Dans le vélo, les grandes révolutions techniques arrivent rarement là où on les attend. En 2026, ce n’est ni une transmission électronique de plus, ni une nouvelle construction carbone qui agitent le secteur. C’est une roue. Ou plutôt une roue nettement plus grande. Après des années de prototypage dans le plus grand secret, de rumeurs et de montages artisanaux, le format 32 pouces sort de l’ombre et commence à apparaître un peu partout, sur des vélos de cross-country en phase de test avancée, sur des gravel prêts à entrer en production et même dans les feuilles de route d’équipementiers majeurs qui ne sont généralement pas les premiers à se lancer.
Une rupture dans un marché en quête de souffle
Ces cinq dernières années, le développement en VTT s’est davantage inscrit dans une logique d’optimisation que de révolution. Les vélos n’ont jamais été aussi performants, mais les gains restent marginaux. À tel point qu’un modèle acheté en 2020 reste aujourd’hui parfaitement dans le coup. Une excellente nouvelle pour les pratiquants, un peu moins pour une industrie en manque de renouvellement.
C’est précisément là que le 32 pouces pourrait rebattre les cartes, comme le 29 pouces l’avait fait en son temps face au 26 pouces. À l’époque, les grandes roues ont fini par s’imposer grâce à leur capacité à mieux franchir les obstacles, conserver la vitesse et, une fois les géométries adaptées, offrir plus de stabilité et de confiance.
Reste à savoir si le 32 pouces peut pousser le curseur encore plus loin — ou s’il s’agit d’une tentative de relancer artificiellement un marché post-Covid en perte de vitesse.
Des gains bien réels… sur certains terrains
Pour mesurer la réalité du phénomène, ingénieurs, chefs de produit et pilotes d’essai — chez Fox Factory, Trek, Maxxis ou Vittoria — travaillent déjà sur le sujet. Tous cherchent à savoir dans quelle configuration le 32 pouces a-t-il réellement du sens ?
Le cross-country semble être le terrain d’expression le plus évident. Là où chaque watt compte, les gains en rendement peuvent faire la différence. Les premiers retours sont sans ambiguïté, avec plus de grip, une capacité de franchissement impressionnante et une meilleure conservation de la vitesse. Même monté sur un prototype encore lourd et loin des standards actuels, le 32 pouces rivalise déjà avec les vélos de Coupe du monde en 29 pouces.
Le gravel, lui, pourrait être le vrai terrain de démocratisation. Moins technique, moins contraint en termes de position, il permet d’exploiter plus facilement les bénéfices d’un diamètre plus grand. Sur les longues distances, typiques des grandes épreuves, un meilleur rendement et une inertie accrue peuvent rapidement devenir des arguments décisifs.
Le gravel et le bikepacking en première ligne
Certaines marques n’ont pas attendu pour se positionner. La marque américaine Salsa Cycles fait partie des plus offensives avec un modèle de bikepacking en 32 pouces attendu prochainement. Les tests internes évoquent des roues capables de rouler plus vite et plus loin à effort égal, avec une surface de contact au sol en hausse de 10 à 15 %. Sur terrain meuble, le gain est immédiat : plus de stabilité, plus de motricité, moins de perte d’énergie.
La comparaison revient souvent : le saut du 29 au 32 pouces serait du même ordre que celui du 26 au 29 pouces. Ambitieux, mais pas totalement irréaliste à ce stade.
Le vrai frein : le pneu
Si le 32 pouces met autant de temps à émerger, ce n’est pas faute d’intérêt. Le principal verrou a longtemps été… le pneu. Concevoir un cadre ou une jante reste relativement accessible. Développer un pneu, en revanche, implique des investissements lourds, des moules spécifiques et une production à grande échelle dès le départ.
Chez Maxxis, le projet a véritablement pris forme sous l’impulsion des équipes de compétition, à la recherche d’un avantage marginal en vue des Jeux olympiques de Paris 2024. Trop juste pour l’échéance olympique, le développement devrait désormais se concrétiser sur les prochaines saisons de Coupe du monde et les millésimes 2027-2028.
Des compromis encore bien présents
Tout n’est pas réglé pour autant. Si les bénéfices sont réels, les contraintes le sont tout autant. L’inertie plus importante pénalise les relances, certains profils de montée — notamment sur route — ne tirent pas pleinement parti du format, et l’intégration sur des petits cadres reste un défi technique.
Des progrès ont été faits, y compris pour les gabarits plus modestes, mais les limites apparaissent rapidement, avec un empattement allongé, un avant plus haut et un risque accru de contact entre le pied et la roue avant en gravel. Autant de paramètres qui compliquent la conception. Certaines pistes émergent déjà, comme les montages mulet adaptés au 32 pouces, mais on reste dans une phase d’exploration.
Un standard ou une niche ?
Difficile, aujourd’hui, d’imaginer le 32 pouces remplacer totalement le 29. Les acteurs du secteur eux-mêmes tempèrent les attentes. L’histoire récente, avec l’exemple des pneus très larges ou des fat bikes, rappelle que toutes les innovations ne deviennent pas des standards.
La différence, ici, c’est que les gains ne relèvent pas uniquement du ressenti, ils sont mesurables, au moins dans certaines disciplines. Les prochains mois seront déterminants. Les premiers modèles de série, les retours des coureurs et la capacité de l’industrie à résoudre les questions de poids, de compatibilité et d’approvisionnement feront la différence.
Pour la première fois depuis longtemps, le vélo tient peut-être une évolution capable de vraiment changer la donne. Reste à savoir si le 32 pouces deviendra la norme ou s’il restera simplement une nouvelle voie parmi d’autres.
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