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Mathieu Blanchard expédition Quebec
  • Aventure

Yukon Arctic Ultra : dans les secrets de la préparation de Mathieu Blanchard

  • 18 janvier 2025
  • 7 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Le 2 février, le vainqueur de la Diagonale des fous 2024 sera dans le grand Nord canadien, au départ de « l’ultra le plus dur et le plus froid du monde », 640 km à pied, seul et en totale autonomie par des températures pouvant tomber à – 50°C. Avec lui, une cinquantaine de participants seulement. Dont moins de 3% sont finishers chaque année. Une épreuve hors norme, à laquelle le traileur s’est préparé aux 2 Alpes où il réside, avant de gagner le Canada où pendant dix jours il pourra enfin tester en conditions réelles le matériel mis au point pour l’occasion par son partenaire, Salomon, nous explique-t-il dans une longue interview.

« Pourquoi je fais ça ? La réponse est simple, écrivait récemment Mathieu Blanchard. Car « pour progresser, mentalement et physiquement, il faut imposer un stimulus à notre cerveau ou à notre corps. (…) Pour ma part, je suis dans l’expérimentation. Je ne veux pas essayer de micro-stimuli », précisait-il. Côté stimulus, le traileur devrait trouver ce qu’il cherche dans le Yukon Arctic. Un ultra garanti 100% macro. Au point qu’en 2018, lorsque Roberto Zanda, un concurrent de 61 ans, surnommé Massiccione, le « dur à cuire »,  y avait perdu ses deux pieds, sa main droite et une bonne partie de sa main gauche, gelés, les organisateurs n’avaient réagi aux critiques qu’en faisant un micro changement. Depuis cette date, Robert Pollhammer le créateur de cette course, organise des entretiens téléphoniques avec tous les coureurs qui s'inscrivent. Pour deux raisons. Pour s'assurer qu'ils entendent directement de sa bouche les risques de la course, tels que l'hypothermie, les engelures, et même la mort. Et vérifier que tous les participants parlent anglais. 

Sur ce point, Mathieu Blanchard, qui a vécu pendant des années au Canada, n’a pas à s’inquiéter. En revanche, depuis son installation aux Deux Alpes, il y a deux saisons, s’entraîner en conditions réelles n’est pas aussi simple, comme il nous l’explique à quelques jours de son départ pour Teslin dans le grand Nord canadien.

Comment t’est venu cette idée du Yukon Artic Ultra?

C’est l’aboutissement de plusieurs étapes. La toute première, remonte à mon enfance, puis à mon adolescence : j’ai dévoré les livres de Jack London. Lus et relus. Une plume incroyable ! Toute une inspiration pour le Yukon. Il a vraiment nourri mon imaginaire. Et puis, il y a mon amour pour le Canada, j’ai passé dix ans là-bas et j’en suis parti avec le regret de ne pas avoir pu visiter cette région-là. Un sacré trajet depuis le Québec. 

Dernière étape, ma rencontre avec Thierry Cordarieu, un Toulousain pas trop connu, mais qui a gagné la Yukon Artic Ultra en 2023. Je l’ai découvert grâce à son podcast. Je l’ai contacté, c’est un type grès généreux qui a partagé beaucoup d'information sur la course. Un type incroyable, en ce moment avec son fils Yan, il fait un tour du monde de 20 000 km à vélo, avec traversée de l’Atlantique à la rame. On a beaucoup parlé du Yukon. Et il a renforcé mon envie de le faire.

Quand as-tu commencé à t’y préparer?

Tardivement en fait. Rien n’était encore sûr il y a un mois et demi. J’avais un problème au talon d'Achille, et on parlait d'opération chirurgicale. Et puis le problème s’est résolu de façon magique, fin novembre ! Ma préparation spécifique n’a commencé qu’en décembre. Mais en tant athlète pro, elle repose sur une préparation construite sur des années. C’est un point qu’examinent les organisateurs.

