Après quelques mois de relative accalmie, voici que le héros de « 14 peaks, Nothing is impossible » est à nouveau dans l’œil du cyclone. Après les accusations d'agressions sexuelles dénoncées notamment par le New York Times, c’est du côté de ses finances que ça ne sent pas très bon. Profitant de son double passeport népalais et britannique, Nims Dai se serait dispensé de régler les droits d'accès à plusieurs 8000 m. La facture s’élèverait à plus de 15 000 dollars au cours de la seule saison dernière. Une affaire de plus qui s’ajoute à un dossier à charge déjà très lourd.
La prochaine saison himalayenne risque d'être un peu compliquée pour Nims Dai et son agence Elite Exped. A son programme, notamment, le Manaslu (8163 m) dont il vient de se voir refusé l’accès par le ministère du tourisme népalais. Une expédition à laquelle devrait participer le top model russe, Victoria Bonya, et qui devrait s'enchaîner sur une autre, direction le Shishapangma au Tibet le mois prochain.
En cause ? Un problème de redevance sur l’accès à certains sommets que l’alpiniste n’aurait pas payée, dénonce aujourd’hui The Himalayan Times. « Nirmal « Nims » Purja a utilisé sa carte de non-résident népalais pour échapper à des millions de roupies de redevances d'alpinisme au cours de la dernière saison printanière, ont affirmé des représentants du gouvernement. », explique le quotidien. L’ex membre des Gurkhas, qui a fait également ses armes dans les forces spéciales britanniques, détient en effet la double nationalité népalaise et britanniques. Ce qui lui aurait permis de jouer sur les deux tableaux afin de s’exempter des droits d'ascension fixés pour les détenteurs de passeports étrangers.
Un statut qu'il aurait également exploité pour boucler son fameux défi des 14 sommets, selon The Himalayan Times (qui n’apporte aucune preuve sur ce point ), mais aussi, plus récemment, au printemps dernier, pour faire l’ascension de l'Everest, l'Annapurna et du Makalu, apprend-on, via le ministère du tourisme. Manque à gagner pour le Népal ? Plus 15 000 dollars. Au bas mot sans doute, et si cela est avéré, quand on sait que le seul accès à l’Everest coûtait cette année 11 000 dollars.
Si en 2023 l’alpiniste s’était bien acquitté des droits d'accès en tant que citoyen britannique, il aurait obtenu une carte de citoyenneté NRN l(non résident népalais) le 9 novembre 2023, ce qui lui aurait permis de « duper les fonctionnaires pour obtenir des permis d'escalade sur la base de ce document ».
Une enquête a immédiatement été ouverte dans la foulée de ces allégations. Et si l’affaire n’est pas encore tranchée, la sanction ne s’est pas faite attendre : pas de permis pour le Manaslu cet automne, car :« La fuite de revenus est un problème sérieux », a déclaré le parole du ministère du tourisme, Kali Bahadur Bhujel, déjà bien remonté contre Nims Dai par toute une série d'affaires qu’on prend très au sérieux au Népal.
Agressions sexuelles et fausses déclarations
Non content d'être attaqué aujourd’hui pour ce qui est assimilé à une fraude fiscale, Nims se voit reproché d'avoir « terni l'image du Népal dans la fraternité mondiale de l'alpinisme. ». Dans son dossier, qui commence sérieusement à peser lourd, plusieurs affaires en cours.
En mai dernier, le ministère népalais du tourisme ouvrait une enquête judiciaire contre l’alpiniste pour « pour avoir diffusé des informations erronées dans le but de gagner en popularité ». En cause ? Il avait dénoncé que des cordes avaient été intentionnellement sectionnées sur le Toit du monde alors qu’il était en route vers le sommet. Pas de quoi redorer l’image du Népal déjà ternie par la fameuse photo de l’embouteillage sur le Toit du monde… prise par un certain Nims Dai en mai 2019. Deux jours plus tard, le Népalais contre-attaquait et publiait une vidéo « prouvant » que le sabotage avait bien eu lieu (vidéos retirées de ses réseaux depuis).
On n’aura pas attendu longtemps pour qu’une nouvelle attaque surgisse. Via le New York Times (NYT) cette fois. Dans un article publié dans le quotidien américain le 31 mai, deux femmes, l’alpiniste Lotta Hintsa et le médecin April Leonardo, accusaient Nims Dai d’abus sexuels commis à plusieurs reprises, lors d’une réunion de travail pour l’une et d’une expédition dirigée par le Népalais pour l’autre. Une affaire qui lui fit immédiatement perdre l’un de ses sponsors, Osprey, et douter d'autres tels que Red Bull, Scarpa et Grivel.
Incendie, accident de parapente et abus d'hélico
Cela fait beaucoup pour un seul homme. Mais ce n’est pas tout, semble-t-il. En 2022, rapporte le magazine GQ, Nims a rencontré des problèmes qui pourraient relever de la simple malchance, ou pas. Le 21 septembre, un incendie s’est déclaré dans les bureaux de son agence, Elite Exped, située dans le quartier résidentiel de Kapan à Katmandou. « Trois de ses employés y ont trouvé la mort : Ashok Rai, le responsable du camp de base du K2, Karsang Tenjing Sherpa, le frère de Mingma David, son bras droit, et leur agent de liaison Tsewang Sherpa. Ils stockaient des bouteilles d’oxygène hautement inflammables dans le bureau, qui ont explosé. » L’affaire avait alors suscité un scandale, Nims Dai étant accusé de refuser de payer les dommages collatéraux occasionnés par l’explosion. La cause de l’incendie fait toujours l’objet d’une enquête.
Quelques jours plus tard, le sort semble s’être acharné sur le Népalais. « Le 14 octobre, alors qu’il s’entraînait avec le parachutiste professionnel Dean Waldo en Espagne, les deux athlètes se sont emmêlés. Waldo se trouvait au-dessus et derrière Nims, il a percé le parachute de Nims, et s’est retrouvé piégé dans la toile. Nims a coupé son parachute principal et a atterri en toute sécurité avec son parachute de secours, mais Waldo s’est écrasé et est mort. Une tache dans la carrière d’un homme qui s’enorgueillit de « toujours ramener ses hommes à la maison »
Enfin, plus récemment, le 26 mai dernier, The Himalayan Times rapportait que la semaine précédente, l’autorité de l’aviation civile du Népal avait refusé d’accorder un permis de vol à l’agence de Nims Dai, alléguant qu’il avait illégalement réquisitionné un hélicoptère sur l’Everest au début du mois. « Faux », avait alors rétorqué un porte-parole d’Elite Exped, expliquant qu’il s’agissait de soigner des clients malades, intervention tout à fait légale.
Outre l’hostilité croissante d’une partie de la communauté de la montagne et un début d’hémorragie du côté de ses sponsors, Nims Dai se confronte désormais à de sérieux problèmes politiques. En juin dernier le ministère du tourisme népalais annonçait ouvrir une enquête judiciaire contre l’alpiniste, accusé de diffamer le pays, suite à « l’affaire des cordes coupées. Dans la foulée, Rajendra Bajgain, membre du parlement népalais représentant la circonscription de Gurkha, a demandé l’ouverture d'une enquête sur les allégations dénoncées par le New York Times. Il aurait même demandé au Congrès népalais d’interdire à Nims Dai -domicilié au Royaume-Uni et détenteur de la nationalité britannique – d’entrer au Népal. Il n’a visiblement pas obtenu gain de cause, mais la nouvelle « affaire des permis », pourrait lui donner du grain à moudre, et ébranler plus encore Nims Dai et mettre en péril ses activités commerciales au Népal.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
