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Christina Lustenberger Mt Robson
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« Une erreur, et c’est fini » : Christina Lustenberger raconte comment skier là où la chute est interdite

  • 31 octobre 2025
  • 5 minutes

Frederick Dreier Frederick Dreier

A 41 ans, la skieuse de pente raide canadienne a déjà signé certaines des descentes les plus engagées de l’histoire : les Trango Towers au Pakistan, le mont Cook/Aoraki en Nouvelle-Zélande, et la face sud du mont Robson en Colombie-Britannique. Pour Outside, elle détaille les compétences mentales et physiques indispensables pour évoluer dans des zones où la moindre erreur peut être fatale.

« Je skiais une ligne freeride classique sur le mont Cheops, à Rogers Pass, en Colombie-Britannique. La ligne enchaînait plusieurs rampes raides au-dessus d’un passage étroit et contraint entre les rochers. J’ai enchaîné quelques larges virages pour contrôler ma vitesse, puis j’ai skié dans l’étroiture. La neige au bas de l’étroiture était beaucoup plus profonde qu’en haut, et ce changement m’a surprise. Mes spatules se sont immédiatement enfoncées dans cette neige et j’ai fait deux saltos complets. Pendant toute la chute, je pensais à la barre rocheuse juste en dessous et au risque de basculer par-dessus. Heureusement, je me suis arrêtée. C’est probablement le moment où je suis passée le plus près du pire.

La no fall zone [« zone où la chute est interdite »], telle que je la définis, est un terrain où la pente et l’exposition sont si dangereuses que tomber serait fatal ou entraînerait des blessures irréversibles. Quand tu skies là, tu dois calculer très précisément toutes tes décisions, jusque dans chaque mouvement de ton corps. Tu dois analyser le large éventail de facteurs externes qui peuvent t’affecter, comme la texture de la neige ou le risque d’avalanche. Quand tu es dans la zone où la chute est interdite, tu essaies constamment d’avoir toujours un coup d’avance sur le danger.

La perte de contrôle, tu la sens très vite

En amont, il faut savoir qu'il y a énormément de préparation pour skier ces lignes. Mon partenaire, Gee Pierrel, et moi faisons énormément de recherches. Nous suivons l’évolution du manteau neigeux et des conditions météo, parfois pendant des années, des mois, des jours avant de nous lancer. Nous remontons la ligne à skis ou en crampons pour évaluer la neige et noter mentalement où elle change. Nous analysons notre matériel.

Je fais aussi beaucoup de préparation mentale en anticipant le terrain et les conditions afin de ne pas être surprise. Je me demande : À quelle heure vais-je skier ? À quoi vont ressembler les conditions ? Les moments les plus effrayants sont ceux où survient quelque chose que je n’avais pas envisagé. Or, quand les choses commencent à mal tourner, la perte de contrôle, tu la sens très vite.

Ce sur quoi je me concentre pendant la descente dépend beaucoup de la neige. La ligne que nous avons skiée sur le mont Cook/Aoraki en Nouvelle-Zélande avait une surface extrêmement dure. C’était quasiment de la glace. Toute mon attention mentale se portait sur les carres de mes skis, d’un virage à l’autre. Là, pas de place pour la moindre distraction. Mais parce que la neige était si dure, je n’avais pas besoin de penser à d’autres dangers, comme le risque de sluff [coulées de surface]. Je me concentrais juste sur le fait que chaque virage devait être exactement à un endroit précis sur la pente. Ensuite, je me focalisais sur les points de rappel.

Gee Pierrel & Christina Lusti Aoraki/Mt. Cook, Nouvelle-Zélande
Aoraki/Mt. Cook, Nouvelle-Zélande (Mathurin Vauthier)

Quand nous skions sur de la neige plus meuble, mon attention porte sur sa stabilité et sur un éventuel mouvement de surface. Sur de la neige fraîche, tu peux déclencher une coulée de surface, et lorsqu’elle descend de la montagne, elle peut te rattraper. Il ne faut pas une force énorme pour que ça te fasse perdre l’équilibre. Dans ces lignes-là, je me demande toujours : Où est le sluff ? À ma droite, ou à ma gauche ? Où va-t-il s’écouler ? Tu ne peux pas te permettre de te faire déstabiliser par de la neige qui descend quand tu skies un terrain extrêmement raide et exposé.

