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Paul Clément Yukon Arctic Ultra
  • Aventure
  • Trail Running

Comment Paul Clément a déjoué les pronostics sur le Yukon Arctic Ultra

  • 10 février 2026
  • 10 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

C’était sa première course arctique. Et il y a une semaine encore, personne n’aurait sans doute misé un centime sur le Français Paul Clément. C’est pourtant cet inconnu de 36 ans qui vient de franchir ce mardi 10 février, la ligne d’arrivée de l’ultra « le plus dur et le plus froid du monde » – 645 km – à 13:51:40 heure locale (20:51:40 en France) après plus de dix jours de course à pied dans le Grand Nord. Bien sûr, l’abandon des deux grands favoris, les Français Thierry Corbarieu et Guillaume Grima, lui a permis de remonter le classement au fil de son périple, mais cette victoire improbable, décrochée par des températures exceptionnellement douces mais piégeuses, il la doit aussi à un mental et à une condition physique exceptionnels, nous expliquent l’entraîneur et le médecin qui l’ont préparé à une épreuve qui tient plus de l’aventure que de la course pure et dure.

Le Yukon Arctic Ultra, épreuve de 645 km et 10 000 m de D+, organisée au plus froid de l’hiver dans le grand nord canadien, compte peu d’élus – moins de 3% » de finishers – et ça fait partie de son charme. Mais si, depuis sa création en 2003, c’est généralement le froid qui fait tomber les participants comme des mouches, cette année l’histoire est toute autre. Dès le départ, le 1er février, on s’est écarté radicalement de l’image classique de l’épreuve polaire extrême. Là où les concurrents se préparent habituellement à affronter des températures de –40 °C, voir – 48°C ils ont dû composer avec un cocktail bien différent, marqué par une douceur totalement inhabituelle, une neige lourde et une humidité constante. De quoi dérouter les meilleurs. 

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le Français Thierry Corbarieu, 56 ans, vainqueur de l’épreuve reine en 2019, est contraint d’abandonner après seulement 75 km : il souffre de maux d’estomac et d’un mal de tête persistant. Et samedi dernier, c’est un autre tricolore, Guillaume Grima, deuxième derrière Mathieu Blanchard en 2025, qui jette l’éponge au km 419 : ses pieds, rongés par l’humidité, sont en charpie. Désormais la place est libre pour Paul Clément, 36 ans, traileur que personne n’imaginait sur le podium du Yukon Arctic Ultra. Jusqu’à son entraîneur et son médecin, qui lui avaient demandé de bien réfléchir avant de s’engager sur une épreuve dont il ne maîtrisait pas les codes et qui pouvait être dangereuse. Plus d’un, victime d’engelures, y a laissé des membres dans le passé. 

Il est vrai que si ce pharmacien de formation vivant en région parisienne est un solide traileur – on l’a vu notamment sur la TDS, l’UTMB et deux fois sur la Diagonale des fous – son palmarès n’avait pas de quoi faire trembler les favoris du Yukon Arctic Ultra. D’autant que c’était sa première course polaire. Alors, quand il y a quelques mois il annonce qu’il a bien envie de signer pour cette épreuve hors norme, personne dans son entourage ne l’en dissuade vraiment, mais personne non plus ne l’encourage à s’y jeter tête baissée. C’est donc très préparé qu’il est parti pour le Grand Nord. Une stratégie payante, confirmant ainsi le commentaire du directeur de l’épreuve s’exprimant en milieu de course : « Sur la Yukon Arctic Ultra, la chance joue toujours un rôle. Mais la maîtrise, la discipline et la capacité à rester fidèle à sa trajectoire comptent tout autant. ».

