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Campos de hielo GMHM
  • Aventure
  • Exploration

À quoi sert donc le GMHM, le Groupe Militaire de Haute Montagne ?

  • 17 février 2023
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Armés de leurs piolets, les membres du Groupe Militaire de Haute Montagne (GMHM) signent certes des expéditions remarquables, dont la première de la face sud-ouest du Kamet (7 786 m) au Népal en style alpin, en 2012, récompensée par un Piolet d’Or l’année suivante. Mais au-delà de sa contribution au rayonnement de l’alpinisme français dans le monde, quelles sont les missions confiées à ce groupe plutôt discret, peut raisonnablement s’interroger le non initié. Raison d'être, recrutement, fonctionnement, collaboration avec les industriels de l'outdoor, financement... explications de Didier Jourdain, capitaine du groupe et de Léo Billon, caporal-chef.

30 octobre 2022. Départ des rives de lac Leones, pour Léo Billon, Didier Jourdain, Jordi Noguère, Thomas Auvaro et Christophe Malangé, tous membres du GMHM, hormis ce dernier, instructeur à l'École militaire de haute montagne (EMHM). Leur objectif ? Rejoindre le glacier Grey après avoir traversé les deux grandes calottes glaciaires de Patagonie, le Hielo nord et le Hielo sud. Au programme : 600 km en kayak, kite ou encore randonnée glacière, le tout en tirant chacun 100 kg de charges derrière eux. Une expédition parmi tant d'autres ? Pas vraiment, si l'on en juge par les explications de Didier Jourdain et Léo Billon. Cette aventure de 45 jours a en effet nécessité notamment le développement d’équipements spécifiques dont l'intérêt pourrait largement dépasser son objectif initial, ce que le grand public ne sait pas toujours.

Campos de hielo GMHM
Traversée de Campos de Hielo Patagónico, plus de 600km en 45 jours (GMHM)

1. Quels sont les objectifs du GMHM ?

À sa création, en 1976, le GMHM avait pour « objectif d’insuffler une dynamique alpinisme dans les brigades de montagne de l’armée de terre et chez les chasseurs alpins », rappelle Didier Jourdain, capitaine. « Le groupe a toujours fonctionné sous forme d’expéditions dans le but de repousser les limites matérielles, techniques et humaines. Pour ça, le mieux, c’est d’aller sur le terrain, dans des endroits difficiles, inconnus. Durant les premières années, les membres du groupe ont principalement réalisé des ascensions dans le massif du Mont-Blanc et dans les Alpes. Petit à petit, ça a pris de l’ampleur sur des expéditions mondiales dans les années 80. D’autres missions se sont ensuite rajoutées par la suite. Notamment la raison d’être actuelle du groupe. À savoir être les experts de l’armée française pour les conditions extrêmes que sont la verticalité, l’alpinisme donc, et le grand froid ».

2. Concrètement, quel lien y a-t-il entre les expéditions extrêmes ou les ascensions exigeantes et l’armée ?

« Aujourd’hui, les scènes polaires et le froid reviennent sur la scène géopolitique » détaille le capitaine. « Si la France doit envoyer des soldats, des chasseurs alpins pour la plupart dont la mission est de défendre et d’intervenir dans les milieux montagneux notamment, dans ce genre d’environnements, ces derniers doivent avoir été formés en amont. Il est nécessaire qu’ils maîtrisent les techniques de progression en montagne, la verticalité, les connaissances par rapport à la neige, les glaciers et le froid. […] Par exemple l’école militaire de haute montagne basée à Chamonix vient former les cadres qui emmènent les troupes en montagnes, un moyen d’accompagner en sécurité les soldats lorsqu’ils vont s'entraîner en montagne ou sur une quelconque intervention. Avec le GMHM, quand nous faisons nos expéditions en Antarctique ou encore au Groenland, on apprend à maîtriser les techniques, le matériel pour se déplacer, pour vivre, pour grimper. Par la suite, nous retransmettons les savoir-faire acquis aux militaires via des stages par exemple ».

Quel bilan retenir de l’expédition du GMHM en Patagonie ? « Voir que l’on est capable de se déplacer sur plus de 600 kilomètres, dans des terrains très variés. Le tout en autonomie, que ce soit en kayak, en pulka, à pied, en ski. Si demain, des militaires vont dans un milieu où ils doivent traverser un lac, une rivière, la mer… tout en ayant une montagne derrière, ils iront regarder les fiches que l’on est en train de rédiger ».

3. Comment sont recrutés ses membres ?

Au sein du GMHM, le statut des militaires est différent. « On est trois officiers, quatre sous-officiers et trois militaires du rang » explique Didier Jourdain. Le recrutement est donc un peu différent. « Le principe de base, c’est la cooptation - les personnes déjà au GMHM décident de qui rentre dans le groupe ou non. Parce qu’il y a une vision collective. Il faut arriver à s’intégrer au projet. On se fie principalement à la motivation et à la liste de courses. Donc sur des compétences déjà acquises et sur une volonté de faire des projets s’intégrant à ceux de l’équipe. Autour du recrutement des officiers, il y a une vision du commandement. Ils sont donc un peu moins cooptés que les autres personnes issues du monde civil. Notons que les sous-officiers, déjà militaires au départ, amènent une forme de transversalité entre les expéditions et leur utilité pour les troupes. Tandis que l’on va surtout recruter les militaires du rang pour leurs compétences techniques et leurs motivations. Le principe, c’est d’avoir un lien avec ce qui se fait de meilleur en alpinisme dans le civil ».