Il reste toujours une énorme part de risque que tu acceptes

Dans la no fall zone, tu essaies essentiellement de garder le contrôle dans un environnement qui, lui, ne l’est pas. Tu fais simplement de ton mieux, en fonction de ton entraînement, du matériel choisi et de ta préparation. À la fin, il reste toujours une énorme part de risque que tu acceptes — et les conséquences possibles qui vont avec.

Plus tu passes de temps dans ce type de terrain, plus tu augmentes les chances que quelque chose se produise. Tu perds des amis. Tu es témoin d’accidents. J’ai parfaitement conscience des risques que je prends. Cela pèse sur moi, mais je ressens toujours ce besoin de skier ces lignes, cela fait sens pour moi, et j’en accepte le risque.

Il y a aussi du plaisir et du frisson d'excitation. Sur le mont Cook, j’ai eu la sensation que la montagne testait toutes les compétences que j’avais accumulées au fil de ma carrière, j’ai adoré ça. Je pouvais interagir avec la montagne et lui répondre. Quand tu sors de ce type d’expérience, c’est grisant et extrêmement satisfaisant.

Il y a aussi une sorte de danse rythmique pendant le ski, une connexion particulière entre le corps et l’esprit. Même quand tu skies en station. Ton esprit est absorbé par le prochain virage. Tu te demandes alors : Est-ce que je vais trop vite ? Trop lentement ? La danse entre tes pensées et ton corps est la même, peu importe où tu skies.

Il n'y aucune place pour trop de confiance ou trop d’ego dans ce type de terrain

Mon crash à Rogers Pass remonte à 2015. Après la chute, je me suis relevée, et j’ai skié jusqu’au bord de la barre rocheuse. J’ai pris quelques minutes pour reprendre mes esprits, puis j’ai terminé la ligne. Je ne prends jamais ces chutes qui ont failli virer à l’accident à la légère. Après, j’ai débriefé avec les skieurs qui étaient avec moi, et avec moi-même. Je me suis demandé : Qu’est-ce que j’aurais pu faire différemment ?

Dix ans ont passé, mais je réfléchis encore à cet instant-là. C’était une ligne que j’avais déjà skiée cinq ou six fois. Je la connaissais. Ce qui se passe, c’est que quand tu développes une relation positive avec une ligne, tu commences à t’y sentir plus à l’aise. Tu passes tellement de temps sur le fil du rasoir que tu t’habitues à l’exposition. J’ai compris que c’est à ce moment-là que tu pouvais en arriver à baisser la garde et être trop en confiance.

Quand tu skies dans la zone où la chute est interdite, encore et encore, tu sens cette confiance grandir. Mais je suis convaincue qu’il n’y a aucune place pour trop de confiance ou trop d’ego dans ce type de terrain. Tu dois toujours entrer dans cette zone avec humilité, en sachant que tu peux perdre le contrôle à tout moment.»


https://youtu.be/BnaDjlqNRdw?si=AEn4s5udGKavMWoc

Le 9 mai 2024, la Canadienne Christina « Lusti » Lustenberger, l’Américain Jim Morrison et sa compatriote Chantel Astorga, réalisait la première descente à ski de la Grande Tour de Trango. Ils en ont tiré un film : Trango. Acclamé en avant-première au Sundance Film Festival, ce n’est pas seulement le récit d’un des plus grands exploits d’alpinisme, c’est déjà un événement cinématographique. Plus qu’un documentaire d’expédition, le film mêle drame, intensité narrative et prouesses visuelles inédites grâce à une nouvelle génération de drones. À l’instar de Meru ou de Free Solo, il promet de marquer un tournant majeur : l’avènement d’une nouvelle ère du cinéma d’aventure. En attendant sa présentation dans les festivals cet automne, le teaser et le making of donnent déjà la mesure d’un film hors norme, et de ce qu'engagement veut dire pour la skieuse de pente raide et ses compagnons.

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