Du matériel léger et modulable

Quand la plupart de ses concurrents sont partis avec des pulkas de 28 à 30 kg, Paul Clément a réduit son poids total à 22 kg. Elle en pesait 26 au départ, mais il n’a eu de cesse de l’alléger. Bien vu : quand il a dû la traîner dans une neige lourde et mouillée, puis ces dernières jours dans plus de 20 cm de poudreuse, courir léger a fait la différence. Bonne stratégie également au niveau de son équipement vestimentaire. Sur cette épreuve polaire, on pouvait s’attendre à des températures tombant à -48°C, comme en 2025. Ceux qui n’ont envisagé que cette option s’en sont mordu les doigts quand ils ont vu grimper le thermomètre à – 10°C seulement. Mais il fallait tout imaginer. Avec lui, le traileur a donc emporté 3,3 kg de vêtements, piochés chez Millet. Dont 1,215 kg pour une doudoune isolante qui l’aurait parfaitement protégé par – 40°C.  Un produit destiné à l’alpinisme en style alpin qui ne lui aura pas été indispensable au final, mais… qui pouvait le savoir ? Très compressible, elle a pu se glisser dans son sac quand, il a décidé de miser sur des pièces plus légères, mix de laine et de matières synthétiques pour certaines. Des couches et sous-couches avec lesquelles il a jonglé. De quoi lui permettre d’avancer à raison de plus de 71 km par jour en moyenne, sans surchauffer et en évacuant la transpiration. Au pied, il pouvait compter sur deux paires de chaussures, des Hoka avec guêtres et des Scarpa.

Un entraîneur prudent et qui le connaît bien

Plus de deux ans maintenant que Jean-François Pinon, ex infirmier et coach basé à Annecy, suit Paul Clément. C’est la première fois qu’il participe à la préparation d’un athlète sur une course polaire : « c’est unchallenge, et je n’aurais pas accepté pour tout le monde : on peut se mettre en danger sur ce type d’épreuve. Or, l’entraîneur n’est pas là pour faire du mal. Alors quand Paul m’a demandé de l’y préparer, je lui ai demandé : « Est-ce que ta compagne est d’accord ? Parce que le danger, là, est potentiellement mortel, vu le froid extrême, les risques de déshydratation même dans le froid etc. Il m’a dit : tout le monde est OK. Donc on y va. Sinon je ne l’aurais pas entraîné. Quand on a construit le plan d’entraînement, on est parti de ses qualités physiques : un mental d’acier, l’expérience d’efforts sur du long  (l’UTMB, la Diagonale des Fous). Et quand il m’a parlé du Yukon, on est parti sur les contraintes biomécaniques très spécifiques liées à la tractation du traîneau. Je suis fan d’une méthode : travailler sur pré-fatigue. Il a donc fait énormément de musculation. Trois mois intensifs après Les Templiiers, basés sur l’adaptation musculaire. L’idée : dégrader moins vite, jouer sur la force maximale surtout en concentrique (traction), travailler les chaînes postérieures/antérieures, les lombaires et les abdos. 

Ensuite, on a décliné avec la course à pied : courir à plat, courir en trail, courir sur tapis (vu qu’il habite en région parisienne), marcher sur tapis… toujours pour retrouver la biomécanique du traîneau. Tout l’entraînement était basé sur le renforcement des chaînes postérieures, puis des abdos et des lombaires pour construire un tronc solide. Comme c’est contraignant, le week-end je le laissais libre : samedi gros bloc muscu, puis sortie libre pour se vider la tête, avec deux règles : ne pas se blesser, rester à basse intensité.

Vu les températures, la neige était catastrophique. Les efforts pour tirer le traîneau sont plus difficiles que si c’était gelé. Ça peut en désavantager certains et en avantager d’autres. C’est le cas de Paul, qui vit à Paris : le corps dépense moins d’énergie pour lutter contre le froid. En revanche, on dépense plus pour tirer dans un terrain lourd. C’est une balance. Mais Paul se connaît par cœur. Tant au niveau de la gestion de l’effort, que du pacing. Il est intelligent, raisonnable. Et surtout, il dégrade peu musculairement : à l’UTMB comme sur la Diag, il descend aussi vite à la fin qu’au début. Sur la Yukon, il baisse la tête et il avance. Il gère pour que l’effort soit le moins difficile possible. 

