« C’est une conviction de ne pas avoir de carburant fossile à bord » souligne Conrad Colman, premier skipper à avoir terminé un Vendée Globe sans énergie fossile, en 2016. Une performance qu’il est toujours le seul à pouvoir revendiquer… et qu’il est en train de réitérer sur cette 10e édition. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, les skippers de cette course en solitaire, sans escale et sans assistance, ont besoin d'emporter environ 200 litres de gasoil à bord.
La promesse du Vendée Globe ? Un tour du monde avec la force du vent comme unique mode de propulsion. Sauf que, et nombreux sont ceux qui l’ignorent, 200 litres de gasoil est embarqué à bord des navires. « Chaque bateau est équipé d’un moteur diesel » explique Conrad Colman. « Nous n’avons évidemment pas le droit de faire tourner l’hélice pour avancer. Si le moteur tourne, c’est pour générer de l’énergie, pour recharger les batteries dont l’énergie a été consommée par les instruments, le pilote automatique [indispensable pour maintenir la trajectoire, ndlr], les systèmes de navigation [dont le GPS, radar, système d’identification automatique, visant à éviter les collisions en mer, et assurer un suivi de flotte en temps réel, ndlr], la communication par satellite ou le désalinisateur pour avoir de l’eau douce ».
Le néo-zélandais, en route sur son 2e Vendée Globe cette année, précise également que chaque skipper consomme entre 100 et 200 litres de gasoil lors des 80 jours de son tour du monde. « Il y a 40 concurrents, cela fait beaucoup » insiste-il. » Je veux que la voile soit un leader sur les questions énergétiques, car elle est naturellement attirée par les éléments naturels. Notre défi est d’exploiter au mieux le vent pour avancer et gagner la course ».
« Je vais utiliser uniquement des panneaux solaires et un hydrogénérateur »
Originaire de Nouvelle-Zélande, Conrad Colman a grandi aux États-Unis. Passionné de VTT, il découvre le Vendée Globe au début des années 2000. Très vite, il décide de tout quitter pour la France. Son rêve ? Boucler son premier tour du monde à la voile. Ce qu’il fera en 2016, devenant alors le premier navigateur a terminé un Vendée Globe sans énergie fossile. « J’avais obtenu une dérogation pour remplacer le moteur thermique par un moteur électrique Ocean Volt, le même système qui est installé actuellement sur le bateau Hublot » explique-t-il. Mais depuis la récupération de Kevin Escoffier [dont le bateau s’était brisé en deux à l’approche du Cap de Bonne Espérance lors de la précédente édition, ndlr] sur le dernier Vendée Globe, la classe a imposé le moteur thermique comme élément de sécurité. Je ne suis pas forcément d'accord. J'ai déjà sauvé quelqu'un dans l'eau et souvent le bateau est plus manœuvrable à la voile qu'au moteur, surtout dans des conditions océaniques ».
Faute de sponsors, il ne participe pas à l'édition 2020. Il est de retour cette année sur l’IMOCA MS Amlin, l’ancien bateau de Maxime Sorel en 2020. Et il ne compte, cette fois-ci encore, que sur les éléments, le vent et le soleil, pour boucler son deuxième Vendée Globe. « Je garde donc le moteur thermique, sur lequel je vais installer un plomb supplémentaire pour prouver que je ne l'utiliserai pas, en plus du plomb de l'hélice » détaille-t-il. « Je vais utiliser uniquement des panneaux solaires et l'hydrogénérateur Watt&Sea. Je vais donc augmenter ma capacité de stockage - j'ai des batteries plus grandes qui me donnent 2 jours d'autonomie. Dans le pire des cas, si je suis coincé dans le Pot-au-Noir, ne pouvant me charger ni avec la vitesse ni avec le soleil, j'ai de quoi tenir ».
« Plus fiable et plus léger »
« Il faut être un peu stratégique » détaille le skipper. « Il y a des phases que l'on a analysées avec nos routages, ou je serais moins efficace en charge et plein d'eau. Avoir presque 3 000 watts en puissance de panneaux solaires permet d'être autonome plusieurs jours et de ne pas réfléchir quand je dois charger. Ça me permet d'enlever la charge mentale, qui est assez critique en course au large. C'est aussi plus sympathique de ne pas avoir les odeurs, le bruit... En conclusion, c'est plus fiable et plus léger, donc ça ne nuit pas à la performance ».
À noter que la 11e édition du Vendée Globe (2028-2029) marquera l'interdiction des énergies fossiles, et donc du gasoil, à bord. « Même si la quantité embarquée est faible (200 litres) par bateau, ce sera un symbole fort », a estimé Alain Leboeuf qui a également annoncé, en partenariat avec l’UNESCO, des mesures plus terriennes pour réduire l'impact carbone de l'événement (ticket TER à 5 euros, offre élargie de TGV, disparition des bouteilles plastiques sur le village, tri et recyclage, notamment).
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