Pour son deuxième Vendée Globe, Fabrice Amedeo, misait sur une arrivée samedi. L’océan et la météo en ont décidé autrement. C’est donc plutôt mardi 4 mars, qu’il est arrivé aux Sables d'Olonne. Derrière lui, ne resterait plus en compétition que le Belge Denis Van Weynbergh, qui selon les derniers calculs, pourrait arriver ce week-end. Mais « hors temps ». De quoi déclencher une mobilisation en Belgique, où ses supporters plaident pour que la barrière horaire soit, exceptionnellement, décalée d'un jour.
Dans son dernier message, Fabrice Amedeo dit commencer à trouver le temps long. Ce jour-là, le 25 février, il fêtait son anniversaire en mer en ouvrant une « bière du Cap Horn ». Pas vraiment ce qu’il avait prévu. Derrière lui, 23 734,3 nm et 107 jours en mer. Il est vrai que depuis le Cap Horn, la météo ne lui a pas fait de cadeau. Mais, « il a fait le plus dur », dit-il, et désormais il poursuit son « chemin de résilience (…). Je vais m’accrocher jusqu’au bout, parce que je ne suis pas très loin de réaliser un truc énorme, boucler un 2 e VG. Je ne lâche rien ! » Malgré une certaine lassitude, le moral est donc bon. Tant mieux, car pour boucler les 171,3 nm qui lui restent aujourd’hui, il va devoir remonter au près, puis louvoyer. « Surtout, ne rien casser, maintenant, pour terminer proprement l’aventure ».

Amadeo rationné jusqu'à l'arrivée
Un œil sur ses provisions aussi, car côté nourriture, « c’est pas dingue, mais je vais tenir. Je n’ai plus de plaisir, fini les petits en-cas ». Le 23 février, le skipper de Nexans-Wewise, annonçait en effet qu’il avait commencé à se rationner un peu. Parti avec 100 jours de nourriture, il en était alors à 105. Jusqu’à son arrivée, il peut toujours assurer trois repas par jour, mais à raison de 2 500 calories, contre les 3 500 qu’il devrait normalement consommer sur son bateau. D'ici les Sables d'Olonne, ce sera donc essentiellement des lyophilisés.
Ce matin, il avançait au près à une vitesse de 9,3 nds, dans un vent de Nord, Nord-Est. Ce qui devrait lui assurer une arrivée demain, mardi 4 mars, en début ou en milieu d’après-midi, selon le skipper, et une 32e et dernière place. En soi, c’est une victoire, vu l’accomplissement. Notamment pour cet ex journaliste du Figaro devenu skipper professionnel, qui a traversé plus d'une épreuve en mer, dont un naufrage sur la Route du Rhum, suite à un incendie.

Le "dernier", plus attendu que jamais
Au-delà de la performance personnelle, le skipper de Nexans-Wewise pourra, avec ce tour du monde en solitaire et sans assistance réussi, faire passer son message. « Il a en effet mis son bateau au service de la science et installé plusieurs capteurs océanographiques permettant de mesurer la température, la salinité et le taux de CO2 puis les microplastiques et l’ADN environnemental dans les eaux de surface. De précieuses données mises à disposition de la communauté scientifique internationale pour contribuer à la préservation des océans. Avec son bateau équipé de 15 m2 carré de panneaux solaires, il ambitionnait de faire le tour du monde sans avoir recours à l’énergie fossile. », apprend-on sur le site de la course.
Nul doute, que demain, il recevra un accueil chaleureux, à l’image de celui qu’a samedi dernier connu Manuel Cousin (31e). Dans la foule, l’attendaient même deux skippers de la course, Benjamin Dutreux (10e)et Arnaud Boissières (abandon le 2 février). Le skipper déclarait alors « « C’est un truc de fou ! C’était presque une histoire sans fin, mais vivre la remontée du chenal, ça vaut toutes les galères du monde. J’ai eu un accueil incroyable : je m’attendais à voir du monde, mais pas autant.(…) Je suis parti pour une course et c’est devenu une grande aventure. Depuis le cap Horn, c’est un peu galère : J’ai quasiment fait que du près ! Je suis tellement heureux d’être arrivé, j’ai beaucoup de chance d’être là et j’ai une pensée pour tous les copains qui n’ont pas pu aller au bout. »