Cinquante concurrents sont sélectionnés chaque année sur la base d'un solide CV et d'un entretien avec le directeur de la course. Ce qui a joué en ma faveur ? Le fait que je sois un athlète pro, que je pratique le sport au quotidien et que j’ai une solide préparation physique et mentale. Le fait aussi que j’ai vécu pendant dix ans au Québec, et que j’ai une petite expérience du grand Nord suite à mon expédition avec Loury Lag en 2021.  A compté également le fait que j’avais fait depuis un gros travail sur mon matériel. Lors de cette traversée - 220 km en dix jours par -20°C - ça avait très dur, car j’avais fait beaucoup d'erreurs. J’avais fait un peu n’importe quoi, notamment en gérant mal l’humidité.

Du coup, j’ai travaillé ça, chez moi, sur le glacier des Deux Alpes où les températures peuvent tomber à -20°C. Gérer la sensation de transpiration, l’ouverture des zips poches… J’ai fait beaucoup de tests. Et beaucoup de développements spécifiques avec Salomon. Mais je n’ai pas pu les valider à des températures en dessous de – 20°C. C’est pour ça que, dix jours avant la course, je vais y travailler et me confronter à du -40°C. En sachant que côté matériel, on a un problème. On doit faire des concessions sur ce point-là, on ne peut pas dépasser les 30 kg de pulka à tirer. On parle d'une course de 12 jours, 650 km environ 55 km par jour. On doit calculer juste, on n’a pas de réserve de nourriture. Résultat, tu te mets en danger. 

Alix Noblat, ta compagne, diététicienne, a-t-elle collaboré à ce projet ? 

Pas vraiment sur ce plan, vu la contrainte du poids. Les trucs naturels [ qu’il consomme généralement sur un ultra ] posent un problème ici. Donc je n’ai pris que des lyophilisés, plus un mélange flocons d'avoine – sucre - huile et des poudres énergétiques. Je vais consommer entre 5 000 et 10 000 calories par jour. Je m’attends donc à une perte de poids. En prévision, j’ai pris un bon 5 kg par rapport à mon poids moyen. Quand j’ai realisé ça je me suis dit que j’allais pouvoir me lâcher, à coup de raclettes et de fondues ! Et c’est ce que j’ai fait, comme jamais ! Mais je m’entraîne tellement et par des températures si froides que je ne prends pas vraiment de poids. Cela dit, une semaine avant la course, je vais ralentir le rythme et je devrais pouvoir gagner deux ou trois kilos de plus.

Concrètement, qu’as-tu donc fait au cours de cette préparation express 

Depuis un mois et demi, je fais du spécifique : je tire ma luge, je cours dans la neige. J’ai la forme. Je n’ai pas peur de la forme physique, mais du froid et de la gestion globale. Peur de cette rencontre avec moi-même et des risques de perte extrême de lucidité. Quand on ne dort pas pendant dix jours, tu vrilles, ça me fait peur. J’essaye de reproduire ces conditions, de tirer ma luge la nuit, quand les conditions sont mauvaises. Je travaille aussi le mental depuis quelques semaines.

J’ai pris une grosse claque à l’UTMB l’année dernière [victime d'une douleur au talon d'Achille, il a dû abandonner au 70e km]. J’en ai éprouvé une grande tristesse. Dans le passé, j’avais déjà connu des passages comme ça, mais je les avais résolus tout seul.  Mais cette fois, j’ai décidé de parler à un professionnel [Eric Lacroix] qui ait suffisamment de recul pour m’aider. On a fait beaucoup de séances ensemble. Ca m’a beaucoup aidé. J’aurais dû le faire avant.

Côté physique je ne fais pas d'intensité. Mais beaucoup de renforcement musculaire. Je suis un culturiste en ce moment ! Ca va me servir, pour le trail. Ce sont des briques solides !

Quid de l’orientation sur cette longue course en autonomie ?

Tu es en autonomie totale, c’est vrai. Mais il y a des check-points. Des tentes éphémères où on te fait un check médical. Les organisateurs ne veulent plus de trucs gravissimes. Alors, s’ils décident que ton état de santé n’est plus bon. Ils t’arrêtent. Tu ne peux pas négocier. S’il y a suspicion d'un début d'engelure, ils ne te laissent pas partir. J’ai hyper peur de me faire arrêter, mais je sais qu’ils font ça pour ton bien. Car les statistiques parlent toute seules : il y a moins de 3% de finishers. Et on connaît l’historique des accidents. Avec, bien sûr le cas de Roberto Zando, victime d'engelures en 2018 ; amputé des quatre membres. La perte des doigts, c’est arrivé plusieurs fois. Notamment à un militaire américain, amputé d'un gros orteil qu’il a apporté à un bar où il est dans une sorte d'alcool. Leur truc, c’est t’en faire boire un shot. Pas trop envie de faire ça…

