Ce gars-là n’est pas fait du même bois que le commun des mortels. Mais derrière les performances exceptionnelles de Kilian Jornet se cache une gestion minutieuse du sommeil et de la récupération, dont l'un des piliers serait... un surmatelas haut de gamme confectionné par une marque française. Pas si fréquent de voir "l'Ultra-terrestre" faire la promo d'un produit. D'autant qu'il semble convaincu par son efficacité. Reste toutefois à distinguer le ressenti de l’athlète, aussi crédible soit-il, de ce que dit réellement la science sur ce type de technologies.
Il y a deux mois environ, une vidéo surprenante était postée sur le compte Instagram de l’entreprise française Iakota, spécialisée dans les surmatelas de récupération pour sportifs. Kilian Jornet y parle inflammations, charge d’entrainement et surtout récupération. Il revendique utiliser la version « nomade » du surmatelas de Iakota, un modèle à emporter lors de ses déplacements, à l’inverse du modèle « premium » conçu pour la maison. « Quand on voyage souvent, qu’on s’entraîne intensément ou qu’on dort dans des endroits différents chaque semaine, la récupération devient un vrai défi, mais ce surmatelas me permet de garder un niveau de récupération optimal, même en déplacement », explique-t-il sur le site internet de l’entreprise.
« Je dors mieux, je récupère plus vite », détaille encore l’ultratraileur que l’on sait pourtant peu enclin à faire du contenu sponsorisé. Jornet n’est ni influenceur ni en demande de partenariat, lui qui s’auto-sponsorise avec sa marque NNormal, tout en étant ambassadeur Coros. De quoi inciter à s'intéresser de plus près à Iakota et son surmatelas. La société française assure avoir mis au point une technologie brevetée appelée Minoxis. L’idée : équilibrer le système nerveux autonome grâce au transfert d’électrons et au renvoi des infrarouges émis par le corps. La combinaison de ces deux facteurs favoriserait nettement les sommeils profond et paradoxal et, en bout de chaîne, la récupération. Jornet n’est d’ailleurs pas le seul ultratraileur à être conquis. Le Suisse Rémi Bonnet et le Français Thibault Baronian utilisent aussi les produits Iakota. Tout comme le freerider Léo Slemett. Cet accessoire n'est pourtant pas donné. Comptez au minimum 249 euros pour la version nomade, et 629 euros pour la premium.
Ce que disent réellement les études sur ces technologies
Sur le papier, les principes invoqués par Iakota - mise à la terre (« grounding »), transfert d’électrons et interaction avec les infrarouges corporels - ne sortent pas de nulle part. Dans la littérature scientifique, plusieurs travaux exploratoires se sont intéressés aux effets physiologiques du grounding, notamment sur la récupération et le sommeil.
Des études publiées dans des revues scientifiques suggèrent que la mise à la terre peut influencer certains marqueurs biologiques : amélioration de la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV), réduction de certains marqueurs inflammatoires et modulation du système nerveux autonome. Uneétude expérimentale publiée dans Frontiers in Physiology indique que le « grounded sleeping » pourrait limiter certaines réponses inflammatoires et la baisse de performance après l’exercice, dans un cadre contrôlé. D’autres travaux pilotes, portant sur des tapis ou dispositifs de grounding, rapportent des améliorations modestes de la qualité du sommeil ou une réduction de l’insomnie, mais sur des échantillons restreints et avec des protocoles encore exploratoires.
En revanche, aucune étude indépendante publiée dans une revue scientifique majeure n’a, à ce jour, évalué spécifiquement le surmatelas Iakota ni sa technologie brevetée Minoxis.
Aucune donnée clinique solide ne permet donc d’affirmer que ce produit améliore de façon démontrée le sommeil ou la récupération chez les athlètes d’endurance.
Les spécialistes du sommeil appellent donc à la prudence. Des institutions médicales de référence, comme la Cleveland Clinic, considèrent que le grounding est un champ de recherche intéressant et a priori sans danger, mais encore trop peu étayé pour être recommandé comme stratégie thérapeutique ou de performance avérée. Pour résumer, la science n’invalide pas ces approches, mais elle ne les valide pas encore formellement. Pour autant, dans les sports d’endurance extrême, la perception d’un gain, même marginal, peut suffire à orienter des choix très concrets en matière de récupération.