Campos de hielo GMHM
Traversée en packraft lors de l'expédition Campos de hielo, 2022 (GMHM)

En général, les membres du GMHM restent longtemps dans le groupe. « Il y a un temps d’adaptation et un temps pour exprimer ce que l’on a en nous avec l’expérience acquise » souligne le capitaine. Il faut aussi bien apprendre à connaître les autres, c’est important ».

4. Comment se préparent les expéditions ?

L’important ? « Pratiquer la montagne, savoir se gérer dans un autre milieu », explique Léo Billon. « C’est beaucoup d’entraînement d’endurance, vu que cette expédition [en Patagonie, ndlr] n’était pas axée sur une technicité extrême mais plus sur une usure au long court. Sur la partie nautique, comme une grande partie n’avait soit très peu soit pas d’expérience en kayak, on a fait plusieurs stages communs pour s’approprier le kayak, comment évoluer sur une rivière, etc. Mais sur la partie préparation physique, chacun fait un peu les choses de son côté, tout en se retrouvant sur certaines sorties à un moment ».

5. Outre son expérience sur le terrain, le Groupe apporte-t-il d’autres innovations à l’armée et au monde civil ?

Prenons l’exemple de leur dernière expédition, en Patagonie. Là-bas, l’objectif visé était l’autonomie, sans ravitaillement. Au vu de la durée de la traversée, 45 jours, le groupe devait transporter plus de 50 kg de nourriture, entre autres. « Au début de l’expédition, on avait plus de 100 kg par personne », se souvient Léo Billon. « Dans les phases où l’on marchait, où l’on ne pouvait pas tirer notre pulka, on était obligés de faire quatre aller-retours pour transporter tout notre matériel. Ce qui prenait énormément de temps ». On se doute alors de l’importance du poids de chaque équipement.
Une composante non négligeable qui a par exemple emmené les membres du groupe à développer leur propre matériel. « Surtout pour le déplacement » explique Didier Jourdain, « la plupart du temps avec des entreprises ayant déjà des savoir-faire. Par la suite, ces équipements peuvent être transformés pour être accessibles au grand public. […] Le but, c’est de faire avancer les choses. […] Pour cette expédition [en Patagonie, ndlr] on a mis au point des sacs à dos Millet d’une centaine de litres, très résistants mais ne pesant pas plus d’un kilo. De quoi transporter tout le matériel. Mais aussi des kayaks, des packrafts. L’idée était qu’ils soient vraiment adaptés afin que l’on puisse stocker tout notre équipement, une centaine de kilos, à l’intérieur des boudins gonflables ».

Autres innovations : l’adaptation de chaussures de ski de randonnée de compétition, en carbone, auxquelles ont été ajoutées des guêtres afin de mieux lutter contre le froid et la pluie. Mais aussi le développement d’une tente, en collaboration avec Samaya, ou encore d’un masque de ski permettant de protéger le visage par mauvais temps avec Racer. Ce dernier sera commercialisé par la suite.

« De temps de temps, notre expertise en termes de matériel touche tous les militaires, et pas uniquement notre groupe », précise Didier Jourdain. « Par exemple, une personne du GMHM est partie cet hiver faire des manipulations de sécurité et de survie sur l’Astrolabe, le bateau qui va en terres australes et antarctiques françaises ».

Campos de hielo GMHM
Le groupe de 5 alpinistes s'est réfugié 5 jours dans une grotte de glace lors de l'expédition Campos de hielo, 2022 (GMHM)

6. Quid du financement ?

Étant une entité de l’armée, le GMHM est financé par le budget de l’armée – actuellement de 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030. « Le budget du groupe évolue chaque année en fonction des différents besoins, mais demeure infime par rapport au budget total de l’armée de terre », selon le commandant Jacques Olivier Chevallier. « La part du budget alloué aux expéditions est variable. Le financement d'un gros projet pouvant parfois se faire sur plusieurs années. Il est d'ailleurs difficile de le définir avec précision car au groupe, chaque entraînement financé concourt directement à la réussite de l'expédition. Tout est lié et doit être le plus cohérent possible ». Notons par ailleurs que les salaires des membres du GMHM ne sont pas directement financés par l’unité mais par l’armée en général puisque la plupart des membres du groupe étaient déjà militaires avant d’y entrer et le resteront dans d’autres entités.

Impossible de savoir avec exactitude à combien s’élève le financement d’une expédition. « Je ne suis pas sûr qu'un chiffre sorti de son contexte soit très pertinent. En revanche pour cette expédition en particulier qui représente une part importante du budget global, nous avons commencé à financer sa préparation en 2020 (achat de matériels spécifiques – voile de kite par exemple), 2021 (reconnaissance des entrées nord et sud des Hielo, acquisition de compétences spécifiques et construction de l'équipe en vue des Hielos sur des terrains similaires dans le cadre d'autres expéditions…) et 2022 (poursuite de l'entraînement, acquisition de matériels spécifiques et prototypage avec partenaires – sac Millet, kayak Jaws, chaussures Gignoux… – montage et financement de la chaîne de secours, poste nourriture, réalisation) ».

Campos de hielo GMHM
Traversée en kite lors de l'expédition Campos de hielo, 2022 (GMHM)

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