Cinq jours après la polémique sur le « sabotage des cordes coupée sur l’Everest » opposant le héros du film « 14 peaks nothing is impossible »- au ministère du tourisme népalais qui l’accuse de mentir pour discréditer le Népal, voici que le très sérieux New York Times, révèle que Nims Dai aurait sexuellement agressé deux alpinistes, Lotta Hintsa et April Leonardo. Deux affaires qui remonteraient respectivement à 2023 et à 2022 et qui ressurgissent aujourd’hui. De quoi ternir l’image d'un homme habitué à capter sans état d'âme toute la lumière, dont l’énorme notoriété et la fortune présumée ne semblent pas plaire à tout le monde.
A ses débuts, on se souvient que Nims Dai a essuyé l’opprobre d'une large partie de la communauté de la montagne, plus que dubitative à l’annonce de son projet de gravir les 14 x 8000 en un temps record. Communauté qui dut bien se rendre à l’évidence : le Népalais disait haut et fort ce qu’il allait le faire. Et il le faisait. Evidence des faits. Qu’on aime, ou pas. Fin des commentaires. Suivait en 2021 un documentaire à gros budget et gros plan media : un des plus gros succès de Netflix cette année-là. Puis une autobiographie, un best-seller signé Nims Dai, transfiguré en super héros de l’Himalaya, à la tête d'un agence d'expéditions 5 étoiles, dénommée tout simplement « Elite Exped ». Tout est dit. Et Nims Dai de nourrir depuis son image de sauveteur d'alpinistes en péril, de nettoyeur de l’Everest, de porte-parole des Sherpas, leur soutien en temps de Covid, comme au quotidien. Vénéré comme une superstar. Du jamais vu depuis Tenzing Norgay et sa première ascension de l’Everest en 1953.
Or Super Nims Dai, héros à l’égo plus gros que l’Everest, pourrait bien aujourd’hui affronter le plus grand défi d'une carrière pourtant déjà riche en affrontements musclés : ne pas dégringoler en flammes d'un piédestal qu’il s’est construit en un temps record à coups de premières et de coups de gueule. Pas étonnant aujourd’hui que les attaques dont il fait l’objet soient violentes, et très nourries.
Deux accusations d'agressions sexuelles
Lundi dernier, le ministère népalais du tourisme ouvrait une enquête judiciaire contre lui pour « pour avoir diffusé des informations erronées dans le but de gagner en popularité ». En cause ? Il a dénoncé que des cordes avaient été intentionnellement sectionnées sur le Toit du monde alors qu’il était en route vers le sommet. Pas de quoi redorer l'image du Népal déjà ternie par la fameuse photo de l'embouteillage sur le Toit du monde... prise par un certain Nims Dai en mai 2019. Deux jours plus tard, le Népalais contre-attaquait et publiait une vidéo « prouvant » que le sabotage avait bien eu lieu. On n’aura pas attendu longtemps pour qu’une nouvelle attaque surgisse. Via le New York Times (NYT) cette fois.
Dans un article publié dans le quotidien américain vendredi matin, 31 mai, deux femmes, l'alpiniste Lotta Hintsa et le médecin April Leonardo, accusent Nims Dai d'abus sexuels commis à plusieurs reprises, lors d'une réunion de travail pour l’une et d'une expédition dirigée par le Népalais pour l’autre.
Les alpinistes décrivent « des expériences au cours des dernières années où il [Purja] les aurait embrassées sans leur consentement et touchées sexuellement contre leur volonté », rapporte le quotidien. Elles ont également déclaré qu'elles s’étaient alors senties impuissantes et craignaient de s’attirer la colère de Nirmal Purja par la suite.
