Longtemps distancé par Vincent Esmiol, Hugo Deck a renversé la course dans la montée du Maïdo, au cœur de Mafate, avant de s’envoler vers Saint-Denis. Pour sa première participation à la Diagonale des Fous, le jeune Français signe un succès majeur, au terme de 180 kilomètres et 10 200 mètres de dénivelé positif. Retour sur un duel haletant et sur le parcours d’un ancien basketteur devenu l’un des grands espoirs de l’ultra-trail.
Il aura attendu plus de 120 kilomètres pour prendre la tête. Mais, une fois devant, Hugo Deck ne l’a plus lâchée. Vendredi 16 octobre, le Français a remporté la 34e édition de la Diagonale des Fous, au stade de La Redoute, à Saint-Denis en 22:54:19. Une victoire annoncée à 20 h 42, heure de La Réunion, soit 18 h 42 en France métropolitaine, après un long duel avec Vincent Esmiol. Car pendant une bonne partie de la nuit et de la matinée, le scénario semblait plutôt favorable à son compatriote. Vincent Esmiol, sixième de la Diagonale en 2024 et vainqueur de l’Échappée Belle en 2025, avait pris les commandes de la course et imposé son rythme. Au pointage de Hell-Bourg, après un peu plus de 80 kilomètres, il possédait près de 25 minutes d’avance sur Hugo Deck. Jean-Philippe Tschumi et Tom Evans restaient alors également dans la course. Mais sur une Diagonale, vingt-cinq minutes ne constituent pas nécessairement une avance décisive. Surtout lorsqu’il reste près de cent kilomètres et les redoutables reliefs de Mafate à traverser.
Dans la montée du Maïdo, le vent tourne
Kilomètre après kilomètre, Hugo Deck entreprend de refaire son retard. À Grand Place, au kilomètre 107,6, l’écart n’est plus que de 18 minutes. À Roche Plate, au kilomètre 115,2, il tombe à moins de huit minutes. La dynamique a changé. Le changement intervient dans la montée vers le Maïdo, l’un des passages les plus éprouvants du parcours. Dans cette longue ascension, Hugo Deck rejoint puis dépasse Vincent Esmiol. Les deux hommes échangent une tape dans la main au moment du dépassement. Au pointage de Tête Dure, vers le kilomètre 124, Deck est désormais seul en tête. Il est 13 h 43 à La Réunion. Derrière, Esmiol commence à céder du terrain. Lui qui avait animé toute la première partie de la course doit désormais gérer des douleurs musculaires aux jambes et aux pieds. À Îlet Savannah, il accuse environ 40 minutes de retard sur le leader. Robin Juillaguet en profite pour lui ravir la deuxième place. La défaillance d’Esmiol ne s’arrête pas là. En fin d’après-midi, il rétrograde au quatrième rang, tandis que le Réunionnais Judicaël Sautron se rapproche à son tour. La lutte pour le podium change de visage.
Hugo Deck, lui, ne relâche pas son effort. À Chemin Ratinaud, où il pointe à 16 h 28, il possède près d’une demi-heure d’avance sur ses poursuivants. À La Possession, au kilomètre 157, il passe à 17 h 28, après un bref arrêt. Il lui reste alors un peu plus de vingt kilomètres à parcourir. La Grande Chaloupe est franchie en tête, toujours avec une trentaine de minutes d’avance. Puis vient le Chemin des Anglais, et enfin les derniers kilomètres vers La Redoute. À 20 h 37, Hugo Deck est signalé à La Vigie, tout près du but. Quelques minutes plus tard, sa victoire est annoncée !
Trois semaines de préparation en autarcie à Cilaos
Cette victoire n’est pas le fruit d’une improvisation. Hugo Deck avait fait de la Diagonale l’un des deux grands objectifs de sa saison, avec la MaXi-Race d’Annecy, remportée pour la deuxième année consécutive. Pour préparer son premier Grand Raid, le Varois avait choisi d’arriver à La Réunion plusieurs semaines avant le départ. Il s’était installé dans le cirque de Cilaos, aux côtés de son coéquipier Adidas Terrex, l’Allemand Marcel Höche, afin de s’acclimater à la chaleur et aux spécificités du terrain réunionnais. « J’ai vécu en autarcie pendant trois semaines dans le cirque de Cilaos », expliquait-il le 12 octobre dans un entretien diffusé par TB Press. Il y racontait notamment avoir effectué deux sorties de sept heures, couvrant chacune environ 50 kilomètres et 4 000 mètres de dénivelé, et reconnu une nouvelle portion du parcours vers Hell-Bourg. Dans une édition 2026 marquée par un tracé modifié, qui ne traversait plus Cilaos comme les années précédentes, les difficultés techniques et les longues descentes pouvaient peser autant que la capacité à grimper. Hugo Deck avait précisément cherché à préparer ses jambes à cet enchaînement de montées et de descentes, dans des conditions proches de celles de la course.