Paul Clément Yukon Arctic Ultra 4
(Callum Jolliffe / Yukon Arctic Ultra)

C’est un dur au mal, et il marche à l’instinct, aussi à un moment où ça devenait difficile, je lui ai envoyé un message : « Ne pense pas à l’arrivée, mètre après mètre ; pense à manger, pense à dormir ; tu as du temps ; la Yukon, c’est une aventure, pas une course ; aventure humaine, peut-être l’une des aventures de ta vie.

Paul a su faire sa course pour lui. Je lui avais dit : trouve quelqu’un avec un bon rythme, reste avec lui pour combattre la solitude ; ensuite les écarts vont se lisser et devenir énormes. Si tu te respectes, focus plan de course, valeurs, qualités : il ne t’arrive rien. Si tu cours contre les autres et que tu ne te respectes pas : ça va mal se passer. Côté sommeil je lui ai dit : si tu veux dormir, tu te poses. Mais pas des nuits de 8 heures : plutôt 1h, 2h, max 3h, tu manges, tu repars. Sinon on n’a plus envie de repartir. Il faut rester dans une dynamique d’avancer, tout en se respectant. Le Yukon, ce n’est pas un ultra “course”, c’est une aventure ». 

La suite ? On ne veut pas d’objectifs à très long terme. On en discutera. Sécurité d’abord : pas de reprise sans tests médicaux. J’ai été infirmier pendant 10 ans : si tu ne soignes pas, surtout, ne fais pas de mal, même logique pour les athlètes. Après une aventure de dix jours, où on a subi une privation de sommeil, beaucoup de stress, on a envie de repartir vite, mais trois semaines après on peut être incapable de courir 45 minutes. Il faut une phase de régénération, de réflexion, d’analyse. Reste que si une chose m’a surpris sur cette épreuve, c’est sa gestion de la solitude. On n’en avait pas parlé, même au brief. Se retrouver face à soi-même, avec pensées positives ou négatives, pendant des jours. C’est impressionnant »

Paul Clément Yukon Arctic Ultra 4
(Callum Jolliffe / Yukon Arctic Ultra)

Son médecin, un ami qui suit également l’équipe de France de trail 

Quinze ans que Paul Clément et Jean-Baptiste Couderc se connaissent. « On s’est rencontrés à la fac, Paul était en pharmacie, moi, en médecine. Après, on s’est retrouvés sur des courses, et en partageant des passions communes. Quand il m’a dit l’année dernière qu’il voulait faire cette course, je n’ai pas voulu le pousser. J’ai trouvé ça complètement fou. Je ne voulais pas être celui qui l’envoie au charbon ! Mais Paul, c’est quelqu’un qui marche beaucoup à l’instinct, il s’est inscrit malgré tout. Une fois que c’était acté, je me suis dit : en tant que médecin, je ne vais pas le laisser comme ça. On a donc beaucoup discuté. In fine, on a eu deux grosses consultations dédiées à ça. Le reste du temps, on a beaucoup échangé en courant.

En amont, on avait abordé le problème du grand froid. Il a déjà fait la traversée du GR10, du GR20, le GR5, et c’est quelqu’un de très solide physiquement, mais on se posait la question du très grand froid, parce qu’on n’a pas l’habitude de vivre à – 30° C, – 40° C. Moi, je trouvais ça dingue. Mais ce qui me faisait peur pour Paul, c’est qu’on a peu de recul sur les signes avant-coureurs d’engelure ou de problèmes liés au froid. On peut passer à côté, surtout s’il fait extrêmement froid. Il a longtemps échangé au téléphone avec Guillaume Grima et Thierry Corbarieux sur leurs expériences. En gros, ils lui avaient conseillé de ne pas trop s’habiller, de ne pas trop transpirer : s’il fait très froid mais qu’on transpire beaucoup, on risque de se refroidir plus que de se réchauffer. Mais on n’avait pas anticipé qu’il puisse faire finalement assez doux et qu’il ait beaucoup neiger, avec des problèmes liés à l’humidité, notamment au niveau des pieds. J’imagine même pas à quel point ça peut être douloureux. Si Guillaume Grima a abandonné, je me dis que ça doit faire très, très, très mal. 