Selon le NYT, Nims Dai, s’exprimant via son avocat, maître Philipe kelly, aurait refusé les demandes d'interview. Ce dernier a précisé dans une déclaration écrite que Nims Dai « avait catégoriquement nié les allégations « fausses et diffamatoires ». Après la publication de l'article, le Népalais a publié sa version de l’affaire sur Instagram indiquant qu'il n'avait pas refusé de donner une interview. Peu de temps après les évènements décrits par Lotta Hintsa et April Leonardo, les deux femmes ont partagé leurs témoignages avec leurs amis et leur famille, via notamment des SMS. Le NYT affirme qu'il a examiné ces SMS et confirmé ces conversations avec d'autres personnes.

Une affaire déjà connue, mais Nims Dai n'était pas alors cité
L'alpiniste finlandaise Lotta Hintsa, qui se consacre à la haute montagne depuis 2018, a rapporté au quotidien un épisode d'agression sexuelle survenu lors d'un rendez-vous de travail à l'hôtel The Marriot à Katmandou, au Népal, en mars de l'année dernière. April Leonardo était une cliente de l'accusé en expédition au K2 en 2022, lorsqu'elle rapporte avoir été constamment harcelée par l'alpiniste, qui guidait l’expédition.
Lotta Hintsa a déclaré au NYT que Nims « l'avait emmenée dans sa chambre, enlevé sa chemise, son short de trekking et ses sous-vêtements et essayé d'enlever son soutien-gorge. Elle affirme avoir dit non à plusieurs reprises et tenté de l’arrêter sans l'énerver. L'épisode se serait terminé « avec lui se masturbant à côté d'elle ». « Je tentais juste de trouver un moyen de m'en sortir », se souvient l'alpiniste de 35 ans à propos de cette agression. L’alpiniste dit s’être sentie complètement "paralysée" et "confuse" alors qu'il la conduisait au lit. Elle a expliqué au quotidien qu'elle avait l'impression de vivre une « expérience hors de son corps » alors qu'il enlevait ses vêtements, alors même qu'elle continuait à dire non. À un moment donné, il aurait touché son vagin, a-t-elle déclaré.
« Je ne pouvais pas communiquer avec lui. Il était dans un état d'extrême excitation où un « non » ne signifie rien », se souvient-elle. Elle dit avoir eu peur de sa colère à cause de sa force, vue sa formation dans les services spéciaux britanniques. La Finlandaise avait déjà raconté l'affaire, mais sans citer de noms ni donné plus de détails, dans un livre publié en décembre dernier intitulé « The Mountains of My Life 2 » (Les montagnes de ma vie 2, en traduction libre).
"Je ne veux pas qu'une autre femme en passe par là"
Le Dr April Leonardo, médecin californien de 41 ans, a déclaré pour sa part au New York Times que Nims Dai « l'avait attrapée, embrassée et lui avait fait des propositions à plusieurs reprises » lors d'une expédition au K2 dirigée par son agence, Elite Exped. Elle se souvient qu'à l'époque, elle n'avait pas su comment réagir. « Il était mon guide. Je ne voulais rien faire qui me mette en danger », dit-elle.
Après avoir atteint le camp de base du K2, alors qu'elle se tournait pour sortir d'une tente, elle raconte que Nims « lui a tenu le bras et embrassée ». Elle se souvient aussi qu'il a ajouté ensuite : « Je vais t'avoir ». Sidérée, et ne sachant pas quoi faire, elle aurait quitté les lieux. À une autre occasion, Le Dr April a déclaré que Nims Dai était entré dans sa tente sans y être invité. Elle était alors dans son sac de couchage, portant seulement une chemise et des sous-vêtements, se souvient-elle. Il s'est accroupi à côté d'elle, a dit qu'il voulait vérifier son genou blessé. « Nims Dai a tendu la main dans son sac de couchage ». Elle aurait paniqué et dégagé rapidement sa jambe. Il l'aurait embrassée, a-t-elle dit, et lui aurait tenu la main et « l’aurait forcée à sentir son pénis en érection à travers son pantalon », rapporte le quotidien. À un autre moment, Nims Dai lui aurait tenu le bras alors qu'elle marchait seule dans le camp et lui aurait demandé : « Quand est-ce que je vais pouvoir te sauter ? », lui suggérant d'aller dans sa tente, rapporte-t-elle. Elle aurait inventé des excuses pour s’en sortir.