Un surmatelas pour tenir le choc de States of Elevation ?
Kilian Jornet n’a jamais caché que le repos est au cœur de sa récupération, au même titre que le sommeil polyphasique lors de ses aventures au long cours. Pendant son projet States of Elevation – 72 sommets de plus de 4 000 mètres en un mois à travers l’Ouest américain – l’Espagnol a volontairement réduit son temps de sommeil à quelques heures par nuit. Sur plusieurs étapes, il n’a dormi que trois à quatre heures pour tenir un rythme quotidien d’activité extrême avec des journées de 16 à 21 heures selon les étapes. Sur certains tronçons, il s’est toutefois autorisé jusqu’à 5 heures de sommeil, cherchant à trouver un compromis entre performance continue et nécessité de se reposer suffisamment pour éviter l’effondrement physiologique. Avait-il son surmatelas Iakota afin d’optimiser au maximum ses temps de repos ? Quand on connaît la minutie du traileur, c'est fort plausible. Rien ne permet toutefois de l’affirmer. Mais ce n'est pas son seul secret.
Les siestes courtes ou le micro-sommeil sont aussi des thèmes récurrents chez Kilian Jornet. Dans certains projets comme Alpine Connections, il a raconté que la plus courte pause qu’il ait prise pouvait tenir en quinze minutes tandis que la « nuit idéale » durerait sept heures selon lui. Ces micro-siestes, quand elles sont bien placées, permettent de couper la pression cognitive et de récupérer une partie de la vigilance sans immobiliser des heures. Ce recours au sommeil polyphasique ponctuel est typique des aventuriers multi-jours contraints de composer avec la fatigue accumulée.
Jornet, un cas à part
Kilian souligne aussi régulièrement que la récupération n’est pas que musculaire : la charge cognitive, l’altitude, la privation de sommeil et le stress logistique pèsent énormément. Dans des interviews récentes, il dit se sentir parfois « entre deux mondes » avec des efforts longs, des nuits courtes… et parfois des états où la conscience flanche. D’où l’importance d’un sommeil suffisant dès que le calendrier le permet, et des « micro-régénérations » de type siestes, pauses au calme et alimentation réconfortante.
Les études montrent clairement que le sommeil favorise la réparation tissulaire, la consolidation mémoire motrice et le rééquilibrage hormonal après l’effort. Le réduire de façon répétée augmente le risque d’infection, d’altération des fonctions cognitives et de blessures. Les aventuriers adeptes des projets au long cours cherchent donc un équilibre : limiter la dette de sommeil grâce à des siestes stratégiques et récupérer intensivement dans les fenêtres disponibles. L'ultratraileur espagnol applique ce compromis empirique mais il reste un cas à part, avec une capacité d’adaptation physiologique peu commune... peut-être boostée par un surmatelas ? Ça reste à démontrer, nous ne l'avons pas testé, mais Kilian semble y croire dur comme fer. Ce qui en dit peut-être autant sur la force du placebo chez les athlètes, que sur l’importance, bien réelle, de soigner chaque détail de la récupération.
Que retenir pour le traileur amateur ?
- Prioriser la nuit complète quand c’est possible : c’est là que la plupart des réparations profondes se font, avec ou sans surmatelas à plusieurs centaines d’euros
- Apprendre à faire de vraies siestes : 20–30 minutes peuvent restaurer vigilance et performance cognitive, 90 minutes permettent un cycle plus complet, les micro-siestes (15 min maximum) sont utiles en expédition mais ne remplacent pas un vrai sommeil
- Manger sainement, gérer le stress et limiter les gadgets inutiles : l'hygiène de vie apporte souvent plus que l’équipement le plus cher
- Adapter la stratégie au contexte : entraînement court et projet d’endurance sur plusieurs jours ne demandent pas la même dose de sommeil ni les mêmes compromis
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