J’ai conseillé à Paul de changer ses chaussettes, d’essayer de les faire sécher, et d’alterner. C’est très compliqué parce que c’est extrêmement humide et toujours très mouillé. En amont, on avait discuté avec des anciens participants. Il avait acheté des chaussures un peu plus grandes : une pointure et demie au-dessus, pour laisser gonfler les pieds en cas d’humidité ou de chaleur, sans être trop serré. Il en avait deux paires, je crois. Une paire de Scarpa pour le grand froid, qui peut cramponner facilement. Et une deuxième, plus “trail”, au cas où il se retrouverait sur une portion plus facile et où il pourrait courir ou trottiner, plus légère que des chaussures de haute montagne.

Au début, sur les 200 premiers kilomètres, il a énormément utilisé les raquettes. Il a eu de fortes tendinites sur les releveurs du pied, à force de relever les pieds sans arrêt, car il n’y est pas habitué. Je lui ai conseillé différents étirements, et des automassages pour faire passer l’inflammation.

On a aussi beaucoup abordé la question de la biomécanique de la pulka avec son coach. Il s’est entraîné en course à pied, mais la qualité première d’une expédition comme celle-ci, c’est surtout l’endurance musculaire, notamment lombaire, parce que la pulka pèse 25–30 kg. Il a donc fait beaucoup de renforcement. On lui avait aussi fait prendre un peu de poids pour qu’il arrive plus costaud (on est coureur, donc souvent un peu sec), sachant qu’il allait maigrir, pour qu'il ait un peu plus de masse grasse et de “bonus”.

Paul Clément Yukon Arctic Ultra 4
(Norm Boisvert / Yukon Arctic Ultra)

Essentielle, aussi, la répartition des charges : être tracté en arrière augmente la charge lombaire (d'où l’importance du gainage, des charges lourdes, de la force et de l’endurance musculaire). Et en descente, il devait se préparer à un gros travail excentrique sur les chaînes antérieures et les quadriceps, car il faut amortir la pulka qui te pousse et t'entraîne. Les dénivelés ne sont pas comme sur un UTMB, mais une descente peut durer 20 km avec 25–30 kg derrière. Et la pulka qui devait être à 25–30 kg au départ, finit plutôt à 35–40 kg, car l’humidité trempe tout et l’alourdit.

Le sommeil était un autre point sur lequel il devait être vigilant. On avait essayé de calibrer des moments de repos, avec des siestes de 10–15 minutes pour le “remettre à zéro” pour quelques heures. La douceur a fait qu’il a pu faire des siestes plus longues sur la deuxième partie. À Quiet Lake, il a dormi 5–6 heures : une grande pause pour se ressourcer. Je lui ai dit à un moment : 'tu as de l’avance, ne te blesse pas, reste lucide, hydrate-toi, alimente-toi, tu as 60 km d’avance sur le second : si tu dois t’arrêter 4–5 heures, tu t’arrêtes et tu finis '.

On a aussi abordé l’alimentation. J’étais parti sur plus de 8 000 kcal/jour. Ensuite, on s’est entourés d’un nutritionniste pour établir des plans, des menus et des repères, pour qu’il n’ait pas à réfléchir. On a fragmenté la prise, en  6–7 moments par jour, des collations régulières, pour garder une balance énergétique positive et faciliter la digestion.

Une épreuve pareille laisse des traces. Je lui ai fait faire un bilan sanguin avant de partir. Je veux voir maintenant s’il n’a pas de carences, des troubles ioniques, pour le surveiller biologiquement. Il faut qu’il se repose plusieurs semaines et n'enchaîne pas sur d’autres dossards, il a le profil pour un Tor des Géants, il attend le “feu vert”, mais il lui faudra attendre de récupérer complètement. Il va en prendre conscience en rentrant. Sans parler de la redescente psychologique. Le retour à la vie sociale peut faire bizarre ! : « Ça fait dix jours qu’il parle à des arbres »

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