Les deux alpinistes ont déclaré au NYT qu'elles ne savaient pas quels recours légaux elles avaient lorsqu'elles ont subi ces abus. Comme les incidents se sont produits en dehors de leur pays d'origine, elles ne savaient pas quoi faire. Elles n'ont pas alerté les autorités locales. Elles affirment cependant avoir décidé de signaler les événements pour avertir d'autres alpinistes. Lotta Hintsa a déclaré au quotidien qu'elle racontait son histoire dans l'espoir de rendre l’alpinisme, sport dominé par les hommes, plus sûr pour les femmes. « Je ne veux pas qu'une autre femme en passe par là. », conclut pour sa part le Dr April.
Pour Nims Dai, le risque de croire à son propre mythe ?
A son retour au camp de base de l'Everest, Nims Dai va donc avoir fort à faire avec deux gros dossiers à gérer, qui s’ajoutent à une série d'attaques accumulées ces derniers temps.
En 2022, rapporte le magazine GQ, Nims a rencontré des problèmes qui pourraient relever de la simple malchance, ou pas. Le 21 septembre, un incendie s'est déclaré dans les bureaux de son agence, Elite Exped, située dans le quartier résidentiel de Kapan à Katmandou. « Trois de ses employés y ont trouvé la mort : Ashok Rai, le responsable du camp de base du K2, Karsang Tenjing Sherpa, le frère de Mingma David, son bras droit, et leur agent de liaison Tsewang Sherpa. Ils stockaient des bouteilles d'oxygène hautement inflammables dans le bureau, qui ont explosé. » L'affaire avait alors suscité un scandale, Nims Dai étant accusé de refuser de payer les dommages collatéraux occasionnés par l'explosion. La cause de l'incendie fait toujours l'objet d'une enquête.
Quelques jours plus tard, le sort semble s’être acharné sur le Népalais. « Le 14 octobre, alors qu'il s'entraînait avec le parachutiste professionnel Dean Waldo en Espagne, les deux athlètes se sont emmêlés. Waldo se trouvait au-dessus et derrière Nims, il a percé le parachute de Nims, et s’est retrouvé piégé dans la toile. Nims a coupé son parachute principal et a atterri en toute sécurité avec son parachute de secours, mais Waldo s'est écrasé et est mort. Une tache dans la carrière d'un homme qui s’enorgueillit de « toujours ramener ses hommes à la maison »
Plus récemment, le 26 mai, The Himalayan Times rapportait que la semaine précédente, l’autorité de l’aviation civile du Népal avait refusé d'accorder un permis de vol à l’agence de Nims Dai, alléguant qu’il avait illégalement réquisitionné un hélicoptère sur l’Everest au début du mois. « Faux », avait alors rétorqué un porte-parole d'Elite Exped, expliquant qu’il s’agissait de soigner des clients malades, intervention tout à fait légale.
Dans son ascension express vers la postérité, Nims Dai, l’homme aux deux millions de followers - celui qui sans ciller déclarait en 2022 : « Même si je n'avais pas eu l'équipe de ‘Project Possible’, j'aurais quand même réussi. Si aujourd'hui je choisissais cinq personnes complètement différentes, je pourrais y arriver, parce que [la tâche] nécessite un leadership. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Sherpas sont au même niveau » - voit donc les embuches se multiplier. Au point que le plus grand risque pour cet athlète de l’extrême, celui qui déclarait : « Je suis le putain de visage de ces gens (les Sherpas, ndlr). « Vous le verrez partout à Katmandou. Je suis leur espoir maintenant ». (...) pourrait être de croire à son propre mythe.
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