Le Belge Denis Van Weynbergh cumule les problèmes techniques
Des galères, le skipper en a en effet connues. Tout comme le Belge Denis Van Weynbergh (D’Ieteren Group, 33e) qui continue de grappiller des milles malgré sa succession de problèmes techniques toute la semaine dernière. Il pourrait franchir la ligne le week-end prochain. Ce matin, à 11 h 00, il lui restait 503,8 nm à parcourir, et il avançait à 7,5 nds, alors qu’il remontait au large des côtes portugaises. Une vitesse non-négligeable alors que le marin de D’Ieteren Group a composé sans grand-voile ces derniers jours. « Il a réussi à renvoyer jusqu’au 3e ris mais sans préciser le système qu’il utilise, explique Hubert Lemonnier, le directeur de course. Mais sa réparation va-t-elle tenir, alors qu’il navigue déjà une quille bloquée suite à un problème de vérin ? Selon les estimations les plus optimistes, son arrivée serait prévue dans la nuit de vendredi à samedi prochain. Soit le 8 ou le 9 mars, alors que la date limite pour atteindre la ligne d’arrivée est fixée au 7 mars à 8 h...
Denis Van Weynbergh ne serait donc pas classé et considéré comme hors-course. Un coup dur pour le marin brabançon wallon qui ambitionnait de devenir le premier belge à boucler « l’Everest des mers ». Un rêve que cet ancien patron de PME, poursuit depuis 2018. Non sans mal. « Il devient alors propriétaire de son IMOCA mais par faute de budget, il doit renoncer. Tenace, il repense et refonde son projet en 2020 : il le conçoit collaboratif et associatif, privilégie les circuits courts et réutilise le matériel plutôt que l'achat de pièces neuves. Dès 2021, il se lance dans le circuit IMOCA pour engranger de l'expérience et des milles afin de valider sa participation au Vendée Globe », explique le site de la course.
Un groupe Facebook réclame le décalage de l'heure limite
Un coup dur aussi pour ses supporters qui ont créé un groupe Facebook nommé "Laisser la ligne ouverte pour Denis" pour décaler cette date limite et ainsi permettre à Van Weynbergh de réaliser son rêve, annonce aujourd’hui, la RTBF. "Ce magnifique tour du monde aura une notoriété encore plus importante si vous acceptiez de repousser la clôture du Vendée Globe après l’arrivée du valeureux skipper Denis Van Weynbergh", "Il n’est pas si loin, il a le mérite d’être encore en course" peut-on, notamment, lire sur Facebook. Créé ce dimanche, le groupe compte déjà près de 5 400 membres.
Touchant, mais pas sûr du tout que l’organisation du Vendée Globe les entende, comprend-on sur le site de la course. La fermeture de ligne est le 7 mars à 8 h, « soit un temps de course de 116 jours et 18 heures. Ce temps correspond au temps du dernier concurrent de l'édition précédente, le Finlandais Ari Huusela, et représente le temps de course de Charlie Dalin, le vainqueur de cette édition, augmenté de plus de 80%. Cette règle, mise en place dès l'édition 2020, s'applique à tous les concurrents. Bien que le Vendée Globe soit une aventure extraordinaire, il s'agit d'une compétition sportive où le respect des règles est indispensable pour garantir l'équité envers l'ensemble des marins. »
A défaut du classement, le Belge devrait donc se contenter du prestige que lui donne le bouclage de ce tour du monde très exigeant. Sur les 40 partants le 10 novembre 2024, 7 (dont Yannick Bestaven, vainqueur de l’édition 2020-2021) n’ont pas eu le chance d'arriver à bon port, cette année, soit un taux d'abandon de 12,5 %. Un chiffre en baisse d'année en année, fiabilité des bateaux oblige – rien à voir avec 17 abandons sur 30 partants en 2009 – mais qui rappelle que le Vendée-Globe reste une vraie aventure.
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