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Vivian Bruchez Piccolo Cristallo
  • Aventure
  • Snow Sports

Vivian Bruchez, virtuose de la pente raide : « J’ai envie de montrer qu’il y a toujours du beau là-haut »

  • 14 avril 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

À 38 ans seulement, le guide chamoniard compte 100 ouvertures, dont l’immense majorité dans le massif du Mont-Blanc. Et s’il ne court pas après les premières, il ne cesse d'allonger la liste de ses descentes vertigineuses, ouvrant la voie à toute une génération de jeunes skieurs de pente raide. Dernière en date, le 6 avril dernier : Piccolo Cristallo (5.3, E4, 800 m), dans le fond du bassin de Miage, au-dessus des Contamines, dans la partie ouest du massif du Mont-Blanc. Une ligne « esthétique, suspendue, sauvage, dans un cadre glaciaire exceptionnel », avec des passages jusqu'à 50 degrés. En clair, un « petit bijou », comme il les aime, qui a failli échapper à son œil pourtant aiguisé. Comment l’a-t-il repéré dans le massif le plus convoité de la planète ? Tout un art où l’expérience compte autant que les recherches nous explique-t-il dans une interview.

Surprise : une belle rampe suspendue, révélée par le réchauffement climatique 

« Mon idée de départ, c'était de relier la France et l'Italie par le col Infranchissable qui marque la frontière. Tout un symbole, raconte Vivian Bruchez, toujours en quête de nouvelles découvertes. Le 6 avril, quand il se lance avec Mike Arnold, un guide américain qu’il connaît bien, il n'est pas déçu, au contraire. « Ce col semblait infranchissable, c’est ce qui en faisait tout l’intérêt pour moi. Ce secteur-là, je le connais plutôt bien, ça fait peut-être plus de dix ans que je fais des descentes dans la face ouest du Mont-Blanc. Et d'année en année, je voyais un sérac qui le rendait infranchissable, mais qui était en train de se lisser, de diminuer un peu en épaisseur sous l’impact du réchauffement climatique et, du coup, de laisser un nouveau passage. Et ça, moi, j'aime bien... Je trouvais que c'était un joli témoignage d'essayer de le franchir. Or, quand j'ai fait des repérages, quelques jours avant, j'ai vu qu'au-dessus, il y avait une rampe qui rendait la chose plus esthétique et un peu plus technique encore. Tu as une entrée de pente qui est quand même assez raide, vers les 50 degrés. Et au-delà du raide, disons que c'est plutôt aérien. Au-dessus des barres rocheuses. Là, ça change clairement l'engagement.»

Vivian Bruchez Piccolo CristalloVivian Bruchez Piccolo CristalloVivian Bruchez Piccolo Cristallo

« Aucune certitude sur le fait que ça passe » 

« Je n'étais vraiment pas du tout sûr de pouvoir y arriver. Dans nos pratiques en ski de pente raide, on aime bien remonter les itinéraires qu'on skie. Parce que ça nous permet de nous rendre compte de notre itinéraire, de voir les conditions de neige. Mais là, on a fait le choix de traverser la montagne. On est parti du côté France des Contamines et on a traversé vers le côté italien. Ca veut dire qu'on skiait à vue. Donc, tu as toujours des incertitudes. J'identifie quand même souvent les points clé, l'entrée de la pente en était un. Mais c’est quand on est arrivé au sommet de l'entrée, ou plutôt de la rampe, qu’on s'est dit : finalement, ça peut jouer ! Mais je n'avais aucune certitude sur le fait que ça passe. Mais j'aime bien garder une certaine forme d'interrogation, ne pas avoir de certitude. Parce que la certitude peut t'amener vers une frustration, si tu dois faire demi-tour. Or moi, je ne fais pas de la montagne pour être frustré. Je fais de la montagne pour être heureux. Donc, je vais voir si je peux résoudre des énigmes. Et si ça le fait, tant mieux ! »

Vivian Bruchez Piccolo CristalloVivian Bruchez Piccolo CristalloVivian Bruchez Piccolo Cristallo

Plongée dans les archives des années 70, débuts de la pente raide en France, étude des itinéraires d'alpinisme oubliés… autant de pistes pour repérer de belles ouvertures

