C’est samedi 8 mars que le Wallon de 57 ans a fait son entrée dans le chenal des Sables d'Olonne, à l’issue de 119 jours en mer. Bon dernier du Vendée Globe et hors délai, il est considéré hors classement, la ligne étant fermée depuis ce matin, 8 h, règlement oblige. Mais en mettant le pied à quai, sûr que le Wallon sera le plus heureux des hommes : il deviendra le premier Belge à terminer cette course autour du monde en autonomie et sans escale, son objectif. Qui n’avait rien d'évident. Depuis vingt ans qu’il porte ce rêve en lui, ce marin, parti avec le plus petit budget de cette épreuve, soutenu par une équipe 100 % bénévole, a fait d'immenses sacrifices et connu quantité de déboires.
Sur la vidéo qu’il a mise en ligne hier sur Instagram, Denis Van Weynbergh (Ieteren Group) a les traits très fatigués. Il sait maintenant que rien ne sert de presser le pas et de tenter l’impossible, il sera considéré comme hors-course à son arrivée aux Sables d'Olonne, prévue demain, 8 mars, à partir de 12 h, selon la dernière ETA. Désormais, il joue la prudence, et prend son mal en patience, car, une fois de plus, la météo est contre lui. « Plus de vent, depuis hier, je suis de nouveau bloqué au niveau du golfe de Gascogne. J’ai l’impression qu’on me rajoute des épreuves toutes les heures. Un vrai calvaire ! Mais bon, on continue. J’ai remis le drapeau belge, en toute innocence je me dis qu’il va me rapportera peut-être des jours meilleurs ». « Je ne vais pas prendre de risques, arriver à temps est matériellement pas possible ». Désormais, il doit éviter la plus grosse zone de mauvais temps qui, après le calme plat, l’attend dans la nuit de vendredi à samedi.
Eviter la casse avant tout, car sur ce plan, le Belge n’a pas été épargné depuis son départ, le 10 novembre 2024. Ces derniers jours, il n’a eu de cesse de grappiller des milles malgré une succession de problèmes techniques. Il doit ainsi composer sans grand-voile, ou presque. « Il a réussi à renvoyer jusqu’au 3e ris mais sans préciser le système qu’il utilise », expliquait récemment Hubert Lemonnier, le directeur de course. Mais sa réparation va-t-elle tenir, alors qu’il navigue déjà avec une quille bloquée suite à un problème de vérin ?, s’interrogeait-il. Il semble que oui, à en juger par les dernières informations partagées avec les organisateurs. Et partout, sur les réseaux, les messages de soutien, se multiplient.
Courage @denis.van.weynbergh ! On t’attend sur la terre ferme ! 💪
Sur Facebook, un comité de soutien a même tenté de négocier qu’il soit classé, malgré la limite – chose que le skipper n’a pas demandée de son côté - réunissant 7 500 signatures. En vain. Le règlement, c’est le règlement, et ça se comprend. Le skipper passe donc à côté de la prime de 4 348 euros assurée aux marins arrivés au-delà de la 10e place, qui doivent se partager un total de 100 000 euros. De quoi gonfler de 197 euros celle de chacun des concurrents arrivés entre la 11e place (Clarisse Crémer) et la 32e place (Fabrice Amédéo). Décevant, pour un marin qui a dû se battre pendant six ans pour réunir les fonds et composer au final avec un budget très réduit, seulement 1 million 600 euros, hors prix du bateau. Le plus petit de l’épreuve, les équipes qui veulent gagner le Vendée Globe ont des sommes qui varient entre 15 millions et 17 millions d’euros, bateau compris. Pour sa deuxième tentative sur le Vendée Globe – la première ayant avorté, faute de budget en 2020 - Denis Van Weynbergh a pu compter finalement sur le soutien financier d'une entreprise de tatouage « Mana Maori Tiki Ta- tau », et surtout sur celui d’Ieteren Group. De quoi compléter la somme dégagée par la vente de sa société de courrier express, et acquérir un Imoca, un monocoque de 60 pieds, racheté à Nandor Fa, skipper hongrois qui avait participé à deux Vendée Globe avec ce bateau.
Un budget minimaliste, une équipe 100 % bénévole
Pas de quoi en revanche se payer une équipe de pro. Pour la préparation de son bateau, l’ex chef d'entreprise, qui a également travaillé pour Médecins sans frontières au Rwanda, au Burundi et en Tchétchénie, puis dans une société d’événements sportifs avant de devenir journaliste sportif, a dû composer exclusivement avec des bénévoles. Des passionnés qui, depuis plus trois ans, ont mis leur vie personnelle entre parenthèses pour vivre une expérience hors du commun. Une équipe un peu regardée de haut dans le milieu, mais qui, au fil des qualifications de Denis Van Weynbergh pour le Vendée Globe, a gagné le respect des navigateurs.
Reste que pour boucler le Vendée Globe, le skipper brabançon doit, depuis les premiers jours, jongler entre le curseur fiabilité et le curseur performance : "On sait que ceux qui veulent gagner le Vendée Globe, ils mettent le curseur performance en tête de banc. Ils prennent des risques. Par exemple, ils ne prennent pas toujours toutes les pièces de rechange, parce que c’est du poids. Nous, on va prendre les pièces même si c’est un peu de poids parce qu’on veut terminer le Vendée Globe", déclarait-il en mars 2023 au belge RTBF.
Un skipper attendu comme un héros, samedi
Deux ans plus tard, à un jour de son entrée dans le chenal des Sables d'Olonne, le Belge n’a pas changé d'optique. Si près du but, pas question de jouer avec le feu. Le souvenir de son abandon, en 2022, lors de la Vendée Arctique, à une vingtaine de milles de l'arrivée, blessé et victime de nombreuses avaries, n’est que trop vivant. Le Brabançon avait alors perdu son combat contre les éléments, mais y avait forcé l'admiration de ses pairs.
Aussi seront-ils nombreux ce samedi à le saluer aux Sables d'Olonne ; parmi eux sans doute, ses deux fils Erwan (21 ans) et Brieuc (18 ans). Car si l'organisation n'est pas tenue de lui préparer une arrivée digne de ce nom, elle a prévenu qu’elle "sera là pour l'accueillir avec des moyens de production, afin de faire partager ce moment au plus grand nombre, notamment en Belgique". A savoir, une arrivée et une remontée du chenal diffusée en direct, une conférence de presse, un passage sur scène.
Une immense joie pour ce marin qui, s’il visait bien sûr le classement, s’estimera sans doute heureux d'avoir réussi à boucler « l’Everest des mers », son « Graal », alors que sur les quarante partants, sept (dont Yannick Bestaven, vainqueur de l’édition 2020-2021) n’ont pas eu le chance d’arriver à bon port, cette année.
Pas de classement donc pour Denis Van Weynbergh, mais un exploit qu’on doit saluer, quand on sait qu’avant lui un seul Belge, Patrick Radiguès, avait tenté sa chance sur le Vendée Globe, et échoué deux fois. En 1996, suite à une panne de générateur, et en 2000, suite à un accident au large du Portugal. Les Belgian Sailing Awards ne s’y sont pas trompés : en 2024 le skipper a été nommé, « personnalité de l’année », et a également été récompensé en catégorie « yachting ». 2025 devrait aussi lui apporter son lot de récompenses.
Article mis à jour lundi mars 2025.
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