorescente, les bateaux devront également pouvoir se redresser après un chavirage. Des marques de parcours, puis des zones d'exclusion, seront instaurées pour tenir les concurrents à distance des latitudes les plus dangereuses et des glaces dérivantes.
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