Pour identifier de nouvelles lignes, mais aussi vérifier si elles ont déjà été faites à ski, tout un art où la ténacité n’est pas la moindre des qualités. « Dans ce secteur du massif, j’avais déjà fait au moins dix descentes. Mais je n’avais trouvé aucune information sur cette ligne.  Même si je remontais aux débuts du ski de pente raide dans les années 70. Du coup, j'ai aussi contacté des amis skieurs, très actifs dans ce secteur-là pour savoir ce qu'ils avaient fait et ce qu'ils n'avaient pas fait. Ca, c'est la première étape. Après, quand je vais chercher des itinéraires, s'ils ont été faits en alpinisme, je vais dans les topos. A l’ENSA, où j’enseigne, on a une bibliothèque absolument superbe. L’historique des itinéraires est dingue. Mais il n'y a pas tout. J’ai donc dû faire appel à un ami, Rodolphe Paupier. Rodolphe, c'est notre encyclopédie de la montagne, il fait des chroniques pour le Club alpin français. Il répertorie toutes les descentes Et il a un regard ! Il a même accès à des topos qui sont encore plus vieux que les miens. J’échange beaucoup avec lui. Là, je l'ai missionné sur des questions que je me pose. Il me permet d'affiner mes informations. Il est d'une aide énorme. Parce que, quand tu communiques sur quelque chose, c'est bien de savoir ce qui s'y est fait avant. C’est une question de transmission, de relais. C’est lui m’a sorti cette voie d'alpinisme. Ce n'est pas moi qui l'ai trouvée. Pour moi, c'était surtout un devoir de mémoire, je trouve extrêmement intéressant le regard des pionniers. Très souvent, les itinéraires que j'ouvre aujourd'hui, sont des itinéraires d'alpinisme oubliés. 

Sur place, je fais aussi des photos, c’est là où j'ai vu la ligne. Ca veut dire que la démarche est bien plus profonde que de se dire : tiens, c'est un tel ou un tel qui m'a parlé de ça, ou j'ai vu ça dans un livre. Non, je suis venu sur place, j'ai pris des photos et j'y ai vu la ligne. Ensuite, une fois la descente faite, c'est là que je me renseigne pour savoir si ça a été fait ou pas. J'ai besoin que les descentes me parlent à moi avant qu'elles parlent sur un topo ! Et ça, c'est plus important. Par contre, après, oui, je fais vraiment une recherche après coup pour n’oublier personne.

J'ai quand même fait pas mal de choses autour de la maison, j'habite dans la vallée de Cham. Et j’ai besoin de bouger pour toujours trouver de la motivation, de l'émerveillement, de la contemplation. C’est ça qui va me motiver. Je ne suis pas dans une chasse aux premières, ça n'a pas de sens, ça. Ce qui a du sens, c'est de parcourir la montagne avec envie. Et puis, du coup, c'est toujours très sympa d'arriver au sommet d'un col et de voir des montagnes derrière ou d'arriver sur un sommet et de voir des montagnes que tu n'avais jamais vues. »

« Je suis toujours un peu à l’affût »

« Des projets, j'en ai toujours beaucoup en tête. Mais il faut réunir le bon endroit, le bon moment et surtout la bonne personne, c’est le plus important pour moi et le plus difficile au final à aligner, parce que c'est tellement spécifique. Réussir à motiver, à fédérer des copains derrière un projet et que ça leur plaise. Ce n’est pas spécialement l’itinéraire qui m’intéresse. C'est tout ce que tu arrives à faire pour arriver à une descente. En fait, quelque part, je suis toujours un peu à l'affût. Et ça, c'est clair que ça me plaît. »

La nouvelle génération de skieurs de pente raide peut se professionnaliser très vite. Ca, c’est nouveau, mais est-ce une chance ?

« Ce qui a vraiment changé les choses en pente raide, c’est que la nouvelle génération peut se professionnaliser très vite, chose qui n’existait pas avant. Moi, quand je suis arrivé, j'ai passé le guide, et j’étais entraîneur en ski alpin. J'étais passionné de ski de pente raide, mais je ne pouvais pas y dédier tout mon temps, parce qu’il fallait que je bosse.

Maintenant, grâce à l'image, grâce à ce que tu peux construire sur les réseaux sociaux, une communauté, etc, tu peux te permettre de passer pro... Après, voilà, il faut en assumer le statut. Ce n’est pas fait pour tout le monde. Mais il y a des ouvertures. Tu peux te professionnaliser dans le ski de montagne, avec des partenaires. Mais est-ce vraiment une chance, finalement ? C'est une bonne question. Je ne sais pas. Parce que, pendant toutes les années où je travaillais à côté comme guide ou comme entraîneur, ces années où je me suis aussi formé au maximum dans le ski de pente raide, je me suis beaucoup préservé. Je n'étais pas 100% de mon temps en montagne. J'arrivais à avoir des soupapes où je faisais d'autres choses. Parce que, mine de rien, c'est sûr que plus tu passes du temps en montagne, forcément, statistiquement… Il y a une phrase que j'aime assez et que je dis assez souvent : on entend souvent dire que la montagne est dangereuse; moi, j'aurais tendance à dire que c'est notre manière de la pratiquer qui est dangereuse. Et pour moi, ça, ça change tout. 

Donc, le fait d'avoir 100% de ton temps dédié à la montagne et à la performance, avec une pression que l’athlète se met souvent tout seul, parce qu'il a envie de montrer qu'il au niveau.... Alors, est-ce que c'est une chance ? Peut-être, mais c'est sûr qu’il faut avoir beaucoup de maturité pour bien gérer ça dans le temps. »

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