Badwater 135 : sans doute l’ultra marathon le plus éprouvant de la planète. Et pour cause : 135 miles (217 km), 4 450 m de D+ et 1 859 m de D-, et surtout des températures avoisinant les 50°C. En bref, une partie de plaisir courue depuis la Vallée de la Mort jusqu’au Mont Whitney, en Californie, que vient de remporter haut la main l’Américaine Ashley Paulson, 41 ans et mère de quatre enfants. 3e au scratch en 2022 sur cette épreuve, elle s’est offert le plaisir cette année d’améliorer le record féminin qu’elle détenait déjà et de s’imposer tout en haut du podium, devant tous les coureurs masculins, du jamais vu, en signant, de surcroit, le deuxième meilleur chrono de l'histoire de l'épreuve. De quoi forcer l’admiration, augmenter encore le nombre de ses fans, mais aussi de ses détracteurs, dont certains ne mâchent pas leurs mots !
Les records, c’est son truc, et le rose aussi. Cheveux, mini short, chaussettes de compression… Ashley Paulson a une passion pour cette couleur, de préférence en version fuschia, comme ses fans peuvent le voir sur son Instagram très fourni. A 41 ans, l’Américaine n’aime pas passer inaperçue. Mardi 4 juillet, au départ de la Badwater 135, au cœur de la Vallée de la mort, elle n’a pas été déçue. Tous les regards des 100 concurrents (dont 40 femmes) étaient braqués sur celle qui l’année dernière avait remporté la victoire chez les femmes, en courant les 135 miles en 24h09'34, et fait l’événement en s’imposant en 3e position au scratch. Autant dire que du côté des athlètes masculins, certains ne la regardaient pas d’un très bon œil. A raison. Car la native de St George, dans l'Utah, espérait devenir la première femme à remporter deux fois de suite cette épreuve depuis Sumie Inagaki ( 2011 et 2012)...voire mieux encore ! « Tout peut arriver ! », expliquait l’athlète, visiblement très à forme à quelques jours de la course.
“Ashley Paulson wins the 2023 @badwater 135 overall with a new course record time of 21:44:35!”’
— Lake Grapevine Runners and Walkers (@LakeGrapevineRW) July 6, 2023
The people in our sport are amazing! Congratulations to Ashley Paulson and all the Badwater finishers!#badwater #badwater135 #ultrarunning #runlikeagirl #running #runners #runchat pic.twitter.com/iE3A9xW8Ij
Et tout est arrivé, même l’impossible. Partie à une vitesse impressionnante, Ashley Paulson a enregistré une vitesse de plus de 7 miles par heure sur les 42,2 premiers miles avant de se stabiliser à une vitesse de course globale de 6,21 miles par heure sur la distance de 135 miles. Résultat, non seulement elle a bouclé la course en 21:44:35, soit deux heures, 25 minutes et 59 secondes de mieux que son temps record de 2022 (24:09:34), remportant ainsi la victoire féminine, mais aussi la victoire tout court, au scratch, devant tous les hommes, dont le vainqueur masculin, le Norvégien Simen Holvik (22:28:08). Quant au gagnant de l'année dernière, Yoshihiko Ishikawa, il ne se positionnait qu’en troisième position en 23:52:29.
Des rumeurs de dopage ?
Un temps record qui a immédiatement fait l'objet de nombreuses spéculations, comme en 2022 d’ailleurs. Car Si Ashley Paulson a beaucoup de followers sur les réseaux, un terrain qu’elle pratique avec autant de constance que le bitume, elle ne compte pas que des amis dans le monde du running, loin de là. Celle que certains qualifient de « bimbo », et autres noms d’oiseaux moins avenants encore, a beau avoir un CV consistant - 4e féminine (et première américaine) du marathon de Los Angeles en mars (2h48'), 2e sur le marathon de Woodlands en avril au Texas (2h49'), 1ère sur le Rock 'n' Roll Arizona marathon en janvier (2h43') et sur celui de Mt Charleston au Nevada (2h34') en avril sans parler de sa victoire, également en avril, sur les 100 miles (161 km) du Zion Ultra Marathons - il n’est pas immaculé.
Personne n’a oublié en effet qu’en septembre 2015, elle avait été interdite de triathlon pendant six mois, après un contrôle positif à l'ostarine, un modulateur sélectif des récepteurs androgéniques, lors d'un test hors compétition. Aussi après le succès de Badwater l'année dernière, le site web américain "Marathon Investigations" s’était-il intéressé de près à son cas, mettant en cause ses performances et son palmarès. Or, cette "analyse approfondie" n'a relevé aucune preuve permettant d'étayer les allégations de tricherie. L’athlète était en effet suspectée de donner notamment sa montre de suivi à l'un de ses accompagnateurs sur la Badwater 135. De même que sur le Snow Canyon Half Marathon 2018 on l’avait accusée d'avoir coupé le parcours.
Ashley Paulson a donc été apparemment blanchie, mais pas forcément aux yeux de tous. Pas de quoi l’émouvoir pour autant. Cette passionnée de course à pied, discipline qu’elle a découverte grâce à son père, marathonien lui aussi, est aujourd’hui triathlète professionnelle et coach certifiée dans un club, le iFit dans l’Utah, elle est aussi instructrice de kickboxing, de Zumba, et de cyclisme et elle considère qu’elle doit ses résultats à son approche très personnelle de l’entraînement, comme elle l’expliquait en juillet dernier au média américain KSL : "J'ai vraiment l'impression d'être à l'écoute de mon corps, et je sais que les gens pensent que c'est un cliché, mais c'est vraiment ce que je fais"(…)"Après une course, je me repose. Je ne fais rien d'intense. Après Badwater, j'ai nagé et fait beaucoup de yoga. Je ne suis pas une coureuse qui a besoin de courir tous les jours, et j'ai l'impression que cela met beaucoup de coureurs en difficulté lorsqu'ils ont l'impression qu'ils vont perdre leur forme s'ils ne courent pas cinq à sept fois par semaine. »
Une approche on ne peut plus personnelle, effectivement, quand on sait qu’en 2014, c’est en courant 9 miles (environ 15 km) qu’elle s’est rendue à l’hôpital, pour accoucher ( par césarienne) de son quatrième enfant, un garçon, et que pendant cette grossesse, avec le soutien de son médecin, elle avait couru rien moins qu’un Ironman, deux semi Ironman en compétition, cinq marathons, neuf semi-marathons, un sprint triathlon et un 5K…
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