Les traileurs de l’ultra réputé comme « le plus froid du monde » s’attendaient à des températures pouvant tomber à –48 °C. Ils doivent complètement revoir leur stratégie. L’édition 2026, qui a débuté le 1er février, se joue dans des conditions déroutantes. Au programme cette année : une douceur relative et une neige fraîche et terriblement lourde ralentissant leur progression. Une situation qui semble profiter aux Français en lice. Sur la course reine (600 km), un trio tricolore s’est détaché. En tête aujourd’hui, Guillaume Grima - courant en tee-shirt ! - est suivi de Paul Clément et de Maxime Bachelot, tandis que Thierry Corbarieu, donné pour favori, a été contraint à abandonner après seulement 75 km.
« J’aimerais pouvoir écrire 'les pistes se raffermissent, tout le monde avance fort, personne d’autre n’a dû abandonner… '. Malheureusement, ce n’est pas ce qui se passe. Quinze centimètres de neige fraîche sont tombés pendant la nuit, et il continue de neiger. Les températures restent trop douces pour que la piste se solidifie. ». Hier, Robert Pollhammer, organisateur de la Yukon Arctic Ultra, semblait un peu désespéré dans son post sur Facebook. Rien n’allait comme prévu.
Dès les premiers jours, l’édition 2026 de la Yukon Arctic Ultra s’est écartée radicalement de l’image classique de l’épreuve polaire extrême. Là où les concurrents se préparent habituellement à affronter des températures de –40 °C, voir - 28°C certaines années, ils doivent aujourd'hui composer avec un cocktail bien différent marqué par une douceur totalement inhabituelle. Une configuration que l’organisateur qualifie lui-même de problématique pour la progression des traileurs engagés sur la catégorie reine, le 600 km.
Résultat, plusieurs concurrents n’ont pas pu dépasser Evelyn Creek et ont dû être rapatriés vers Brooks Brook. Des équipes en motoneige ont été mobilisées pour tenter de compacter la neige fraîche, sans pouvoir enrayer totalement la dégradation du terrain. « Une neige fraîche comme celle-ci rend la traction d’une pulka vraiment très difficile, surtout lorsqu’elle repose sur un support déjà meuble », précise Robert Poollhammer. Seul point positif à ce stade : aucune urgence médicale grave n’a été signalée, uniquement des blessures liées à la fatigue et aux contraintes physiques. Et surtout aucun cas de gelures. On est loin des scénarios dramatiques des années précédentes, où certains concurrents y ont laissé quelques doigts, voire une jambe.
De –1 à –5° C seulement en journée
Dans ces conditions piégeuses, la course a déjà pris une tournure très marquée côté français. D’après le suivi en direct et les dernières données du tracker Trackleaders, Guillaume Grima, deuxième sur cette épreuve l’an dernier, occupe la tête de course avec environ 238 km parcourus, suivi de très près par un autre Français, Paul Clément (environ 235 km). Maxime Bachelot complète ce podium provisoire tricolore.
Derrière eux, l’Autrichienne Yasmin Stoderegger – que Grima présentait comme une sérieuse concurrente dans l’interview qu’il nous avait accordée quelques semaines avant le départ – figure en quatrième position au scratch. Le groupe de tête progresse actuellement dans une zone où les températures oscillent autour de –1 à –5 °C en journée, parfois plus douces encore vers le sud du parcours, avant de chuter plus franchement la nuit. Un schéma météo qui alourdit le manteau neigeux et rend chaque kilomètre plus coûteux en énergie.
Mais le fait marquant de ce début d’édition reste l’abandon de Thierry Corbarieu. Le Français de 56 ans, vainqueur de la Yukon Arctic Ultra en 2019 et annoncé parmi les favoris, a dû renoncer après seulement 75 km. Rapidement privé d’énergie, souffrant de maux d’estomac et d’un mal de tête persistant, il s’est arrêté plusieurs heures avant de se résoudre à déclencher sa balise SOS. C’est la première fois que l’ultra-traileur affiche DNF sur une course polaire.
Courir « trop léger » pour l’Arctique
À l’avant, Guillaume Grima - parfaitement acclimaté au Grand Nord où il vit une bonne partie de l’année -doit aussi composer avec la chaleur. Mais cela ne semble pas l'affecter. Il s'est adapté et avance en simple tee-shirt, selon Cimalp, son sponsor. Il court donc « léger », mais ça n’arrange pas forcément son chrono, au contraire. Car il doit faire avec une piste en surface instable, glissante et énergivore. Le retard accumulé sur ses temps de passage de l’an dernier (déjà estimé à plus de deux heures), montre combien cette neige molle impacte la performance.
À ce stade, rien n’est joué pourtant. Les prévisions météo laissent entrevoir une alternance de nouvelles chutes de neige et de températures toujours trop douces pour un damage durable. Un scénario qui pourrait continuer à user les organismes, ralentir les plus solides et provoquer d’autres abandons.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