Sinon, au niveau de l’orientation, on est sur le tracé de la course de chiens de traineaux. Ils sont lourds et suivis de motos neige. Donc, à priori, la neige est dure. Seul risque : qu’une tempête efface les traces. D'où l’obligation d'avoir des montres GPS et deux téléphones satellites. [en 2018, l’italien Roberto Zando en était bien équipé, mais le froid était tel, qu’avec ses doigts gelés, il n’avait pas pu les activer]. Peut-être y a-t-il des balises sur le parcours, c’est à vérifier.

A quels développements futurs pourraient donc donner lieu tes tests avec Salomon sur ce projet ?

On a déjà beaucoup collaboré ensemble. Déjà, sur le marathon des Sables. Et cette année, sort un kit désert, avec la chaussure « Dune ». Cette fois, on travaille sur le côté froid. On a travaillé sur des matériaux innovants, facteurs de performance. 10% des produits testés pourraient se retrouver dans la gamme de la marque. Pour le trail, la rando ou le ski. 

On a travaillé sur des guêtres respirantes. Et aussi beaucoup sur les base layers, coupées au laser pour une respiration efficace. De grosses recherches aussi sur les ponts thermiques. Je pars donc avec des protos, ou équipements de la gamme actuelle, modifiés pour cette épreuve. Dans mon équipement j’ai bien sûr une grosse veste GoreTex. Et dans les « obligatoires » une méga veste d'expédition en plumes. Ca, tu n’y touches pas en course. Tu n'as le droit de la mettre qu’à l’arrêt, pour ne pas geler.

Qu’est-ce que tu vises sur cette épreuve ?

D'aller au bout ! Quand je pense que 650 km, c’est un Paris-Marseille en tirant une luge de 40 kg, je ne comprends pas comment c’est possible. C’est un casse-tête que je veux résoudre. Il y a -3% de finishers. Ce n’est pas une course, c’est une aventure !

La barrière horaire est de 12 jours, mais j’aimerais boucler ça en 10 jours. Soit 65 km par jour non-stop. C’est costaud. Si je suis bien, tant mieux, mais si je suis 3e et que le gars devant est à 2h, je ne vais pas me mettre en danger. On en reviendra peut-être aussi avec un film. Je pars avec une équipe, deux gars d'Annecy, on verra ce qu’on peut en faire.

Salomon entend bien ce genre de discours. L’aventure, c’est un de mes métiers qui me permet de créer tout tas de contenus autour de ça. Et pour la marque, c’est l’opportunité de développer du matériel et de communiquer autour de l’événement. Salomon est tout à fait ok avec ça. D'autant que je le fais très loin d'un objectif de trail.

Justement après le Yukon, quels sont très projets ?

Sur mon Insta, tu l’as remarqué, je suis 🔥Adventurer 🎤Speaker 🐙Scubadiver. Je l’assume beaucoup plus maintenant.  Aventurier est un vrai métier. Et en tant que speaker, j’ai plus de demandes que je peux en assurer dans mon calendrier. Plongeur aussi, notamment parce que je travaille actuellement sur un projet de film sur l’océan. J’ajoute aussi coaching, avec Campus, depuis quelques mois, et j’aime beaucoup ça.

Côté trail, mon gros objectif 2025, c’est la Hardrock. Je vais donc d'abord récupérer de la Yukon, puis faire une course mi-mai. Peut-être l’ultra trail d'Australie, mais c’est à voir. A moins que ce soit la Snowdonia, au Pays de Galles, car pour participer à l’UTMB 2026, j’ai besoin de faire une course du circuit.

Fin septembre, je ferai peut-être les championnats du monde en équipe de France. On fait un sport individuel, ça serait cool de s’arracher pour l’équipe ! Mais on n’y est pas encore ! Enfin, en Novembre, je devrais faire la transat Jacques Vabre, rebaptisée « Café l’or »… avec Sam Davis !

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