En réponse à la polémique soulevée par l’appel de Kilian Jornet et Zach Miller qui fait grand bruit actuellement dans la communauté du trail, l’UTMB se devait d’apporter sa version des faits. Après un premier communiqué très mesuré largement repris par la presse, c’est une réponse plus précise qu’ont apportée hier Catherine Poletti et Isabelle Viseux-Poletti, visiblement déçues par la tournure qu'a pris l’affaire.
L’information tournait depuis quelques jours outre-Atlantique, mais c’est vendredi dernier qu’elle s’est propagée en Europe, faisant l’effet d’une petite bombe dans le petit monde du trail. S’adressant à une centaine d’athlètes élites dans un mail qui n’était pas censé être divulgué, Kilian Jornet et Zach Miller appelaient au boycott de l’UTMB 2024. En désaccord sur plusieurs points avec les dirigeants de l’événement, ils proposaient même d’organiser une autre course. Un message que l’entraîneur britannique Martin Cox, très remonté contre les deux athlètes, avait laissé fuiter et qui, depuis, a fait grand bruit, on s’en doute.
La réponse officielle de l’UTMB ne s’est pas faite attendre :
"Nous connaissons bien Zach et Kilian et aurions apprécié une conversation directe avec eux avant de découvrir cet e-mail en même temps que tout le monde. Nous les avons d'ailleurs immédiatement contactés tous les deux, pour comprendre leur position et engager un dialogue direct. Nous continuons de nous parler depuis, pour évoquer la situation, approfondir nos échanges et clarifier tout malentendu. Nous croyons fermement en la valeur des discussions ouvertes et constructives pour trouver des solutions qui bénéficient à l'ensemble de la communauté. Nous remercions Zach et Kilian pour leur disponibilité à participer à ces entretiens, et sommes déterminés à maintenir une communication transparente pour le bien de tous. Nous accordons une grande importance aux opinions de l'ensemble de la communauté et sommes toujours ouverts aux discussions et à la collaboration."
UTMB
Mais c’est dans les colonnes de France 3 que l’on en apprend un peu plus. Catherine Poletti et Isabelle Viseux-Poletti, respectivement Présidente de UTMB Group et Directrice de UTMB Mont-Blanc, y donnent leur version des faits. Dans une interview publiée hier après-midi, elles reprennent point par point les principaux griefs avancés par Kilian Jornet et Zach Miller. Qu’en retenir ?
Leur réaction à la découverte de l’appel ?
Surprise et déception : « Là, on regrette qu'ils ne nous aient pas appelés directement pour nous faire part de ce qui n'allait pas. On aurait pu leur répondre directement plutôt que d'étaler ça sur la place publique. (...) On a été un peu déçus qu'ils réagissent ainsi », explique Catherine Poletti. Mais la porte reste ouverte : « On va discuter avec eux (Kilian Jornet et Zach Miller, ndlr). Nous avons une réunion prévue avec la PTRA [Pro Trail Runners Association, créée à l'initiative de Kilian Jornet, NDLR] et d'autres coureurs comme Zach », ajoute Isabelle. Des échanges doivent d’ailleurs se tenir aujourd’hui si l’on en croit le service de presse de l’UTMB, contacté hier par Outside.
L’affaire de la « Whistler Alpine Meadows »
Beaucoup d’incompréhension, selon l’UTMB. « Il y a eu une mésentente sur la course de la Whistler Alpine Meadows » (40e course des World Series. circuit mondial organisé par le groupe UTMB / Ironman, elle serait née sur les cendres de la Whistler Alpine Meadows (WAM), course locale crée par Gary Robbins, grande figure de l’ultra), explique CP. « Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que nous avons des échanges très cordiaux avec Gary. À un moment, avant de lancer l'anathème, il faut savoir ce qu'il s'est vraiment passé. Il est possible que nous ayons fait des erreurs de communication. On s'en est excusé directement auprès de Gary, sans passer par la place publique ».
Un manque de considération pour les coureurs ?
Face à cette accusation, clairement exprimée dans le message de Kilian Jornet et Zach Miller, « Cela nous a attristés », répond Catherine Poletti. D'autant plus que c'est faux. Je trouve que le respect doit aller dans les deux sens. On respecte les gens qui nous respectent et vice versa ».
Le boom du tarif des dossards, le partenariat avec Dacia…
« Le prix n'est pas élevé par rapport à l'événement qu'on leur propose. Personne n'est obligé, avec un pistolet pointé sur la tempe, de venir participer à nos courses » argumente Catherine Poletti. Et Isabelle Viseux-Poletti de rappeler que l’UTMB est une entreprise de 70 personnes qui, au demeurant investit pour « le futur, le transport, l'environnement. Alors ces sommes-là ne viennent pas de nulle part. L'année dernière, nous avons investi près de 500 000 euros dans un plan de transport ». Ce qui justifierait le renforcement du partenariat avec Dacia, qui s’est traduit l’année dernière par un « naming » de l’événement, rebaptisé Dacia UTMB Mont-Blanc. Une décision, très critiquée par nombre de coureurs, à commencer, déjà, par Kilian Jornet, on s’en souvient.
Le « mariage » avec l’Ironman
Encore une initiative de l’UTMB que bien des coureurs ont encore en travers de la gorge. Bien avant l’accord avec Dacia, l’arrivée en force en 2018 de l’Ironman dans l’organisation de l’UTMB a fait entrer le « sommet mondial du trail » dans une autre dimension – depuis les courses dans le monde se sont multipliées, et sont au nombre de 41 à ce jour. Mais à quel prix s’interrogent encore les traileurs ? « Beaucoup pensent que nous avons été rachetés par Iron Man. Ce n'est pas exact. Nous n'avons rien vendu. Iron Man est associé dans l'UTMB Group et est un associé minoritaire. La famille Poletti est toujours majoritaire », rappelle Catherine Poletti.
Un boycott de l’UTMB, vraiment ?
Difficile pour Catherine Poletti et Isabelle Viseux-Poletti de se prononcer à ce stade sur l’impact de l’appel au boycoot des deux traileurs, mais les directrices rappellent qu’à ce jour 60 élites sont déjà inscrites à l’édition 2024, organisée du 26 août au 1 septembre. Sans parler des 10 000 coureurs « normaux » pour qui l’événement est aussi fait, insistent-elles. Mais c’est sans doute la conclusion de Catherine Poletti que l’on retiendra : « Pour moi, ce n'est pas un appel au boycott, mais plutôt à aller courir ailleurs. Le nombre de courses et d'épreuves organisées partout dans le monde permet aux coureurs de faire leur propre choix. Ils peuvent aller là où ils veulent : la communauté du trail running n'appartient à personne ».
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