Un ancien basketteur devenu professionnel à 22 ans
Rien ne prédestinait particulièrement Hugo Deck à devenir un spécialiste des très longues distances. Originaire de La Roquebrussanne, dans le Var, il a d’abord consacré une dizaine d’années au basket, pratiqué à bon niveau. La montagne faisait néanmoins partie de son enfance, grâce à un père passionné de randonnée, de kayak et de sports de plein air. Le déclic survient à 17 ans, en voyant son frère Pierre préparer l’Ironman de Nice. Le jeune Hugo commence alors à courir, beaucoup. Jusqu’à accumuler une centaine de kilomètres d’entraînement par semaine, avant même d’avoir obtenu des résultats significatifs.
La progression est d’abord lente. En 2020, il se classe sixième du Trail du Ventoux. Un an plus tard, sa cinquième place sur la CCC, à seulement 21 ans, le fait entrer sur la scène internationale. Adidas lui propose un contrat l’année suivante, lui permettant de vivre de son sport. Une blessure au pied vient pourtant freiner cette ascension. Mais Deck revient. Il remporte le Nice Côte d’Azur by UTMB en 2022, sur 165 kilomètres et 9 000 mètres de dénivelé positif, puis termine troisième du 90 km du Mont-Blanc en 2023. En 2024, il devient vice-champion de France de trail, champion d’Europe par équipes et s’impose à l’Ultra-Trail Cape Town. En 2025, il remporte la MaXi-Race, avant de conserver son titre en 2026. La Diagonale des Fous lui offre désormais une consécration d’une autre dimension. Non seulement parce qu’il s’impose sur l’une des épreuves les plus mythiques de l’ultra-trail, mais aussi parce qu’il y parvient dès sa première tentative, après avoir laissé son principal adversaire mener pendant plus de la moitié de la course. À 26 ans, Hugo Deck vient de franchir une nouvelle étape. Et, au vu de sa progression, probablement pas la dernière.
Où en est-on sur la Diagonale ce vendredi 16 octobre au soir
Chez les hommes, Hugo Deck a remporté la 34e édition. Sa victoire a été annoncée à 20 h 42, heure de La Réunion (18 h 42 en métropole). Derrière lui, Robin Juillaguet occupait la deuxième place dans les derniers pointages disponibles. La lutte pour la troisième place opposait notamment Jérôme Vanderschaeghe et le Réunionnais Judicaël Sautron. Vincent Esmiol, longtemps leader, avait rétrogradé au quatrième rang avant de perdre encore du terrain.
Chez les femmes, Ruth Croft poursuit sa course en tête. La Néo-Zélandaise, victorieuse de l’UTMB 2025, a pointé à Roche Plate à 15 h 03, heure de La Réunion. Elle occupait alors la 24e place du classement général.
Sur la Diagonale, plusieurs favoris ont abandonné. Notamment Jean-Philippe Tschumi, Thibaut Garrivier, Thibaut Baronian, ainsi que les Réunionnaises Amélie Huchet et Émilie Maroteaux.
Les milliers d’autres concurrents poursuivent leur traversée de l’île, avec une arrivée possible jusqu’au dimanche 18 octobre.
Autres résultats du Grand Raid : Florian Bernabeu-Seguy a remporté la Mascareignes en 8 h 13 min 32 s, devant le Malgache Nirina Haja. Chez les femmes, Claire Jacquin s’est imposée en 10 h 11 min 27 s. Le relais Zembrocal a été remporté par la team Zembro sous BBL en 21 h 03 min 42 s.
[Dernière actualisation : vendredi 16 octobre, 19h20 h, heure française]
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